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Plus les éditions du festival de Spasm se succèdent, plus la pertinence de la soirée Les Inclassables 1 et 2 est indéniable. Ces soirées sont désormais incontournables pour tout cinéphile avide de découvertes surprenantes, audacieuses et, étonnamment, souvent touchantes.

L’édition 2018 n’a pas fait exception: les spectateurs ont eu droit à de l’horreur, de la science-fiction, du drame et de la comédie. Dans ce melting pot des genres, plusieurs courts-métrages de grande qualité méritent pleinement d’être vus. On ne peut que remercier le président de SPASM, Jarrett Mann, et ses programmateurs d’offrir une plateforme de diffusion à ces réalisateurs bourrés de talent.


Dulce Hogar de Giovana Olmos (Mexique/Québec, 2017, 9 min.)

Dans un immeuble délabré, Susana, la concierge, doit récolter les loyers, mais ici, on ne paye pas en argent. Du premier étage au balcon le plus élevé, les insoutenables versements mettent en péril la sécurité et la situation des locataires. L’œuvre d’Olmos fait preuve d’une grande créativité par son scénario. Totalement autofinancé, la réalisatrice démontre également son talent pour raconter une histoire en rendant le tout visuellement intéressant. Cependant, il aurait été intéressant d’approfondir un peu plus le scénario qui serait plus approprié pour un long-métrage.

Fauve de Jérémy Comte (Québec, 2018, 16 min.)

Sur le site d’une mine à ciel ouvert, deux garçons s’enfoncent dans un jeu de pouvoir malsain avec la nature comme seul témoin. Le court-métrage de Comte est une réussite sur toute la ligne et ses nombreux prix remportés en sont la preuve. Les deux petits garçons sont magnifiquement dirigés. Ils sont d’un naturel désarmant et complètement attachants. Sans rien divulguer, le drame vécu est tout simplement horrible et Félix Grenier incarne parfaitement l’émotion de son personnage en démontrant un talent d’acteur indéniable. Chapeau bas au réalisateur pour nous avoir livré une œuvre marquante et poignante.

Mehua de Camille Aigloz, Simon Anding, Michiru Baudet, Margo Roquelaure, Diane tran Duc et Lucy Vallin Holmes (France , 2017, 5 min.)

Deux jeunes filles aztèques vont recevoir le plus grand des honneurs: être sacrifiées aux Dieux. Mais le rituel ne se déroule pas comme prévu. Petit bijou d’animation, les cinq minutes de Mehua s’écoulent trop rapidement tellement elles sont enlevantes. Avec cette contrainte de temps, le collectif a bien compris qu’il se devait d’aller droit au but et le résultat est plus que satisfaisant. Avec des airs à la Indiana Jones et le temple maudit, il faut impérativement qu’un studio en fasse un long-métrage. Cinq minutes, c’est malheureusement trop court!

Metalheart de Patrick Bilodeau et Steven Ouellet (Québec, 2017, 14 min.)

Au cours d’une soirée de printemps à la fin de son secondaire, Laurent remet en question la relation qu’il entretient avec son groupe d’amis qui sont plutôt radicaux concernant leur identification à la culture métal. Metalheart nous plonge dans l’univers de l’adolescence et du viscéral besoin d’appartenance. Quoique la prémisse soit intéressante, le film de Bilodeau et Ouellet demeure anecdotique. Il y manque un petit quelque chose pour que le spectateur reste accroché. Malgré tout, les adolescents s’en tirent plutôt bien et campent leur rôle avec justesse.

Overrun de Pierre Ropars, Antonin Derory, Diane Thirault, Jérémie Cottard, Mathhieu Druaud et Adrien Zumbihl (France, 2017, 7 min.)

On assiste à l’étrange voyage d’une fourmi plongée dans un monde dérangeant et fascinant. Cette dernière devra faire face aux dangers de cet univers pour en trouver la sortie. Le collectif nous entraine dans l’aventure rocambolesque de l’insecte courageux dans un monde des plus mystérieux. On arrive à établir une connexion émotive entre l’héroïne à six pattes et le spectateur, qui se soucie de son sort et souhaite ardemment qu’elle s’en sorte. Visuellement, c’est d’une grande beauté: le paysage est tout simplement magnifique et on a envie d’y plonger tête première. Peut-être que certains d’entre vous devineront la conclusion, mais, pour les autres, il s’agira d’une agréable surprise.

Backstory de Joschka Laukeninks (Allemagne, 2016, 8 min.)

La vie entière d’un homme défile sous nos yeux pendant 8 minutes. Un court-métrage coup de poing qui ne laissera définitivement personne indifférent. Pendant une bonne partie du visionnement, le spectateur observe un homme filmé de dos lors des moments charniers de sa vie. Au départ, une distance se crée avec l’auditoire, mais plus l’œuvre avance, plus on s’identifie au personnage. Le sentiment s’intensifie lorsque l’on voit l’homme de face. Le propos de Laukeninks nous rentre dedans comme un boulet de canon. C’est franchement déprimant, mais tout de même criant de lucidité. C’est ce genre de court qui fait de cette soirée un incontournable.

Ovoïde de Guillaume Comtois (Québec, 2017, 9 min.)

La vie de Louis prend une tournure étrange le jour où il découvre sa copine en train de couver un œuf. Le court-métrage de Comtois s’avère fort sympathique et fait un étrange parallèle franchement efficace entre le comportement des oiseaux et celui des humains. Donnant au départ plus dans la comédie, l’œuvre prend une tournure plutôt inquiétante au fil du visionnement. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour protéger sa progéniture?

Garage de soir de Daniel Daigle (Québec, 2017, 13 min.)

On suit le quotidien de deux frères qui passent une bonne partie de leur temps à «chiller» dans le garage de leurs parents. Difficile de ne pas se sentir interpellés par ce court. La plupart d’entre nous avons vécu de près ou de loin une période semblable où l’amitié (entre frères/soeurs/amis) prend tout son sens. La reconstitution est empreinte d’un fond de nostalgie qui en fera sourire plus d’un. Daigle parvient même à nous émouvoir. Pour un deuxième court-métrage, le réalisateur est définitivement à surveiller.

Inlove des Frères Lopez (France, 2018, 7 min.)

En patrouille dans un pays du Moyen-Orient, une escouade de l’armée de l’Ouest fait halte dans le village d’Iqmarba. Utilisant un humour satirique et savoureux, le court des frères Lopez aborde savamment deux sujets: Tinder et la burka. Le traitement est fait de façon intelligente et nous offre une finale touchante, pour ne pas dire bouleversante.

Comme les dinosaures de Émilie Rosas (Québec, 2016, 16 min.)

Daniel, 16 ans, est persuadé que la fin du monde pourrait surgir demain. Il se prépare physiquement et mentalement à l’Apocalypse en suivant les conseils de Randall Wallace, un survivaliste américain, auteur du livre «How to Survive the End of the World». Comme les dinosaures joue savamment entre la réalité et, ce que l’on soupçonne, la psychose. Nicolas Fontaine (District 21) est extrêmement crédible en adolescent embrassant la doctrine: l’acteur fait la démonstration d’un immense talent. Les rêves apocalyptiques du jeune protagoniste sont visuellement bien réussis. Le court de Rosas s’avère une agréable surprise.

Gloria de Joëlle Arseneau (Québec, 2018, 6 min.)

Quatre amies jurent un serment solennel alors qu’elles ne croient plus en l’amour. Comme le mentionnait Joëlle Arseneau lors de la soirée, elle s’est inspirée du classique des années 90 The Craft pour son court-métrage, mais avec une facture davantage tirée des années 80. Les filles sont convaincantes et la réalisatrice a su les diriger à merveille. Avec une réaction très positive de la part des spectateurs, on doit admettre que le punch final est des plus efficaces.

Gridlock de Ian Hunt Duffy (Irlande, 2016, 19 min.)

Lors d’un embouteillage, Emma, la jeune fille d’Eoin, ​​disparaît de la voiture. Tandis que la panique s’installe chez le père et les autres conducteurs, les recherches se transforment en une chasse aux sorcières frénétique, où personne n’est au-dessus des soupçons. Duffy nous offre un thriller psychologique d’une grande efficacité muni d’un rythme effréné. Difficile de ne pas compatir avec le père terrifié d’avoir perdu sa fille. La paranoïa s’installe insidieusement entre les gens coincés dans ce bouchon de circulation: les accusations coulent à flots et tout le monde est suspect. Le revirement de situation est tout à fait délectable et totalement imprévisible. Un excellent divertissement qui vous tiendra en haleine pendant 19 minutes.

Late Tales de Gauthier Aboudaram (Québec, 2017, 9 min.)

Des personnes à priori ordinaires voient leurs inquiétudes se matérialiser en vieux fantômes, esprits trompeurs ou créatures démoniaques. Une creepypasta est une légende urbaine diffusée sur Internet, pouvant se décliner sous plusieurs formats. Aboudaram s’est inspiré de ce concept pour nous présenter ces quatre vignettes d’environ deux minutes destinées nous effrayer. Le défi est plus ou moins réussi. Certaines de ces histoires tombent dans la banalité et ne procurent aucune sensation de frayeur. Est-ce la contrainte de temps ou tout simplement le sujet? Lullaby prouve pourtant que la durée n’est pas un enjeu puisque la vignette cauchemardesque, elle, réussit à donner des frissons dans le dos.

Cochonneries de Mathieu Bouchard (Québec, 2018, 8 min.)

Pete et Cynthia sont amoureux et cochons, sauf que Pete cache un lourd secret, qui une fois découvert, mettra leur amour et leur vie en danger. Un court-métrage d’action où Bouchard s’est gâté en offrant aux spectateurs des combats bien chorégraphiés. Les amateurs du genre ne seront certainement pas déçus, car le réalisateur utilise une recette gagnante: de la bataille, du rire bien gras, une jolie fille et quelques autres clichés. On peut donc affirmer que c’est mission accompli pour Cochonneries.

Lost Paradise Lost de Yan Giroux (Québec, 2017, 25 min.)

Prisonniers de leur quotidien technologique, Julie et Victor tombent sur un rassemblement de gens mystérieux. Le groupe s’enfonce dans la forêt vers une destination inconnue jusqu’à ce qu’une force l’attaque. Unis face au danger, Julie et Victor devront départager le vrai du faux, ou se laisser aller au plaisir de l’artifice. Court-métrage artistique et expérimental, l’oeuvre de Giroux risque d’en désarmer plus d’un. Parfois poétique et onirique, le sujet donne l’impression d’être mal exploité à force de vouloir faire dans l’abstrait. Toutefois, La cinématographie de Lost Paradise Lost est impeccable et l’utilisation du noir et blanc est tout à fait dans le ton.

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