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[Critique] The El Duce Tapes: comme regarder un accident de train

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4
Note Horreur Québec

Mais qu’est-ce qu’est cette étrangeté nommée The El Duce Tapes? Une exclusivité de la toute nouvelle plateforme d’Arrow Video (qui déborde de contenus fort intéressants). OK, mais c’est quoi au juste? Le nouveau film du réalisateur de Room 237 (Rodney Ascher) et du monteur de Leap of Faith (David Lawrence). Mais encore? Le susmentionné duo a monté un fascinant documentaire sur un ‘artiste’ subversif dont vous ignoriez probablement l’existence: Eldon Wayne ‘El Duce’ Hoke (1958-1997), chanteur et parfois batteur du groupe de ‘shock metal’ The Mentors. Qui plus est, le long-métrage est principalement composé d’images tirées de cassettes vidéo VHS récemment retrouvées dans un entrepôt, dont le contenu a été filmé entre 1990 et 1991 par Ryan Sexton, un acteur sans envergure aperçu dans The Toxic Avenger. Ah oui, et les membres du groupe portent de noires cagoules de bourreaux médiévaux (comme dans Black Sunday de Mario Bava, dont on a d’ailleurs inclus un extrait ici). Sérieux?

svg%3ED’emblée, si le concept derrière The Mentors (fondé à Seattle en 1976) s’apparente à ceux de groupes délinquants de la trempe de Carnivore, Dwarves et Piledriver, ses instigateurs se réclament davantage de KISS, en plus d’avoir partagé la scène avec The Plasmatics, Killing Joke, Black Flag, Metal Church et autres Revolving Cocks. De plus, l’attitude incontestablement punk et provocatrice de leur leader (alias The King of Sleaze) n’est pas sans rappeler les frasques de cet iconoclaste de GG Allin (mais en moins dégueulasse). Comme ce dernier, El Duce était un nihiliste qui se foutait de tout, pour qui il n’y avait pas de tabou, alors que la vulgarité était un but, un mode de vie, un tout. Qui plus est, le bedonnant et alcoolique gueulard était aussi un mordu de porno (les tambours de sa batterie en sont tapissés) ayant bossé comme MC dans un bar de danseuses. Non, ça ne s’invente pas.

On rit souvent — et parfois jaune aussi — pendant le visionnement, principalement grâce à l’humour de très mauvais goût (raciste, homophobe et principalement misogyne) dont fait preuve le chanteur dans ses textes, comme dans le classique instantané Suck Fuck Cook Clean. En entrevue au Jerry Springer show (!), il dit faire du ‘rape rock’. D’ailleurs, les grotesques paroles de leur pièce Golden Shower ont été citées durant les audiences publiques de 1985 qui menèrent au fameux avertissement ‘parental advisory’. Vous vous souvenez peut-être l’avoir vu dans le documentaire Kurt and Courtney (1998), alors qu’il soutenait que Love lui avait déjà offert 50 000$ pour assassiner Cobain. Ouin.

Faut dire que même Michael Bishop et feu-Dave Brockie du salissant groupe GWAR étaient découragés de leur compagnon de tournée. C’est que ce grossier personnage était un être de contradiction: né n’un père violent, il devint rapidement un talentueux musicien de jazz fusion, avant de devenir ce bruyant, hors contrôle et pathétique pervers, pétant et rotant sans retenue en entrevue. Ses amis (racisés ou danseuses exotiques) l’adorent, sa sœur dit qu’il est inoffensif, alors que son pote d’enfance et fidèle bassiste Steve Broy philosophe en parlant de lui comme étant un authentique artiste qu’il compare à Van Gogh. Sans niaiser.

Rappelant à la fois les documentaires Cliff ‘Em All (le home vidéo de Metallica sorti en 1987) et Hated (sur GG Allin, réalisé par Todd ‘Joker’ Phillips), ainsi que l’infâme Pink Flamingos de John Waters, The El Duce Tapes ne laisse personne indemne. Trash de chez trash, où dildos et nudité frontale côtoient overdose et moult beuveries, sachez que ce film est pour un public averti. Comme regarder un accident de train: on sait que ça va être laid, que ça va mal se terminer, mais pour certains, c’est juste impossible d’arrêter de regarder. Après avoir vu le film (ne pas oublier de visionner jusqu’à la fin du générique), vous risquez d’avoir le goût de prendre une douche — possiblement en calant une bière en même temps.

P.S. Les plus assoiffés d’entre vous pourraient pousser l’audace jusqu’à faire de ce film un ‘drinking game’, où on doit prendre une gorgée à chaque fois qu’El Duce en prend une. Mais ça risque de vous prendre au moins une caisse de 24.

The El Duce Tapes Official Trailer | ARROW

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