[Critique] The Ripper: le sexisme tue

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3.5
Note Horreur Québec

Si l’on vous disait qu’une nouvelle série documentaire intitulée The Ripper (Sur la piste de l’éventreur du Yorkshire) venait de débarquer sur Netflix, vous vous attendriez sans doute à ce qu’elle porte sur les crimes odieux de Jack L’Éventreur, mais non. On parle plutôt ici de Peter Sutcliffe, un tueur en série moins connu de ce côté de l’Atlantique, qui a pourtant terrorisé une partie de l’Angleterre entre 1975 et 1980 par le meurtre de treize femmes. Ses méthodes rappelant celles du célèbre tueur victorien lui ont permis de récolter le surnom de Yorkshire Ripper.

À travers les interventions pertinentes de témoins articulés, incluant des survivantes, des proches des victimes et des individus ayant participé activement à l’enquête, les cinq épisodes bien amenés nous expliquent les circonstances et préjugés ayant permis à Sutcliffe de faire tant de ravages, mettant surtout en lumière la misogynie du corps policier et du public en général. Non seulement de nombreuses victimes ayant été présentées comme des travailleuses du sexe ne l’étaient pas, mais le vocabulaire de la presse et des enquêteurs, qui les ont dépeintes comme des mauvaise mères et des personnes «aux moeurs légères», a généré l’apathie du public en plus de créer l’illusion que les femmes «bien rangées» n’avaient rien à craindre.

The Ripper Netflix sérieL’abcès est crevé au troisième épisode et culmine au quatrième, qui démontre comment les mesures préventives imposées aux femmes (incluant un couvre-feu), ont poussé la deuxième vague féministe de l’avant. Les interventions de la journaliste Christa Ackroyd nous éclairent particulièrement le sujet. Charismatique et engagée, elle dégage une passion qui nous pend à ses lèvres. Notons toutefois que le langage de certains intervenants envers les victimes n’a pas changé avec le temps et pourrait choquer ou troubler certains spectateurs.

Les comparaisons constantes à Jack L’Éventreur ont aussi brouillé les pistes, non seulement en poussant les enquêteurs à prêter une certaine identité au meurtrier, mais en les amenant à consacrer beaucoup trop de temps et d’énergie à de fausses pistes. Plus la série avance, plus l’incompétence de têtes dirigeantes de l’enquête est surlignée au crayon gras: les amateurs de true crime en auront pour leur argent. Comme bémols, on a parfois l’impression de manquer de détails et de passer trop rapidement de A à B. Un épisode supplémentaire aurait peut-être été une bonne idée?

La critique sociale, et, surtout, le désir de redonner aux victimes leur dignité, confèrent un caractère rafraîchissant à The Ripper, un peu à la manière de Don’t F*ck With Cats qui nous confrontait à notre rôle de spectateur. Qui dit dignité dit aussi sobriété, ce qui signifie qu’on ne nous montre pas les cadavres, et que la description des mutilations est parfois superficielle. Par contre, avant d’applaudir Netflix, notons que les familles de sept victimes ont dénoncé le fait que le nom de la série soit passé de Once Upon A Time In Yorkshire à The Ripper sans leur permission, arguant que le surnom glorifie les meurtres de Sutcliffe. Pas si attentionné que ça, finalement.

Et pour conclure sur une note positive, on vous rappelle que 2020 a tout de même ça de bon: Sutcliffe est mort en novembre dernier après avoir contracté la COVID-19.

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