[Fantasia 2020] Necronomicon et chainsaw avec Steve Villeneuve de «Hail to the Deadites»

Steve Villeneuve est l’une des figures à surveiller de près dans le milieu de l’horreur au Québec.

Après la réalisation de son premier documentaire Under the Scares en 2010 et son implication en tant qu’organisateur de ce rassemblement incontournable montréalais qu’est devenu le Festival Requiem, le cinéaste, qui signe également la chronique Sur la route de l’horreur sur nos pages, produira également la suite Québec Dead End, prévue pour l’an prochain.

Ce fut donc un grand plaisir de le questionner sur son nouveau documentaire Hail to the Deadites, qui témoigne certainement de son amour pour la franchise Evil Dead et qui se retrouve présenté en grande première mondiale dans le cadre de cette 24e édition du festival Fantasia.


Horreur Québec: Je sais que la réalisation de Hail to the Deadites a été un long processus. Comment as-tu réussi à convaincre ces artistes d’embarquer dans ton projet?

Steve Villeneuve: J’ai eu la chance d’avoir tourné Under the Scares avant, ce qui m’a permis de rencontrer certaines célébrités. Parmi elles, il y avait Tom Sullivan, que j’avais interrogé pour une entrevue que je n’ai finalement pas utilisée dans mon film. Il ne parlait que d’Evil Dead et ça cadrait moins avec mes idées.

J’avais approché les Ladies of the Evil Dead auparavant lorsque je m’occupais de la section horreur du Comiccon de Montréal. Je leur ai parlé de mon idée de documentaire et elles étaient très ouvertes à l’idée de participer. Évidemment, il n’était pas question que je tourne ça avec elles durant le Comiccon, mais nous sommes restés en contact. À cause de mon implication au Comiccon, j’ai aussi connu l’agent de toute l’équipe d’Evil Dead 2. J’avais déjà travaillé avec lui pour inviter l’un des artistes qu’il représentait, Scott Wilson. Je lui ai dit qu’on avait déjà Tom et les Ladies. Ils ont tous été partants.

On s’est donc rendus à Cincinnati et on a fait la totalité des entretiens avec l’équipe d’Evil Dead 2 dans la salle où ils signaient. À tour de rôle, ils sont venus faire des entrevues avec nous durant le week-end. Hal Aldrich, qui jouait Scottie dans le premier épisode, s’en allait à Shock Stock deux mois plus tard. On l’a rencontré à London en Ontario. L’équipe du Shock Stock m’a mis en contact avec celle d’Evil Dead the Musical. Il nous manquait Ted Raimi, et évidemment Bruce Campbell.

HQ: Bruce Campbell devait être le plus dur à approcher?

SV: Oui: Bruce ne se déplace pas. À Horror Hound, la grosseur de la convention rendait la chose impossible. Je ne voulais pas non plus l’approcher trop vite, car on voulait quelque chose de solide avec lui. L’agent de l’équipe d’Evil Dead 2 m’a mis en contact avec l’agent de Bruce. Je lui ai écrit et il m’a dit que ça pourrait peut-être être intéressant de faire ça lors du Bruce Campbell’s Horror Film Festival, mais il ne m’a jamais confirmé qu’il y aurait une entrevue. On a donc pris une chance et on est allés à Chicago. En arrivant, j’envoyais des courriels à l’agent. Il a fini par venir me voir en disant qu’il avait parlé à Bruce et qu’il lui avait répondu que l’important pour lui était de ne pas avoir l’air d’une merde à l’écran. Il m’a donc demandé les questions à l’avance. Rendu à l’hôtel, je lui ai envoyé les questions, les teasers qu’on avait faits et un court-métrage.

HQ: Pendant que vous attendiez sa réponse, les heures de l’événement défilaient?

SV: Exactement. La journée du samedi avançait, et l’agent s’excusait en me disant qu’ils avaient une journée très chargée. J’ai passé la fin de semaine à ne pas savoir si ce serait possible de le rencontrer et je regardais l’horaire de plus en plus découragé. Ils ne pouvaient pas me donner un moment précis. Le dimanche matin, j’ai reçu un courriel qui me disait d’aller le rejoindre pour une discussion. Je me demandais combien ils allaient me charger pour avoir Bruce Campbell. L’heure arrive et ils ne sont pas au rendez-vous. Je le vois de loin qui s’occupe de Bruce. Plusieurs heures plus tard, l’agent vient me voir. Il me dit avoir parlé avec ceux qu’on avait déjà interrogé et qu’ils ont tous répondu qu’on était très cool. Il me redonne un rendez-vous, me dit qu’on va avoir quinze minutes pour faire notre préparation et que Bruce va venir vous rejoindre pour cinq minutes et pas une de plus, car il doit vraiment quitter ensuite. Il me dit qu’il va aussi falloir qu’on lui envoie par la suite les images filmées pour les faire approuver avant qu’on puisse les utiliser. Le gars était quand même sympathique, mais c’était spécial.

Hail to the deadites image film

HQ: Tout ce protocole-là uniquement pour un cinq minutes d’entrevue?

SV: Oui. Bruce est arrivé et il est imposant. Il est grand et il a toute une personnalité. On a commencé l’entrevue et c’est moi qui l’ai arrêté après vingt minutes. J’ai vu beaucoup d’entrevues avec lui et je pense que je ne l’ai jamais vu être autant lui-même. Il était sincère, et ne faisait que joker. Après la dernière question, il est resté pour jaser avec nous durant encore un bon quart d’heure. On a parlé de Montréal et du fait qu’il avait tourné le film The Woods ici. Comme j’avais tourné un court-métrage au même endroit, on a échangé quelques mots sur le sujet. Il a trouvé l’hôpital creepy comme nous. Il nous a parlé comme s’il nous connaissait. Quand l’agent est revenu, je lui ai mentionné que j’allais lui envoyer le formulaire de décharge et l’entrevue et Bruce lui a dit d’oublier ces formalités. Il a ajouté qu’il avait vu ce qu’on faisait et qu’on pouvait tout utiliser. Ça été une expérience fabuleuse!

HQ: Ton documentaire se tourne directement vers la réception d’un film, alors que le premier Under the Scares décortiquait les processus de création des films indépendants. Est-ce qu’il y a une raison qui t’a donné envie de choisir l’angle des spectateurs?

SV : C’est un concours de circonstances. J’ai commencé à tourner Under the Scares en 2006 et le HD était presque inexistant. De 2006 à 2010, ça a changé et c’était aussi le début de la fin des clubs vidéo. Le streaming commençait et c’est devenu encore plus difficile de vendre un film. Le marché était plus saturé que jamais. Je me suis demandé si je devais faire une suite à Under the Scares pour justement montrer à quel point la technologie avait changé l’industrie. Je me suis alors fait une liste de personnes avec qui j’aimerais discuter. En haut de ma liste il y avait Edouardo Sanchez, l’un des créateurs de The Blair Witch Project. Je me suis dit que si je réussissais à l’avoir en entrevue, lui qui a lancé cette vague de films, je ferai la suite d’Under the Scares. Deux jours plus tard, son agent m’a confirmé qu’il acceptait. Je ne voulais pas aller à Washington pour une seule entrevue et lors de nos différents entretiens, les gens disaient souvent que l’avenir du cinéma était dans le financement en ligne. Pour vérifier si c’était vrai, je me suis dit qu’il fallait essayer. Je me suis demandé sur quoi je devrais faire ce film, et je suis un fan d’Evil Dead. J’avais pleins de différentes versions du film et je me suis mis à la recherche en ligne de gens qui étaient encore plus fan que moi. De fil en aiguille, j’ai été mis en contact avec des geeks et ce documentaire-ci a pris le dessus sur mon idée de départ.

HQ: Est-ce qu’il y a des anecdotes de fans que vous avez capté par hasard lors d’une convention, par exemple?

SV: L’histoire du mariage s’est présentée à nous par hasard. On faisait une entrevue avec Tom Sullivan qui nous a raconté cette demande en mariage. J’ai fait une sorte d’appel pour essayer de trouver des témoins de cette demande et le frère du marié m’a contacté pour me dire qu’il l’avait filmée. J’ai appris que le mariage officiel allait avoir lieu un an plus tard au même endroit. L’année d’après, nous sommes allés filmer le mariage.

HQ: As-tu essayé d’entrer en contact avec Sam Raimi?

SV: Je n’ai pas essayé. Je ne sais pas pourquoi. Je n’ai fait aucune démarche pour lui parler.

HQ : Étant toi-même un fan de la franchise et ayant rencontré tout le monde, lequel de tous ces artistes t’a le plus touché?

SV: C’est dur de choisir. Les Ladies sont très gentilles. D’un autre côté, je pense aussi à Tom Sullivan, qui sombre un peu dans l’oubli. C’est un gars très sympathique qui n’a pas la reconnaissance qu’il devrait avoir. Après, il y a Dany Hicks qui vient de décéder. C’était le genre de gars qui nous invitait à prendre une bière après une journée de convention. Ils m’ont tous touché. J’ai eu un peu moins de proximité avec le casting d’Evil Dead 2, outre Dany, car on ne les a rencontrés qu’une fois. Hal Aldrich est aussi très gentil.

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HQ: Tu as inclus des clips et de la musique fait par les fans. C’était essentiel pour toi?

SV: Je me suis rendu compte que je voulais que mon film soit fait par des fans, pour des fans. On les connait tous ces film-là: je trouvais donc inutile de remontrer ces scènes. Il y a de superbes fan films. Un geek au UK m’a envoyé des chansons qu’il avait écrites sur la franchise. Il y avait des morceaux formidables.

HQ: Ton film est pour les fans et ce qu’ils préfèrent, ce sont des éditions physiques des films qu’ils aiment. Prévois-tu une sortie DVD ou Blu-ray pour Hail to the Deadites?

SV: Je ne peux rien avancer là-dessus encore. L’an prochain, c’est le quarantième anniversaire du film original et je pense que tous les distributeurs voudront en profiter. Une sortie physique est non-négociable, cela dit.

HQ: Ton prochain projet sera donc Under the Scares 2?

SV: Oui. Nous avons déjà une cinquantaine d’entrevues de tournées. Il me faut quelques entrevues de plus pour amener une ligne directrice et que je retourne en montage.


Nous encourageons nos lecteurs à libérer les Deadites en eux pour visionner ce documentaire pertinent. Nous profitons aussi de l’occasion pour souhaiter la meilleure des chances à Steve pour ses prochains projets.

Hail to the Deadites est disponible sur demande jusqu’à la fin du festival.

Consultez notre couverture Fantasia 2020

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