[Critique] Hellier: le vrai paranormal

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Quand on parle de démocratisation du médium, la série documentaire Hellier s’avère l’exemple parfait. Greg Newkirk et Dana Matthews œuvrent dans le domaine de la chasse au Bigfoot et aux fantômes depuis plus de 35 ans. Ensemble, ils ont créé en 2012 Planet Weird, une plate-forme qui rassemble leurs recherches et expéditions. 2012, c’est d’ailleurs l’année à laquelle Greg a reçu un étrange courriel qui a lancé le couple cinq ans plus tard dans une quête sans fin concernant d’étranges événements se déroulant dans la petite ville de Hellier au Kentucky. En compagnie de Karl Pfeiffer à la réalisation et d’une poignée de collègues, ils ont documenté leur aventure dans le but de produire un documentaire, mais ce qu’ils ont trouvé les a plutôt poussé à assembler une première saison de cinq épisodes d’environ une heure, parue en janvier 2019. Devant la popularité de leur sujet, mais surtout suite à de nouveaux développements importants dans le dossier, l’équipe a lancé quelques mois plus tard, en novembre dernier, une deuxième saison de dix épisodes. Fans de paranormal, attention: la série, offerte gratuitement sur la chaîne YouTube de Planet Weird, pourrait à la fois générer autant de dépendance que de frustration.

Hellier YoutubeLe fameux courriel qui a lancé l’affaire nous est lu au tout premier épisode: un individu, qui se nomme David Christie, prétend que sa famille, récemment installée à Hellier, est terrorisée la nuit par des créatures envahissants son terrain. Ces êtres de la taille d’un enfant sortiraient vraisemblablement d’un réseau vaste et complexe de mines s’étendant sous toute la chaîne des Appalaches. Le duo d’enquêteurs échange quelques messages avec l’homme, qui leur envoie même des photos d’empruntes étranges et d’autres (moins convaincantes) des fameux bonshommes, puis disparaît sans jamais laisser de traces. Un autre mystérieux Terry R. Wrist (un jeu de mot pour «terroriste»?) se manifeste ensuite avec des messages étranges à décrypter, et il n’en fallait pas plus pour piquer la curiosité du couple au vif.

Hellier est par contre beaucoup plus qu’une simple chasse aux goblins. L’équipe passe par toute une gamme d’hypothèses au fil des épisodes, allant de cryptozoologique à extra-terrestre, de cultiste à conspirationniste et explore même certaines avenues plus scientifiques assez intéressantes dans sa deuxième saison. Pour les non-initiés, la terminologie paranormale et ufologique utilisée peut parfois dérouter. Plusieurs ouvrages tels que The Mothman Prophecies ou Secret Cipher of the UFOnauts sont abordés, alors qu’on mentionne plusieurs autres concepts en chemin comme celui de l’humanoïde Ingrid Cole. Même si ces sujets nous sont expliqués sommairement, le domaine est vaste et pointu et les théories s’emboîtent à un rythme il nous faut rester plutôt attentif. Chose certaine, vous voudrez certainement approfondir vos connaissances ésotériques après vos visionnements.

Hellier

Le fait qu’une suite paraissent seulement dix mois après le lancement de la série, dans un monde où tout doit être produit des mois à l’avance, est absolument fascinant. Ces nouvelles pistes sont apparus selon Greg Newkirk peu de temps avant la première, ce qui a permis à l’équipe d’enchaîner coup sur coup. Et pour le spectateur, c’est drôlement stimulant de pouvoir suivre l’histoire d’aussi près. Du côté de la production, même si le budget et l’équipe sont plutôt restreints (Pfeiffer filme la plupart des scènes), on sent un effort soutenu, particulièrement au niveau du montage, pour dynamiser les théories et lectures qui pourraient autrement s’avérer un peu longues. Les prises de vue, qui ne sont pas toujours au point, ajoutent quant à elles à l’effet found footage inquiétant.

Autrement, on est littéralement témoin du fonctionnement d’une véritable équipe d’enquêteurs du paranormal. Greg, Dana et leurs collègues dédient (et gagnent) leurs vies dans le milieu. On est donc loin d’une bande de youtubeurs qui souhaite offrir un ou deux frissons à leurs abonnés, ou encore de celle d’un show produit à la Most Haunted, dont les techniques et résultats sont plutôt discutables. De ce fait, la série n’offre jamais de réelle conclusion ou preuve filmée tangible de l’affaire — l’aspect qui pourrait rebuter certains —, sinon ces formidables moments de synchronicité ou encore ces étonnantes (et effrayantes!) séances de «spirit box», un appareil où les entités manipuleraient les ondes radio pour communiquer avec nous.

Hellier

Allen H. Greenfield, auteur du fameux Cipher, résume magnifiquement Hellier en mentionnant: «… vous devez vous résigner au fait que vous ne saurez peut-être jamais exactement ce dont il s’agit, mais si vous êtes chanceux, vous réussirez à en retirer la poésie». Pas de doute, il y a bel et bien quelque chose qui cloche au Kentucky. Et peut-être que Greg et Dana ne réussiront jamais à percer le mystère. De notre côté, on espère qu’ils obtiendront assez de matériel pour nous offrir une troisième saison prochainement.