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Lors du dernier Fantasia, le cinéaste Panos Cosmatos était de passage pour nous présenter son nouveau film Mandy. Horreur Québec est allé le rencontrer pour essayer d’en savoir plus sur son dernier rejeton. Très blagueur, mais aussi très émotif, c’est avec une très grande modestie que nous a reçu le réalisateur.


Horreur Québec: Vous avez mentionné que vos deux longs-métrages, Beyond the Black Rainbow et Mandy, avaient été tournés dans le but de traverser le deuil pénible de vos parents, que vous ne pouviez accepter. À quel niveau transformer votre peine en art a été bénéfique pour vous?

Panos Cosmatos: Je dirais que ça m’a littéralement sauvé la vie. J’ai transféré certaines de ces émotions à l’écran. Je voulais aussi me ramener dans le passé. (Long silence)

Je pense que je souhaitais recréer ce sentiment qu’on a quand on est un enfant et qu’on regarde un film tard le soir. Les gamins n’ont aucun filtre. Ils expérimentent chaque émotion et chaque peur de manière directe. Certaines des images qu’on voit à ce moment de nos vies peuvent nous hanter l’esprit pour toujours. Il y a cet âge où regarder un film nous cause presque une transe et nous plonge dans une sorte de rêve. D’une manière tangible, j’ai voulu montrer cet état.

HQ: À certains niveaux, cette fuite dans la création comme thérapie peut rappeler la démarche qu’a eue Lars Von Trier. On peut aussi déceler une multitude de références dans vos deux films, autant à David Lynch qu’aux cinéastes italiens majeurs. Même si comparer n’est pas toujours équitable, j’ai personnellement envie de vous dire que votre approche et vos thèmes me rappellent énormément le cinéaste français Jean Cocteau. Il y a cette chute dans le surréalisme, mais cette importance aussi accordé à l’égo de l’humain. Avez-vous pensé à ces films en vous lançant?

PC: Je n’ai rien contre les comparaisons et celle-ci est flatteuse. Vous n’êtes pas le premier à me parler de Jean Cocteau. J’ai vu plusieurs de ses films étant plus jeune, à l’époque des clubs vidéo. J’avais particulièrement apprécié Orphée. Ce qui est amusant, c’est que je n’y ai pas pensé directement en faisant mes films, mais inconsciemment Cocteau m’a peut-être inspiré.

HQ: Vos films sont des rêves éveillés, et l’onirisme découle souvent sur une multitude d’interprétations différentes. Diriez-vous qu’ils se prêtent à de multiples lectures?

PC: Absolument. C’est un peu comme si la notion de surréalisme donnait cette permission de spéculer. J’adore ça, mais en même temps, j’aimerais que les gens comprennent l’essentiel de l’histoire également. Je veux qu’on se questionne et qu’on analyse, mais qu’on suive l’intrigue.

HQ: Étant un enfant de la décennie 1980, j’ai grandi avec plusieurs films de votre père. Vos deux longs-métrages sont remplis d’hommages, mais je me demandais s’il y a des éléments que vous avez faits instinctivement et qui vous ont semblé directement inspiré de ses longs-métrages, par la suite?

PC: C’est difficile à dire. Il y a un hommage direct à mon père dans Mandy, qui est le plan en hélicoptère de l’ouverture. Il a tourné quelque chose de semblable dans un film que j’adore qui s’appelle The Cassandra Crossing. J’essayais de garder sa scène en tête en tournant la mienne.

HQ: On sait tous que les stars aident à vendre des films et cette fois vous aviez Nicolas Cage pour vous épauler. Est-ce que la célébrité de votre acteur a eu un véritable impact sur votre processus de création?

PC: J’aime les stars de cinéma parce que d’une certaine manière, elles sont des artefacts de la culture populaire. Je vous avoue que j’étais un peu plus nerveux de le diriger, que les acteurs de mon premier film. Au final, j’ai adoré travailler avec lui. L’expérience a été très enrichissante et pour répondre à votre question, elle ne s’est pas révélée être si différente.

HQ: Vous l’aviez envisagé, au départ, pour jouer le vilain du film et il vous aurait mentionné que le personnage de Red était davantage pour lui. Qu’est-ce qui a été le détail qui vous a fait pencher de son côté?

PC: J’étais curieux de voir un acteur comme Nicolas Cage jouer un être démoniaque. Il a joué des rôles plus mauvais, mais pas à ce degré précis où je voulais amener mon méchant. Quand il a dit qu’il refusait, j’ai été très déçu. Je faisais une réelle fixation sur lui pour jouer mon psychopathe et j’ai toujours voulu travailler avec lui. Plusieurs semaines se sont écoulées et je me suis mis à y repenser. J’ai réalisé qu’il était un grand acteur et qu’il pourrait apporter une certaine épaisseur à ce personnage plus simple. Il l’a fait.

HQ: Via sa compagnie de production, vous aviez aussi l’appui d’Elijah Wood. Est-ce qu’en tant que producteur derrière vous, il vous faisait davantage penser à Frodo ou à Sauron?

PC: (Rires) Il est plus un Frodo. J’ai rencontré plusieurs personnes et il est l’un des seuls à m’avoir montré qu’il me comprenait. Lui et a la compagnie SpectreVision m’ont semblé sincères, et ce fut le cas. Ils ont défendu mon film. En tant que producteur, il a une approche rationnelle et il aime le genre. Quand vous avez mentionné le nom de Wood, vous m’avez fait penser à Ed Wood. J’aurais bien aimé travailler avec celui-là également (rires).

HQ: Beyond the Black Rainbow semble se passer dans le futur. Mandy se passe dans le passé. Peut-on s’attendre à un troisième film qui se passera dans le présent?

PC: Pour l’instant, je me verrais mal faire un film se déroulant au présent puisque nous traversons une époque ennuyante à mourir (rires). Je pourrais peut-être le faire si c’est par le biais d’une satire sociale.


Nous souhaitons le meilleur des succès à Mandy, lors de sa sortie prochaine en salle le 14 septembre prochain, et nous sommes déjà anxieux de découvrir le prochain film de Panos Cosmatos.

Consultez notre couverture Fantasia 2018

 

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