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Suspira Magazine: le monstre au féminin
9.5Note Finale

On a beau nous annoncer la fin de la presse écrite, les magazines indépendants ne l’entendent pas de cette oreille. Une pléthore de publications haut de gamme se dispute l’attention des collectionneurs, que l’on s’intéresse au design, au voyage… ou aux monstres.

Publié par Dreadful Press, le magazine britannique Suspira Magazine examine les facettes de l’horreur et du macabre sous une perspective féministe. Chaque numéro (deux par année) promet d’observer un archétype de la peur: pour le premier, paru en mars 2018, c’est la figure du monstre qui prend la vedette. À l’origine du projet se trouve la journaliste Valentina Egoavil Medina, conseillée par Elizabeth Krohn, qu’on connaît déjà pour le magnifique Sabat.

Pour la forme, Suspira ressemble d’ailleurs à Sabat, quoi que moins imposant. Les éditrices favorisent les contrastes en alternant différents types de papier et en surprenant ses lecteurs par des touches de couleurs qui perturbent son design monochrome. Le magazine présente un équilibre parfait entre son contenu visuel et son contenu textuel — tous deux d’une grande intelligence et d’une grande sensibilité.

Après l’éditorial, Aviv Grimm fait référence à l’œuvre The Nightmare de Henry Fuseli pour illustrer sa relation à sa schizophrénie: elle enchaîne avec dix conseils (pas quétaines) qui viendront pincer les cordes sensibles de ceux et celles qui souffrent de troubles de santé mentale. Son court essai est suivi d’un reportage photo de Neal Auch, Reminiscence, dont les macros d’organes d’animaux dégoûtent comme ils fascinent. Bess Lovejoy nous amène ensuite à découvrir le destin tragique de Julia Pastrana, une Mexicaine souffrant d’hypertrichose devenue phénomène de foire en Europe au dix-neuvième siècle. En 1860, la jeune femme accoucha d’un fils atteint de la même condition qu’elle, qui mourut peu après sa naissance. Elle décéda à son tour quelques jours plus tard. Même dans la mort, aucun répit ne leur fut accordé: leurs corps embaumés furent exposés durant des années à ceux qui souhaitaient se régaler du spectacle de ces «monstres». Une bien triste histoire, vraiment.

La sociologue Andrea Subissati, éditrice du magazine Rue Morgue et coanimatrice du podcast The Faculty of Horror, s’interroge sur les normes des genres dans la figure du monstre et son évolution: comment se fait-il que les monstres féminins soient si peu nuancés au cinéma, alors que leurs homologues masculins remportent si souvent l’amour et la sympathie de femmes capables de voir au-delà de leur laideur? Après un shooting photo entrecoupé de citations tirées du film Cat People (1942), Alessandra Furssedonn-Howard explique le concept du monstrous feminine, une notion développée par la professeure Barbara Creed, en se basant sur des films comme Grave et Prevenge.

Pourquoi craignons-nous tant les clowns? Anya Stanley se penche sur la question lors d’un article particulièrement captivant qui s’intéresse surtout aux phénomènes It et American Horror Story. Le collectionneur Rudy Munis invite ensuite les lecteurs à explorer sa collection de masques de monstres. Trois figures monstrueuses (le vampire, la personnalité double et le loup-garou) sont ensuite étudiées à la loupe par Susannah Russell, qui explique comment ceux-ci reflètent nos désirs et nos anxiétés.

Attention à ne pas feuilleter le reportage photo The Shape of Beauty en public, car les œuvres grotesques d’Horacio Quiroz sont plutôt #NSFW. L’amour de Valentina Egoavil Medina pour les Misfits sert de prélude pour explorer le genre musical du monster punk, et le magazine se termine sur quelques clichés du Jardin de Bomarzo en Italie.

Pour les amateurs d’horreur à la fibre intello et artistique qui carburent au matériel de haute qualité, ce premier numéro séduit haut la main. On ne peut qu’espérer que le deuxième sera du même calibre!

Achetez votre numéro ici; avec les frais d’expédition de l’Angleterre au Canada, comptez environ 30 $ (bien investis!). La photo de couverture a été prise ici.

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