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Le cinéaste français Quentin Dupieux était de passage à Montréal le week-end dernier pour venir nous présenter son dernier Au Poste! au Festival du nouveau cinéma, en plus de s’offrir un DJ set en tant que Mr. Oizo, son alter-ego musicien, à la SAT.

Dans Au Poste!, un homme soupçonné à tort retrace les dernières heures de la soirée qui l’a menée à la découverte d’un cadavre lors d’un interrogatoire dans un poste de police. Fidèle à son style, Dupieux nous entraîne dans une comédie déjantée et surréaliste comme lui seul peut le faire et où un savoureux jeu de dialogues s’opère. Les fans de la filmographie du cinéaste s’y plairont à coup sûr!

Horreur Québec a saisi l’occasion pour discuter du film qui arrive en salle ce vendredi 12 octobre ainsi que de cinéma de genre:


Au Poste posterHorreur Québec: Après Wrong Cops et Réalité, votre dernier film Au Poste! est présenté au FNC. Vous semblez entretenir une relation amicale avec le festival, pour notre plus grand plaisir.

Quentin Dupieux: C’est sûr, oui! Mais après, ce sont eux qui font leur sélection alors… Ce n’est pas du copinage!

Mais de toute façon j’adore Montréal; j’adore l’esprit ici. J’ai tourné mon premier film Steak ici il y a maintenant 11 ans. J’ai donc une vraie affection pour la ville, je m’y sens bien et je suis très content de revenir à chaque fois qu’on me propose de présenter un film ici. En plus, Au Poste! est distribué en salle ici dès la semaine prochaine.

HQ: C’était ma prochaine question, vos films sont malheureusement peu ou pas distribués au Canada…

QD: Eh bien celui-là oui! Comme il a fait beaucoup d’entrées en France, un distributeur l’a pris. En fait, ça dépend que de ça je pense, ce n’est pas la qualité d’un film qui garanti sa distribution.

HQ: Vous parliez de votre affection pour Montréal, vous semblez vous être bien amusé lors de votre DJ set à la SAT samedi dernier en tant que Mr. Oizo!

QD: En fait, ce genre de soirée pour moi, c’est ultime parce que ça regroupe mes deux passions. Je présentais Au Poste! à L’Impérial dans une salle comble. Les gens se sont marrés, ils étaient concentrés sur le film et ensuite le Q&A était super sympa et quatre heures plus tard, je joue de la musique dans un club! D’un seul coup j’suis dans mes deux activités; c’est hyper agréable pour moi. Mon travail au cinéma est vu et reconnu et ensuite, ma musique passe dans un club et les gens s’amusent. Pour un artiste, c’est plutôt fabuleux. Mes deux activités existent dans une soirée et à chaque fois, il y a un public réceptif. Je pourrais avoir des spectateurs au cinéma et ensuite jouer dans un club vide, ou encore l’inverse qui serait vachement plus douloureux! On met tellement de temps et de travail dans un film…

HQ: Dans Au Poste!, on se retrouve en plein interrogatoire dans un poste de police. C’est une thématique qui revient souvent dans vos films. Vous avez mentionné en entrevue ne jamais avoir eu de démêlés avec la justice, mais on peine à le croire! Qu’est-ce qui vous fascine dans l’univers policier?

QD: Je pense que quelque part, au-delà de ma fascination pour l’uniforme, il y a un truc qui me plaît dans le côté cinématographique de la police. Il y a une image de cliché de cinéma que j’adore. J’aime bien jouer avec ces codes.

HQ: Une autre des thématiques qui revient dans vos films est l’implication ou cet espèce de jeu avec le spectateur.

QD: Sur ces films-là — parce que je n’ai pas l’intention de faire ça toute ma vie — j’aime bien m’amuser avec le fait qu’on sait qu’on est en train de regarder un film. Ce ne sont pas des films immersifs, ni des films où l’on entre dans l’histoire au premier degré et où c’est palpitant et où on a envie de savoir ce qui va se passer. Ils sont construits comme des cauchemars amusants, mais il y a ce jeu avec le spectateur parce qu’on sait bien que je ne parle pas de la réalité. On sait qu’il s’agit de la fiction. Le décor, par exemple, ne ressemble pas volontairement à celui d’un commissariat. Je joue avec ces codes pour qu’on s’amuse avec le cinéma et ça nous permet, sans prétention, de regarder le film avec un tout petit peu plus de recul qu’un film palpitant dans lequel on serait complètement investi. Mes films, on les regarde comme un petit spectacle rigolo.

Dans le film que je viens de terminer, Le Daim avec Jean Dujardin, on n’est plus dans ce registre. On est plus sur Terre, dans une réalité qui ressemble à la nôtre.

HQ: D’ailleurs dans le synopsis de Le Daim, on parle d’un «délire criminel». Est-ce qu’on se retrouve moins dans la comédie cette fois-ci?

QD: C’est un vrai film noir avec quand même des pointes de comédie. Effectivement, c’est un film qui fouille des zones un peu plus profondes. On se retrouve moins en recul et plus «dedans». Après ça reste mon esprit et c’est quand même fait pour rire. Sauf que le fond est noir.

HQ: De toute façon, dans vos productions, il y a toujours ce jeu entre la comédie, le noir, l’horreur. Êtes-vous un fan de cinéma d’horreur?

QD: Bien sûr! Mes premiers pas de cinéaste, j’avais 14 ans, mon père avait une caméra vidéo et tous les mercredis et les week-ends, j’essayais de faire des scènes d’horreur avec des couteaux et du ketchup. J’étais un gros consommateur de tous ces films-là entre 12 et 15 ans. Je ne faisais que regarder Halloween, Xtro, Massacre à la tronçonneuse, L’Enfer des zombies, etc. Je les regardais absolument tous. Les bons comme les pires. J’ai tout vidé le club vidéo près de chez moi. Ma première obsession et ma première cinéphilie, c’était ce cinéma et que ce cinéma. Le reste ne m’intéressait pas.

Ensuite, j’ai grandi, je me suis ouvert à d’autres trucs. J’ai un une période Godard, une période Luis Buñuel, après j’ai eu une période Blier, après j’ai eu une période films américains… Je ne suis pas un vrai cinéphile dans la mesure où je m’en fous un peu. Par exemple, si j’aime un film, je ne vais pas me précipiter pour découvrir le réalisateur. Je prends même du plaisir à regarder des merdes.

Pour la scène de l’équerre dans Au Poste!, on a fait des essais filmés pour voir comment la prothèse réagissait à la caméra et ça m’a tout de suite rappelé Scanners de Cronenberg. Le gars a le même look avec la chemise et la cravate marron. Et le maquillage en latex me faisait penser à ce vieux film. C’est inconscient. C’est un des films que j’ai adoré.

HQ: Vous mentionniez Halloween, avez-vous hâte au nouveau film?

QD: Ah non! J’ai tellement été consommateur que ça ne m’intéresse plus. Je ne les regarde plus ces films.

Le dernier que j’ai vu, parce qu’on m’en avait dit beaucoup de bien, c’est It Follows. J’ai trouvé ça brillant. J’ai adoré l’image, la mise en scène et tout ça, mais au bout de 40 minutes ça m’emmerdait. J’en ai trop vu, je ne suis pas pressé de voir la meuf se faire zigouiller, je n’ai plus l’excitation. C’est passé.

HQ: Est-ce que ces étiquettes-là vous dérangent? Par exemple si on dit que Rubber est un film d’horreur, êtes-vous d’accord?

Non. C’est clairement pas un film d’horreur. Ça aurait été une possibilité. Il existait un autre film que moi je n’ai pas tourné et que je n’ai pas écrit; un vrai film d’horreur avec un pneu qui tue des gens. Moi je me suis amusé avec un truc méta encore une fois, encore avec du recul des spectateurs. Le tueur ça me suffisait pas.

Rubber je trouve ça rigolo, mais j’ai un peu l’impression de voir un film d’étudiant en cinéma. Je ne trouve pas ça formidable et je n’en suis pas fier. En fait, pour moi ce que je trouve très réussi ce sont les 10 premières minutes, le monologue à la caméra et la naissance du pneu.

HQ: Au Québec, les créateurs de cinéma de genre en arrachent et on a l’impression qu’en France, ils sont encensés et surtout financés. Est-ce que c’est une mauvaise perception?

Oui. En fait, ils sont en train de se rendre compte en France que le cinéma de genre rapporte de l’argent et qu’il y a une demande, mais ce sont encore des films qui ont de la difficulté à être financés.

Je viens d’ailleurs d’être nommé Vice-président d’une commission au CNC, l’institution française qui m’aide moi quand je fais des films, qui va donner des subventions aux films de genre. Ce sera que trois films par an, mais quand même, c’est un début. Ça commence à rentrer dans les mœurs.

On est comme vous! Ça reste compliqué, il n’y a jamais assez d’argent pour les effets spéciaux, ça reste des films de niche, mais avec le marché de la vidéo, Netflix et tout ça, je pense que que dans quelques années, ça va mieux se passer.

HQ: Seriez-vous prêt à faire des productions Netflix?

Oui, je le ferais. Je ne cours pas après par contre.

La sortie salle pour moi c’est encore ce que je trouve fabuleux. Quand je montre un film dans le noir, sur un écran, avec un public — qu’il soit nombreux ou pas — il se passe un truc que je comprends mieux que cette consommation de masse.

Maintenant je suis de retour en France, mais j’ai vécu aux États-Unis pendant 7 ans et on avait cette consommation très Netflix et le truc qui me gêne, c’est qu’on ne respecte pas les produits. On s’en fout, on cherche une satisfaction immédiate. Si le truc t’emmerdes, tu accélères, puis après tu le fous à la poubelle. C’est un quête de plaisir immédiat. J’imagine qu’il y a plein de gens qui regardent Netflix sur des tablettes sur les chiottes, par exemple. Je comprends que l’homme moderne ait besoin de se divertir en toute circonstance et peut-être qu’un jour je vais me plier à ce nouveau média, mais là tout de suite ma satisfaction est dans la projection en salle. Ça n’a pas d’équivalent.

Si on me donnais le choix entre un gros budget pour une grosse production Netflix ou un petit budget pour une diffusion réduite au cinéma, j’irais au cinéma.


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