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Depuis plus de 10 ans, le sculpteur de Québec Patrick Anktil nous partage ses visions cauchemardesques inspirées par l’art primitif et la culture vaudou. À l’aide de bois brulé et de métaux rouillés, l’artiste met en scène des personnages lugubres qui semblent tout droit sortis de films d’horreur.

À l’aube des deux prochaines expositions — dont Bicéphale, en duo avec l’artiste Eric Braün, du 16 septembre au 15 octobre à la Galerie D à Montréal —, Horreur Québec s’est entretenu avec l’ancien propriétaire du Mur Insolite, question d’en découvrir un peu plus sur son art:


Anktil
Photo: Mary Khaos

Horreur Québec – Pour les non initiés, c’est quoi le Dark Art?

Patrick Anktil – Il n’y a pas vraiment d’équivalent en français juste. Art sombre? J’ai vu quelques fois art noir, mais ça porte à confusion si on pense à l’art africain… J’ai vu aussi art macabre, mais l’art peut être sombre sans être macabre.

C’est vraiment le terme universel pour définir l’art qui touche plus à l’horreur. La peinture d’épouvante, ça se fait depuis des centaines d’années. L’expression Dark art existe donc depuis longtemps, mais a surtout été popularisée avec le cinéma et les effets spéciaux dans les années 70-80.

HQ – Comment en es-tu arrivé à choisir la sculpture comme principal moyen d’expression?

PA – Je suis premièrement passionné par l’art africain et le vaudou, les statues maudites, etc. J’aime quand il y a une entité, qu’on sent qu’il y a une présence à l’intérieur d’un objet. C’est surtout cet effet-là que j’aime aller chercher. Je mélange tout ça avec mon amour pour les films d’horreur.

HQ – Tu travailles principalement le bois et le métal. Pratiques-tu une technique particulière avec ces matériaux ou ta démarche est plus intuitive?

PA – Je dirais que c’est assez intuitif. Quand je me retrouve avec un morceau de bois, des fois il y a une fente, un trou ou un nœud qui me fait pensé à quelque chose et que je décide d’exploiter. Pour moi, c’est de la taille directe, je prend donc des buches que je travaille aux ciseaux à bois pour le traitement de surface, donner de la texture, etc. Une fois que c’est terminé, je le brûle et des fois j’ajoute un peu de couleur avec de la peinture. Ça donne un résultat très brut, près de l’art primitif vaudou.

Je n’ai pas toujours l’idée en tête avant de commencer. Je fais aussi beaucoup de récupération de métaux rouillés. Je me retrouve avec des morceaux qui, par exemple, peuvent me faire penser à une colonne vertébrale. C’est un puzzle. J’ai différents morceaux et c’est quand je les assemble que ça prend forme. C’est pour ça aussi que mes sculptures ne sont jamais véritablement finies. Des fois je peux leur enlever un morceau ou j’en ajoute d’autres, selon ce que je trouve.

Infanticidz
Bois et métal

HQ – À quoi ressemble une journée de création typique pour toi?

PA – Souvent j’ai écouté un bon film récemment ou j’ai quelque chose en tête. Je suis un grand cinéphile alors j’ai toujours des images en tête. J’arrive dans mon atelier et je me laisse aller vraiment de manière intuitive.

En ce moment je suis en train de travailler sur une église miniature. Je savais que j’avais envie de faire une petite maison. Des fois j’y vais plus dans le masque, des fois dans la statue.

Souvent les gens pensent que quand tu travailles dans l’horreur, c’est comme un exutoire pour passer ta violence. Dans mon cas, ça n’a jamais été ça. C’est vraiment l’amour de créer un personnage, une scénographie, un décor… C’est aussi comme ça pour la plupart des gens que j’ai rencontrés dans le domaine. J’ai dû exposer 80 artistes dans ma vie avec Le Mur Insolite et sur le lot, 75 étaient vraiment sympathiques.

HQ – Justement, jusqu’à tout récemment, tu possédais Le Mur Insolite, une galerie d’art qui regroupait le travail de plusieurs artistes du Dark Art du Québec. Peux-tu nous raconter ce qui s’est passé? Comptez-vous ouvrir Le Mur à nouveau?

PA – J’ai eu un local pendant 5 ans dans le quartier Saint-Sauveur de Québec puis ensuite, y a quelqu’un qui m’a approché pour me proposer un local gratuit sur une artère principale. C’était ma chance de pouvoir exposer de l’horreur en plein centre-ville! J’ai clairement fait confiance à quelqu’un que je n’aurais pas dû. Il n’y a rien de gratuit dans la vie. Neuf mois après notre emménagement dans le nouveau local, la bâtisse a été vendue et y a fallu qu’on déguerpisse étant donné que le deal ne pouvait plus tenir avec le nouveau propriétaire. J’ai eu une semaine pour quitter le local. Avoir su évidemment, je n’aurais jamais déménagé. Je me suis recentré sur mes projets depuis.

Est-ce que je pense que ça va ouvrir à nouveau? Je ne sais pas. J’essaie de trouver une formule de galerie itinérante. Ce ne serait pas un lieu physique donc, mais une fois de temps en temps, par exemple à l’Halloween, je pourrais peut-être louer une église et faire un collectif pendant un mois. Je n’ai pas vraiment envie de retrouver un autre local, faire toutes ces démarches-là…

Méduz
Bois

HQ – Tu as deux expositions à venir très bientôt. Peux-tu nous en dire plus?

PA – Je serai à la Galerie D à Montréal, sur la rue Amherst, du 16 septembre au 14 octobre prochain avec Éric Braün, le propriétaire de l’Usine 106u, située sur le plateau Mont-Royal. C’est une galerie alternative qui existe depuis 10 ans, un peu comme Le Mur Insolite, peut-être un peu moins dark, mais dans la même formule. Éric va proposer une sélection de peintures psychédéliques, mais assez fucked up avec des monstres et tout, et moi j’aurai une sélection de sculptures. C’est un environnement très blanc, très edgy; j’ai hâte de voir ce que ça va donner! L’exposition s’appelle Bicéphale et le vernissage est le 16 septembre.

Ensuite, j’expose en solo, sur le boulevard Charest ici à Québec, dans la vitrine de la Maison des métiers d’art. J’vais pouvoir beurrer épais, c’est une vitrine qui est éclairée toute la nuit alors j’vais construire un espèce de rituel occulte avec des chandelles et des statues morbides. Ça va être installé du 4 au 31 octobre, juste à temps pour l’Halloween. C’est toujours la période de l’année où j’ai le plus de visibilité, disons qu’à Noël, ça a moins sa place! (rires)

***

HQ – Laquelle de tes pièces considères-tu comme étant ton Saint Graal, ta Mona Lisa?

PA – Ça fait 10 ans que je fais de la sculpture. J’en ai ici dans mon atelier, j’en ai à la Maison des métiers d’art où je travaille, chez nous, chez des amis. J’en ai même tiré dans le feu!

Je n’ai pas vraiment cet attachement-là avec mes œuvres. Je ne suis jamais vraiment satisfait à 100%. Des fois sur le coup, j’suis content d’une pièce puis après, j’suis écœuré de la voir. Je n’ai pas vraiment de Saint Graal encore, non!

HQ – Du côté des arts visuels, quels artistes t’inspirent le plus dans ton travail?

ABRAHADABRA 3 de Joachim Luetke pour Dimmu Borgir.

PA – Il y a un dénommé Joachim Luetke de Viennes qui gagne sa vie particulièrement en faisant des visuels pour les groupes de musique. Il fait de la sculpture qu’il va mettre en scène dans des décors Photoshop un peu morbides et crée des pochettes d’album avec ça. J’aime vraiment ce qu’il fait!

J’ai vu une exposition il y a trois ans à Québec au Musée de la Civilisation sur l’art haïtien. Ils utilisaient de vrais crânes humains dans leurs statues. T’avais donc un amas d’objets avec, en haut, le crâne de leur grand-mère par exemple qui te regardait droit dans les yeux. Ça avait une prestance hallucinante! J’essaie d’atteindre ça.

J’ai rencontré aussi tellement d’artistes québécois intéressants. Jean-Michel Cholette, qui fait du airbrush…

HQ – Tes pièces servent souvent dans les concerts ou pour des pochettes de métal. Est-ce que t’es un fan du genre?

J’écoute vraiment toute sorte de choses mais côté visuel, mon esthétisme se prête vraiment bien au métal. Je ne verrais pas ça pour un album country mettons… (rires)

Ici, dans les locaux où se trouve mon atelier, il y a 300 musiciens, 61 locaux de répétition, dont principalement des gens de ce domaine-là. En venant m’installer ici, ça aussi été un move stratégique. Même si les groupes ne sont pas toujours fortunés, ça donne beaucoup de visibilité à mon travail. Il y a, par exemple, une affiche pour un show métal avec une de mes pièces en background placardée partout en ville présentement.

HQ – Ça été quoi ton premier contact avec le cinéma d’horreur?

PA – Les films qui passaient à TQS quand j’étais enfant! Les vieux Freddy, etc. Y ont tellement produit de films d’horreur dans les années 80. Autant à l’époque, je les trouvais épeurant, autant aujourd’hui la peur s’est transformée en passion. Les poupées, les petites maisons hantées, pour moi c’est le trip de les recréer.

Vaudou
Bois et métal

HQ – Est-ce qu’il y a encore des films qui réussissent à te faire peur?

PA – Y a des films que je trouve plus réussis. Ceux que j’aimais quand j’étais enfant ne tiennent plus vraiment la route aujourd’hui, quoique ce que j’aimais dans les vieux films, c’est qu’ils étaient faits avec des vrais décors. Maintenant c’est souvent des fonds verts. La vraie scénographie, je trouvais que ça apportait tellement de richesse à l’image qu’on retrouve un peu moins aujourd’hui.

C’est certain qu’un film comme Martyrs, quand c’est sorti, je trouvais ça assez costaud. Récemment j’ai vu aussi le film perse Under the Shadow que j’ai trouvé super intéressant. Faut sortir un peu des États-Unis des fois pour trouver des perles.

***

HQ – Tes sculptures représentent souvent des personnages ou des pantins lugubres, inspirés des films d’horreur que tu as vus lorsque tu étais plus jeune. Nomme-nous les 6 films qui t’ont le plus inspirés dans ton travail.

PA – House of 1000 Corpses, pour l’esthétisme de Rob Zombie. Puppet Master, pour le look des poupées. The Serpent and the Rainbow de Wes Craven pour les références vaudou. Pet Sematary, pour le petit cimetière. J’ai pas le choix non plus de nommer A Nightmare on Elm Street, pour la maison, les éléments de la scénographie, le petit tricycle, le maquillage de Krueger, etc. Mon dernier n’est pas un film d’horreur, mais il faut que je mentionne Labyrinth pour toutes les marionnettes.


Consultez le site web de l’artiste Patrick Anktil pour en voir davantage!

Les Chirurgiens
Bois et métal

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