[Critique] She Dies Tomorrow: l’horreur de maintenant

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4.5
Note Horreur Québec

Disons-le d’emblée: si l’horreur était une grande famille, She Dies Tomorrow serait la petite cousine que l’on croise aux cinq ans. Assimiler ce film à notre genre préféré risque de créer quelques frustrations parmi nos lecteurs. Cependant, pour les spectateurs qui seront sensibles à ce qu’Amy Seimetz cherche à faire avec son absurde parabole existentielle, She Dies Tomorrow a le potentiel de devenir terrifiant. L’horreur du film est fragile et subjective: elle apparaît aux endroits les plus inattendus et se refuse aux conventions du genre.

Le scénario nous introduit d’abord à Amy, qui vit sa journée comme si c’était la dernière. En effet, elle est persuadée qu’elle va mourir demain. Non seulement son entourage n’arrive pas à la faire démordre de cette idée, mais sa philosophie fataliste s’avère hautement contagieuse… et en poussera certains à commettre l’irréparable.

She dies tomorrow affiche filmShe Dies Tomorrow est le film d’horreur parfait pour 2020. Bien sûr, il a été tourné sans savoir à quel point il serait branché à l’esprit du temps. La cinéaste cite Albert Camus au détour d’un dialogue et l’idée maîtresse de son film, l’incertitude de l’existence et l’éventail de nos réactions face à elle, pourrait aussi bien avoir été tirée d’un texte du célèbre auteur. Que se passe-t-il lorsque l’on vit dans un esprit de renonciation, dévorés par nos appréhensions du futur? Le film explore le haut potentiel de contagion que peut avoir une idée, peu importe son degré de véracité. Une des raisons pour lesquelles She Dies tranche avec le cinéma d’horreur, ou même avec un Melancholia de Lars von Trier, c’est qu’il tente d’offrir des portes de sortie à ses personnages plutôt que de se limiter à étudier leur implosion.

Il s’agit du deuxième long-métrage d’Amy Seimetz, aussi apparue dans de nombreux films d’horreur en tant qu’actrice. Elle a d’ailleurs beaucoup collaboré avec Ti West, Adam Wingard et Joe Swanberg, des cinéastes qui ont cherché à subvertir les codes du genre et l’ont parfois croisé au drame de type mumblecore. C’est aussi le cas de Seimetz, qui perfectionne ici un style unique alliant naturalisme et débordements surréalistes. Certains passages inondent le cadre de couleurs psychédéliques. La photographie et le design sonore accentuent avec beaucoup d’effet les moments angoissants.

D’une durée de 80 minutes, le film est au service de sa métaphore. Il exploite une forme de comédie ironique qui existe souvent en sous-texte. La mise en scène accentue l’impression d’isolation. La violence apparaît de façon anticlimatique. Kate Lyn Sheil et Jane Adams excellent dans des rôles laconiques.

She Dies Tomorrow touche aux peurs les plus primaires et ancrées. Dans la grande tradition d’un Bergman, Amy Seimetz s’interroge sur le sens de l’existence moderne. Son film n’est pas du genre à faire des compromis, mais il prend l’affiche à un moment où le public pourrait être spécialement sensible à ses thématiques.

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