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La petite fille qui aimait trop les allumettes: une flamme robuste qui happe tel un train routier
9Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)
10.0

Suite au suicide de leur père, une jeune fille et son frère vivant dans un vieux manoir en campagne doivent trouver un moyen de disposer du corps. La demoiselle décide donc de se rendre au village pour acheter un cercueil et de s’occuper de la créature que le paternel tenait emprisonnée dans l’un des pavillons de la ferme.

Nous pourrons dire que l’année 2017 aura été une année créatrice pour le Québec, qui nous a offert en quelques mois d’intervalle des films aussi inoubliables que Le problème d’infiltration, Les affamés et maintenant La petite fille qui aimait trop les allumettes.

Ce dernier est un film ardu et exigeant qui ne va pas trouver facilement un public. N’est-ce pas le sort de plusieurs titres incontournables qui renflouent la collection Criterion? Durant presque 110 minutes, nous sommes bombardés d’images difficiles et lorsque le générique se termine, on a envie de courir à l’extérieur pour prendre une bouffée d’air frais. Si vous souhaitez un film facile, Jigsaw et Happy Death Day sont encore à l’affiche. En revanche, si vous avez envie de vous immerger dans une expérience cinématographique avec un «C» majuscule, ce long-métrage de Simon Lavoie risque de vous toucher.

Adapté du très puissant roman homonyme de Gaétan Soucy, La petite fille qui aimait trop les allumettes réussit à affirmer sa spécificité par rapport au roman, notamment à cause de certaines variations au niveau de la narration. Il faut bien admettre que si le roman est dorénavant une pierre angulaire dans la littérature québécoise, ce film risque de marquer à vie l’imaginaire des Québécois également. Le scénario peu bavard est rempli de réflexions et d’idées, que la réalisation saura dessiner dans ses cadres.

À travers ses longs silences, cette perle fait certains échos aux dialogues abondants et pointus de plusieurs films du regretté Francis Mankiewicz, écrits par Réjean Ducharme. Même s’il retient davantage les caractéristiques d’un conte fantastique macabre, La petite fille qui aimait trop les allumettes aborde également un retrait névrotique, le désordre social, mais aussi l’obscurantisme. C’est avec des styles différents que les deux réalisateurs abordent des thèmes ayant une résonance parfois similaire.

À ce titre, nous pourrions même affirmer que Lavoie nous offre une oeuvre de l’envergure du classique Les bons débarras, aussi axé sur l’émancipation d’une jeune adolescente en milieux campagnards. Pourtant, son film est davantage tourné vers la cruauté. Pas étonnant que le titre du roman reconditionne ironiquement celui du conte d’Hans Christian Andersen, dont les textes débordent de douleur. Difficile cependant de ne pas appréhender ces films comme étant allégoriques, où les parcours des héros pourraient être perçus comme des métaphores d’une quête identitaire suite à l’exode rural québécois et de l’emprise exercée par certaines institutions.

La mise en scène bifurque habilement entre le drame et le film gothique, en empruntant sur sa route quelques figures du cinéma d’horreur. L’utilisation d’un noir et blanc impeccable magnifie l’étouffement, mais épure de sensationnalisme des passages qui auraient pu se voir grotesques entre les mains d’un cinéaste moins chevronné. La démarche rappelle celle de Michael Haneke lorsqu’il nous a offert son chef d’œuvre Le Ruban Blanc.

La distribution est en tout point impeccable, mais la jeune Marine Johnson est tout simplement époustouflante dans un rôle exigeant. Peut-être avons-nous trouvé la nouvelle Charlotte Laurier?

 

 

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