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Depuis 25 ans déjà, le cinéaste québécois Mathieu Ratthé réalise des films. Sa passion pour le cinéma lui a permis de nous offrir plusieurs court-métrages (Lovefield, Pretty Wicked, The Talisman) de haut calibre. Cette année, il signe avec The Gracefield Incident son premier long-métrage où des extra-terrestres envahissent l’Outaouais. Horreur Québec s’est entretenu avec le réalisateur, question de célébrer la sortie du film, disponible dès aujourd’hui en vidéo sur demande:


Horreur Québec — Quand on recherche des informations sur le film, on constate rapidement tu as été impliqué dans différentes étapes de la création. En plus de réaliser, on voit ton nom parmi les producteurs, scénaristes, monteurs et acteurs. Peux-tu nous parler de la genèse de The Gracefield Incident et ce qui t’a poussé à effectuer autant de rôles?

Mathieu Ratthé — Dans le cinéma indépendant, il faut que tu fasses tout ce que tu peux et que tu utilises ce que tu as comme moyens pour faire en sorte que ton film se fasse. Cette année, c’est le 25e anniversaire de mon premier film. C’est vraiment une passion pour moi. Je n’ai pas étudié pour faire mon métier. On dit souvent qu’on ne choisit pas notre passion, mais que c’est elle qui nous choisit.

Quand tu as une passion comme la mienne, tu es amené à résoudre des problèmes. Déjà très jeune, quand je réalisais, j’opérais la caméra. À un moment donné, j’avais besoin de costumes ou j’avais besoin de manger. Je suis devenu producteur comme ça et c’est la même chose avec le montage. Il fallait que je monte mon travail.

Ce qui est intéressant avec The Gracefield Incident, c’est que je l’ai tourné en 13 jours. Je n’ai pas eu beaucoup de temps et quand j’ai fait mon premier jet de scénario, le directeur photo, Yan Savard, avec qui je travaille depuis l’âge de dix ans, et moi on s’est demandé comment faire le film techniquement. On avait peu de moyens, j’ai donc suggéré d’avoir la caméra sur mon épaule. On s’est ensuite demandé comment s’organiser pour l’acteur. J’étais celui qui avait écrit les lignes, je me suis donc retrouvé à opérer la caméra, en même temps que je jouais.

Je n’avais simplement pas le choix. Je pense que la raison pour laquelle j’ai tenu autant de rôles au sein de la production, c’est que je n’avais pas le choix. Les choses seront différentes pour mon prochain film. C’est un peu la raison pour laquelle celui-ci a été aussi long à se faire. De la première lettre sur une feuille de papier à la sortie du film, il y a eu cinq ans de décalage. Ce n’est pas si long que ça dans un sens, car j’ai des scénarios sur lesquels je travaille depuis huit ans.

HQ — Le film raconte, entre autres, l’histoire d’un jeune homme qui insère une caméra dans son œil de vitre et peut sembler s’apparenter à un found footage à la The Blair Witch Project, mais la bande-annonce semble proposer quelque chose de plus élaboré au niveau du style visuel. Peux-tu nous en dire un peu plus?

MR — Je suis d’accord avec ce que tu me dis. En revanche, je n’aime pas le terme found footage et je suis certains qu’une grosse partie de l’audience sera d’accord avec moi. On est plusieurs à être tannés de ce genre-là.

Quand The Blair Witch Project est sorti, c’était un outil de marketing incroyable. Je me souviens qu’étant adolescent, je suis allé voir le film et j’étais sûr et certain que c’était vrai. C’était une idée de génie. Le problème à ce niveau, c’est qu’on a continué à utiliser l’expression found footage dès qu’il y avait une caméra un peu «réalité». Pourtant, ça peut porter à confusion. Mon film a utilisé la technique camera handle , mais ce n’est pas réellement un found footage . C’est pour ça que ce que tu vois, comme tu le mentionnes, semble plus différent. Je n’ai pas eu le choix d’utiliser la technique pour des raisons budgétaires. Si j’avais eu 45 jours de tournage et un gros budget, le film ressemblerait davantage à Close Encounter of the Third Kind. La technique qu’on utilise peut porter à confusion. Mon film est plus une fiction qu’une réalité filmée, cependant.

HQ — Comment as-tu réussi à trouver les fonds nécessaires pour réaliser un tel projet? Est-ce que ton film a dû être ajusté, outre la technique camera handle, pour correspondre à un certain budget?

MR —Oui, c’est certain. Je n’avais pas de budget, mais j’avais la chance d’avoir du temps. Avec le temps, on peut aller chercher de la qualité. Les effets ont pris quand même trois ans à se faire, car personne n’a travaillé avec un gros rush sur mon projet. C’était le seul moyen pour avoir de la qualité.

HQ — Dans tes courts-métrage on sent déjà un certain goût pour le macabre, mais c’est aussi intéressant de voir que plusieurs membres de ta distribution ont figuré au générique d’autres films de genre. On pense à Juliette Gosselin qu’on a vue dans Martyrs, mais Aussi à Lori Graham dans End of the Line. Est-ce que pour The Gracefiled Incident, avoir des acteurs initiés au genre était pour toi quelque chose d’important?

 MR— C’est un pur hasard. Je ne connaissais ni Juliette, ni Lori. Tous mes acteurs ont suivi le processus normal d’auditions, mais je recherchais un côté naturel. On voit plusieurs acteurs dans le film avec un naturel qui leur ressemble, sauf peut-être Juliette. C’est pas mal eux-mêmes qu’on voit. La synergie que je pouvais obtenir avec eux était très importante. Comme j’opérais la caméra et que j’étais acteur, je voulais des gens naturels qui, si un météorite tombait, réagiraient de manière similaire. C’est un hasard si certains avaient travaillé dans le genre, mais je suis très content d’eux. Ils ont été incroyables. C’était un tournage un peu fou, mais super le fun.

HQ — Il y a une certaine médiatisation entourant ton film. Les fans semblent au rendez-vous et la bande-annonce a nourri en nous certaines attentes. Est-ce que la réception du film est quelque chose qui te préoccupe présentement? Souhaites-tu davantage avoir une reconnaissance de l’industrie ou bien des fans?

MR — Les fans, c’est certain. Je fais mes films pour eux. Je fais des films pour le public. Je suis très fier de The Gracefield Incident, sinon je serais encore en train de tourner. Mais tu sais, on fait notre possible avec le temps et les moyens qu’ont a. Je fais des films pour les fans. Pour leurs réactions, je n’ai pas d’attente. Certains vont adorer, d’autres détester. On ne peut pas plaire à tout le monde et chacun a droit à son opinion. J’espère que le plus de gens, faisant parti de l’auditoire pour lequel je l’ai fait vont apprécier. J’aimerais qu’ils en redemandent et me permettre de continuer à faire ce métier le plus longtemps possible.

HQ— Le cinéma de genre a souvent été, à travers les années, une manière d’exprimer des enjeux politiques ou sociales à travers une série de métaphores ou de messages cachés au second degré. Est-ce qu’avec The Gravefield Incident, tu exorcises certains de tes démons?

MR — Non (rires). Je le fais dans tous mes autres films, mais pas dans celui-là. Il n’y a pas de message conscient à aucun niveau. C’est un pur divertissement. Je n’ai pas poussé la note. Peut-être que la rapidité de la pré-production y a joué un rôle. Il n’y avait pas de film et quatre mois plus tard, je tournais. Je te dirais que oui, pour mes prochains films, il va y avoir un petit quelque chose de caché et si on commence à analyser, on peut comprendre assez rapidement.

***

HQ — Comment t’es venu ce goût pour le macabre?

MR — Je pense que c’est en partie à cause du suspense. Ça m’attire beaucoup. Hitchcock a été une influence pour moi, depuis que je suis très jeune. Il comprenait la psychologie du public auquel il dédiait son film. C’est très important, pour moi, cette idée de faire travailler son public en suspense. Tu lui donnes des indices et des conceptions qu’il a déjà programmés et tu joues avec ça. J’ai d’autres genres en tête pour de prochains films, mais je n’ai pas terminé avec le genre. C’est l’idée de la psychologie d’audience que j’aime.

HQ — Quel type de films d’horreur fonctionne le mieux avec toi? Les esprits, les psychopathes, les extra-terrestres…?

MR — Toutes ces réponses. Ce qui touche à l’inconnu. Si j’entends un bruit dont j’ignore la provenance, ça me fait peur. Les extras-terrestres fonctionnent autant, car on ne sait pas trop ce qu’ils sont. C’est pour ça qu’ils sont aussi fascinants. L’inconnu nous fait peur. Qu’il s’agisse de maladies ou autres.

HQ — Comme ton film s’apparente un peu au found footage, à cause de sa technique, est-ce qu’il y a un film de ce type qui t’a particulièrement terrifié, ou même inspiré?

MR —The Blair Witch Project. Je suis allé le voir durant une «date» et j’essayais d’avoir l’air d’un dur. On s’imaginait que c’était vrai avant même d’entrer au cinéma. Cloverfield était plus commercial, mais très divertissant, également.

HQ — Est-ce qu’il y a un film d’horreur en particulier que tu aurais aimé réaliser?

Psycho. L’horreur est dans l’esprit de l’audience. En même temps, on voit la vision d’un réalisateur. Si moi, je l’avais tourné, il aurait probablement été différent. J’aime entrer dans le monde des cinéastes. Dans leur vision.

HQ — Si un gros studio te donnait un budget colossal pour réaliser le film le plus terrifiant de tous les temps, parmi tous les acteurs au monde, qui aimerais-tu diriger?

MR — Il vient de prendre sa retraite, mais Daniel Day-Lewis. Il pourrait faire un excellent film de genre. Je pense que peu d’acteurs pourraient amener un personnage à de tels niveaux. J’ai l’impression qu’en tant que réalisateur, sur un tournage, on doit regarder son écran, et que lui ferait complètement autre chose que prévu, mais qui serait cent fois mieux que ce qu’on espérait. C’est impossible d’imaginer ce qu’une personne comme ça peut faire.

HQ — Si j’inverse ton rôle. En tant qu’acteur ou scénariste, est-ce qu’il y a un réalisateur pour qui tu aimerais travailler?

MR —Steven Spielberg. Comme Hitchcock, même s’il est décédé. J’aime aussi Robert Zemeckis et Frank Darabont. M. Night Shyamalan m’a également influencé.

***

HQ — Finalement, quels sont tes six films d’horreur préférés? 

MR — C’est dur, il y en a tellement. Disons..

  1. Psycho
  2. Jaws
  3. The Sixth Sense
  4. The Blair Witch Project
  5. The Birds

The Gracefield Incident est dès maintenant disponible en vidéo sur demande.

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