[Critique] Spontaneous: ados en quarantaine explosent sans crier gare

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Note Horreur Québec

Spontaneous est le meilleur film d’horreur de 2020 que vous n’avez pas vu, point. Qui a eu l’idée folle de croiser la crise de panique existentielle constante que fut la dernière année aux comédies romantiques pour ados de Netflix? La réponse: Brian Duffield, l’auteur de The Babysitter (et du récent Underwater) dont il s’agit ici de la première réalisation. Et si vous avez apprécié les excès gores de ses collaborations avec McG, attendez de voir ce que Duffield vous réserve avec Spontaneous

Dans un high school étasunien, une adolescente explose sans crier gare. Le reste de l’école est choqué, mais ignore qu’il s’agit du premier cas d’une pandémie d’explosions de finissants. Le FBI est déployé sur place, malgré tout personne ne parvient vraiment à expliquer le phénomène. Mara et son amie Tess tentent de naviguer à-travers cette année scolaire où chaque minute pourrait être leur dernière… Et Mara développe un attachement pour Dylan, un jeune homme timide qui lui fait part de ses sentiments quand il réalise qu’il n’a plus rien à perdre.

Vous avez trouvé She Dies Tomorrow un peu trop sec à votre goût? Spontaneous est sa variante imaginée pour plaire à tout le monde et sa mère. Le film semble avoir été conçu sur mesure pour affoler l’algorithme d’un Netflix, allant jusqu’à caster Katherine Langford (13 Reasons Why) et la nouvelle coqueluche Charlie Plummer dans les rôles principaux.

Le concept se vend sans effort, mais c’est ce que Duffield en fait qui élève le projet au rang de must-see de 2020. Si l’on avait apprécié les scénarios antérieurs de l’auteur, Spontaneous est son film de la maturité. Et ce n’est peut-être pas étranger au fait qu’il soit passé derrière la caméra pour amener à bon port ce cocktail hétéroclite de tons.

Spontaneous mène une vague d’oeuvres récentes qui explorent le nihilisme adolescent de la génération Z et rappellent fortement les teen movies des années 90. Brian Duffield s’impose comme un dialoguiste qui a le sens du mordant. Le scénariste parvient également à transformer une prémisse gore qui aurait eu sa place chez le Peter Jackson des premières heures en récit existentiel bouleversant. La capacité du film à faire fonctionner son assemblage de violence grotesque, d’humour deadpan, de romance instagramable et de drame humain très proche du quotidien de 2020 est sans égal. On imagine facilement comment quelqu’un aurait pu se casser la gueule en tentant de faire fonctionner cette prémisse postmoderne, et pourtant.

Bien sûr, comme c’est le cas pour plusieurs autres projets sortis en 2020, le rapport intime qu’a Spontaneous à l’actualité renforce notre réaction face à lui. Le film traite de santé mentale, de solitude, de dépendance. Et surtout, sa mise en scène parvient à retranscrire un état de tension permanente que nous connaissons très bien. L’antagoniste de Spontaneous est invisible. Il n’y a jamais de pause, jamais de vraie sécurité. On est sur le bout de notre siège, toujours à se demander si tous nos protagonistes vont survivre à la scène qu’on est en train de regarder. Et quand le mal frappe, Duffield parvient à en représenter la confusion et le chaos qui en résulte avec une intensité allant en crescendo avec la progression du film. D’abord amusants, les effets gores excessifs deviennent de plus en plus insoutenables.

Spontaneous est le bijou caché de la dernière année horrifique. Le studio Paramount a largué cet incroyable hybride de genres en vidéo sur demande, affublé d’une affiche hideuse. Dans les circonstances, on aurait plutôt espéré que le projet soit vendu à Netflix où il aurait connu un succès immédiat et retentissant.

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