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The Watcher. Bobby Cannavale est Dean Brannock. Cr. Eric Liebowitz/Netflix © 2022

[Critique] The Watcher: pas de quoi écrire à sa mère

On n’avait pas encore terminé de digérer Dahmer que déjà, le roi des ondes Ryan Murphy se ramène chez Netflix avec une nouvelle minisérie, elle aussi inspirée d’un cas réel inquiétant, The Watcher. Les sept épisodes de la production relatent en effet une affaire — plus précisément celle d’un article publié dans le magazine The Cut en 2018 — survenue au New Jersey, où un couple recevait de mystérieuses lettres anonymes de la part de quelqu’un qui prétendait les observer s’installer dans leur nouvelle maison. Et comme preuve de notre intérêt sans borne pour ce genre d’histoire tordue, la minisérie supplante maintenant celle mettant en vedette Evan Peters au palmarès pour devenir la deuxième série anglophone la plus populaire de tous les temps chez Netflix. Vraiment?!

Les Brannock quittent la ville pour s'installer dans une magnifique et luxueuse demeure au cœur d'un quartier résidentiel huppé. Leur vie de rêve se transforme toutefois rapidement en cauchemar alors que la famille reçoit par la poste des lettres menaçantes signées «The Watcher».
The Watcher affiche Netflix

The Watcher est une bête bien différente. D’abord, la minisérie n’a pas ce désir de se coller autant aux faits que celle du cannibale de Milwaukee. Murphy et Ian Brennan se servent en effet plutôt du canevas de base pour créer une joute de whodunit en compagnie de personnages colorés et exubérants, caractéristiques de leurs productions, qui n’ont rien à peu près rien à avoir avec l’histoire d’origine. Les voisins écornifleux, l’agente immobilière trop insistante, l’ancien propriétaire instable: tout le monde devient le suspect idéal alors que les Brannock s’affairent à découvrir l’identité de l’auteur (ou l’autrice?) de ces lettres avant de devenir fous.

Au niveau du ton, on se retrouve aussi à des années-lumière. Si vous jubiliez à l’idée de vous enfiler une série mettant en vedette une nouvelle maison maudite des mains du créateur de la Murder House à l’approche de l’Halloween, vous risquez d’en sortir déçus. The Watcher propose bien quelques moments inquiétants, mais le niveau reste résolument léger alors que l’ambiance mise davantage sur l’ironie de la situation et le désespoir «amusant» d’un couple bobo ayant voulu atteindre l’insaisissable fameux rêve américain.

L’emploie de Jennifer Coolidge (voyez l’excellent The White Lotus, s’il vous plaît) détonne aux premiers abords pour cette raison. C’est qu’on voulait tellement un produit horrifique que la comédie de sa savoureuse agente immobilière un peu vulgaire semble en contradiction dans les premiers épisodes. Même ses clips promos avant le lancement de la minisérie, quoique très drôles, laissent dubitatifs. Au final, l’actrice y brille encore une fois, comme quoi on ne se lassera jamais de celle qui incarne essentiellement le même rôle depuis la fin des années 90. Autrement, la distribution impressionne, à commencer par Naomi Watts (The Ring) et Bobby Cannavale (Ant-Man), solides en duo au centre de l’affaire. Murphy se paie également entre autres Mia Farrow (Rosemary’s Baby), désopilante en voisine nattée, résolument conservatrice. Ses crisettes d’enfant gâtée font certainement partie des meilleurs moments du lot: «so unneighborly!»

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The Watcher. Cr. Eric Liebowitz/Netflix © 2022

Les qualités de la production sont indéniables. L’équipe de la réalisation, fidèles partenaires de crime du duo Murphy/Brennan (Jennifer Lynch et Paris Barclay ont également piloté des épisodes de Dahmer), offre des visuels bien léchés, exploitant la demeure avec goût et attention, mais c’est le scénario qui s’étire trop alors que les dénouements s’avèrent sans grande incidence et que l’issue pourrait occasionner de sérieux cas de «tout ça pour ça?» chez les téléspectateurs.

On avait compris l’idée dès le départ: les coupables d’envie et d’avarice seront éventuellement punis dans ce dédale immobilier infernal. C’est aussi qu’en ce mois d’octobre, on cherchait plutôt quelque chose d’inquiétant pour meubler nos soirées pluvieuses. The Watcher se regarde certainement, mais ne mérite peut-être pas toute l’attention qu’on lui accorde présentement.

Note des lecteurs2 Notes
Points forts
La distribution AAA
Les personnages disjonctés
Les dialogues désopilants
Points faibles
L'absence de frissons
Plusieurs dénouements sans issue
Le dernier épisode qui tombe à plat
3
Note Horreur Québec
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