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Il y aura des morts: une ode au chaos
6.5Note Finale
Note des lecteurs: (8 Votes)
5.3

La vie de Carl Mongeau, propriétaire dans la cinquantaine du bar Le Lindsay à Drummondville, en est une de routine. Pourtant, alors qu’il s’apprête à célébrer les vingt ans de son bar, il reçoit la visite d’une femme, qui lui indique qu’il va mourir. Quelques heures plus tard, Mongeau est aspiré malgré lui dans une chasse à l’homme dont l’issue est des plus incertaines. Au fil des événements et des décisions prises dans l’urgence, il s’enfonce dans une spirale de peur et de paranoïa qui l’amènera à repousser ses propres limites plus loin qu’il ne l’aurait jamais cru. Alors qu’il croyait maîtriser sa vie, il se rend compte à quel point le chaos peut survenir rapidement et causer des dommages irréparables. La seule chose qui est sûre, dans cette épopée sanglante et brutalement absurde, c’est qu’il y aura des morts…

Patrick Senécal n’a plus à être présenté, lui qui a récemment franchi la barre du million d’exemplaires vendus et qui a profondément marqué, voire transformé la littérature d’horreur au Québec. Il y aura des morts est son quinzième roman en un peu plus de vingt ans de carrière. De mon côté, ce sont des retrouvailles après que j’ai abandonné la série «Malphas» en cours de route, il y a un peu plus de 4 ans. J’ai vu passer Faims et L’Autre reflet en librairie, mais sans les lire, parce que le virage plus «réaliste» ou plus « social » dans l’horreur mise en scène par Senécal ne m’avait pas complètement convaincu. Pourtant, la lecture de la quatrième de couverture de Il y aura des morts m’a séduit, et je m’y suis plongé avec beaucoup d’attentes.

D’entrée de jeu, précisons que le titre tient sa promesse: il y a effectivement des morts. Beaucoup et plusieurs sont particulièrement violentes et gore. Certaines m’ont fait éclater de rire devant le côté absurde et gratuit, alors que d’autres n’ont provoqué qu’un haussement d’épaules blasé. Même chose pour le résumé, qui met la table pour le récit. On sait à quel moment la vie de Carl Mongeau bascule, et on attend cette cassure avec impatience, sans savoir ce qui provoque ce changement brutal.

Heureusement, Senécal ne fait pas trop languir son lecteur, même s’il prend le temps de planter le décor et les personnages, ce qui s’avère important pour la suite. Mais une fois le point de non-retour atteint, à 17h05 le 12 août 2016, on espère plonger dans un récit syncopé, qui ne laisse aucun répit et qui nous oblige à poursuivre la lecture, question de savoir ce qui s’en vient ensuite. Malheureusement, de ce côté, le résultat est beaucoup plus mitigé. Dans les faits, le récit se déroule sur une période de 36 heures, ce qui devrait donner un rythme soutenu, voire infernal au récit. Pourtant, il y a beaucoup de longueurs, et la plupart sont à mettre sur le dos des interventions de Diane, la femme mystérieuse qui annonce à Mongeau qu’il va mourir. Sans trop en révéler, elle revient périodiquement et ses monologues sur le chaos semblent plaqués et ralentissent le récit. On aurait très bien pu se passer de ces segments, où on a l’impression que l’auteur a voulu marteler la thématique du roman, pour être sûr que le lecteur l’a bien compris.

Du côté des bons coups, on retrouve une référence directe à un roman précédent de Senécal, un peu à la manière du personnage de la Reine rouge d’Aliss, qu’on avait déjà croisé dans 5150, rue des Ormes. Cette fois encore, l’emprunt ajoute une dimension intéressante à l’intrigue et ouvre les possibilités du roman. C’est l’un de ses points forts, avec les références à la géographie de Drummondville. Ce côté a été très bien exploité et on a envie de refaire le parcours sanglant de Mongeau une fois la dernière page tournée. Senécal connaît bien son ancienne ville et il a pris un plaisir évident à nous y faire naviguer avec ses personnages.

L’intrigue elle-même étire considérablement l’élastique de la vraisemblance et même si l’auteur l’admet lui-même en entrevue, on devient rapidement blasé par la succession de coïncidences, d’événements, de rencontres «arrangées» et de réactions exagérées de Monceau. Personnellement, j’ai complètement décroché aux deux tiers du roman, ce qui fait qu’une scène qui aurait dû être particulièrement poignante m’a laissé de glace, parce que tout était trop gros, trop invraisemblable. Heureusement, Senécal se rattrape avec une finale ouverte qui laisse planer la possibilité d’une suite, même si, de mon côté, je me satisfais entièrement de ce qui nous est offert.

Il y aura des morts n’est pas un mauvais roman. Mais il n’est pas non plus à la hauteur de ce que Patrick Senécal nous a déjà offert avec, entre autres, Oniria, Aliss, Sur le seuil ou Les sept jours du Talion. Peut-être suis-je nostalgique du «vieux» Patrick Senécal. Toujours est-il que ce roman plaira sans doute à ceux qui ne jurent que par lui, mais ne réussira pas à réconcilier ses détracteurs avec son œuvre, pas plus qu’il ne ramènera au bercail ceux qui préfèrent le fantastique horrifique de Sénécal à son horreur social.

Une réponse

  1. David Magny

    Je viens justement de terminer Il y aura des morts, de Patrick Senécal et je suis d’accord avec la majorité de ce qui est présenté dans cette critique. Personnellement, ce bouquin m’a beaucoup fait penser à The Running Man de Stephen King (Richard Bachman).

    Même si j’apprécie beaucoup l’écriture de Senécal, j’ai trouvé quelques fois fastidieuses les nombreuses poursuites qui ont lieu dans ce livre. Même si l’auteur s’en tire plutôt bien (quand on considère le nombre de poursuites) et que le suspense reste toujours bien présent, ces passages trop nombreux deviennent parfois un peu lourds.

    Sinon… C’est somme toute un bon roman, divertissant.

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