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[Fantasia 2018] Mandy: l'enfer sur terre
8.7Note Finale
Note des lecteurs: (3 Votes)
8.4

Un homme se transforme en justicier meurtrier suite à l’agression qu’il a subit avec sa femme par une secte dominée par une sorte de musicien raté devenu adepte de Dieu.

Produit via la boîte SpectreVision, dont l’acteur Elijah Wood est l’un des fondateurs, Mandy est un pur délire qui se faufile en nous comme une drogue permettant l’évasion, l’émerveillement et la catharsis filmique. Tressant merveilleusement le drame, l’horreur et l’humour comme s’ils dépendaient les uns des autres, nous sommes face à un film qui se ressent davantage qu’il ne se regarde. Quarante-huit heures après le visionnement, on a encore l’impression d’entendre la somptueuse musique de Jóhann Jóhannsson bercer le visage de l’actrice Andrea Riseborough (Nocturnal Animals, Battle of the Sexes).

Si l’on peut reprocher quelque chose au film, c’est de nous proposer une énième variation sur le thème de la vengeance. Cela devient vite un moindre mal puisque cette relecture d’un récit moins frais fait ici partie d’un véritable processus créatif. À tous les niveaux, le cinéaste Panos Cosmatos (Beyond the Black Rainbow) s’amuse à travailler le second degré comme de l’argile. Jouant avec sa propre cinéphilie pour nous injecter un arc-en-ciel de références autant vers le cinéma popcorn que celui d’auteur, ils brouillent les pistes en s’émancipant de la moindre compartimentation où l’on pourrait tenter de placer son film.

Au final, Mandy peut séduire certains membres de la masse venu passer du bon temps, s’ils traversent le premier segment plus contemplatif, mais aussi les spectateurs les plus aguerris qui en ont vu d’autres. L’ouverture du film emprunte un visuel à la Nicolas Winding Refn, tout en pastichant l’errance poétique d’Andrei Tarkovsky et plusieurs thèmes d’Ingmar Bergman. Ici et là, le metteur en scène insère aussi graduellement une multitude de références à la culture pop allant des Cénobites d’Hellraiser à Mötley Crüe. La seule règle semble l’exubérance et la superposition d’éléments incongrus. À l’instar du Orphée de Cocteau, plongeant aux enfers pour aller y chercher sa femme, ici le héros les descendra pour aller y chercher l’honneur de la sienne. Assaisonné d’un humour complètement déconnecté qui nous déstabilise encore plus qu’on pourrait l’être, le film restera certainement ce patchwork improbable qui fera l’objet d’une panoplie de recherches dans les cours de cinéma.

Prenant appui sur un kaléidoscope visuel à couper le souffle et une bande sonore immersive au possible, Cosmatos, aussi co-scénariste du film, nous parle avant tout du deuil. Le cinéaste admet avoir tourné ses deux longs-métrages pour passer à travers la douleur du deuil de ses parents et sa rage se ressent sans conteste. On pourrait donc spéculer que Nicolas Cage incarne une forme symbolique d’alter ego, alors que le bourreau représente peut-être, au niveau allégorique, Dieu, la mort ou encore la maladie. Ne mentionne-t-il pas lui-même avoir eu l’autorisation de Dieu pour commettre ses crimes?

La mise en scène de Cosmatos est si stylisée qu’elle vole la vedette aux personnages, mais c’est un peu l’enjeu d’un tel exercice de style. Certains risquent de s’y perdre alors que les autres seront remplis d’émerveillement. Alternant entre sobriété et un jeu excessivement et volontairement grotesque, Cage se plie aux différents tons endossés par le cinéaste. Linus Roach est très investi pour sa part dans le rôle du méchant.

Mandy arrive en salle le 14 septembre prochain.

Consultez notre couverture Fantasia 2018

 

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