Le meilleur de l’horreur 2018: les choix de Raphaël Boivin-Fournier

L’année 2018 au niveau du cinéma d’horreur aura été celle de la famille. Cette thématique se retrouve exploitée dans tellement de films marquants qu’on ne peut l’ignorer. Que ce soit la famille dysfonctionnelle de Hereditary, la famille à protéger de A Quiet Place ou encore la famille protectrice de Halloween, les liens de filiations ont été l’élément déclencheur de trop d’intrigues pour pouvoir tout nommer.

L’année 2018 aura été, également, une très bonne année pour le cinéma indépendant canadien. Bien qu’on puisse déplorer le manque de moyens des cinéastes, quelques excellentes productions ont vu le jour et cela vaut la peine d’être souligné. Aux vues de la programmation de qualité de festivals tels que Blood in the Snow et Fantasia, on ne peut que se sentir soulagé de voir que le cinéma de genre persiste au pays. Pas de productions majeures au niveau du cinéma québécois, ce qui est excessivement dommage, mais dans l’ensemble, on aurait pu avoir une année bien pire dans les salles obscures.

Finalement, l’année 2018 aura été, à titre personnel, ma première au sein de la géniale équipe de Horreur Québec. Tentant d’apporter ma pierre à l’édifice par mon amour pour le cinéma indépendant et les productions fauchées de série Z, j’espère avoir pu contribuer à quelques petites découvertes sympathiques pour tous les amateurs de prémisses douteuses et de tueurs improbables. Ces films sont souvent ceux que je préfère et, soucieux de leur faire une place, j’exclus volontairement certains films que j’ai pu aimer, mais sur lesquels je n’ai pas grand chose à ajouter. Pour ceux qui se le demandent, oui, j’ai aimé HereditaryAnnihilation, Halloween et même Mandy à certains égards. Cela dit, je souhaite dans l’ensemble mettre la lumière sur des films plus obscurs ou incompris qui méritent un brin plus d’attention. Voici mon top 10 de l’année.

10- SuperGrid de Lowell Dean

On commence justement avec l’une de ces pépites du cinéma canadien indépendant dont on parlait en introduction. SuperGrid du réalisateur nous ayant offert le diptyque des WolfCop est un post-apo très bien mené et original qui compense son manque de budget par une saveur locale qui sent bon l’authenticité. Bref, un film sans prétention qui divertit sans rien réinventer, mais qui se démarque entre autres par son univers original et son excellente photographie.

supergrid lowell dean

9- Unsane de Steven Soderbergh

Ce film, je ne l’attendais pas et n’en avait pas entendu parler avant de me retrouver, sur un coup de tête, dans un cinéma en Louisiane pour le regarder, un après-midi pluvieux. Marquant peut-être en partie par la surprise causée de voir apparaître le nom de Soderbergh au générique, Unsane est un thriller qui, en plus d’être efficace, est très immersif. Tourné à l’iPhone avec très peu de stabilisation, toute la place est laissée au jeu brillant de Claire Foy. Finale un brin prévisible, mais tout de même jouissive.

8- Apostle de Gareth Evans

Parce que le film de culte reste un genre efficace pour créer une tension et une mythologie forte. Parce que les films d’horreur d’époque sont, encore aujourd’hui, trop peu nombreux. Parce que l’on s’attache et s’identifie au héros et à sa quête. Parce que rien n’est tout noir, ni tout blanc. Parce que la cinématographie est somptueuse et finalement parce que se permettant un sous-texte sur l’obscurantisme et la transformation des hommes bons en monstres jamais prêchi-prêcha. En 2019, on a besoin de plus de films comme celui-ci.

apostle

7- Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez

Mes attentes étaient hautes par rapport à ce film. Une sélection à Cannes pour un film de genre français, Vanessa Paradis en productrice de porno, une bande originale de M83 et la promesse d’un giallo moderne qui se déroulerait durant des années 80 un brin fantasmées, ça avait de quoi me séduire tellement le tout était improbable. Verdict? Le résultat est au rendez-vous, malgré quelques lacunes. J’attends surtout d’un film d’être mémorable et sur ce point, Un couteau dans le coeur réussit haut la main.

un couteau dans le coeur

6- [Cargo] de James Dylan

Je serai probablement le seul à défendre ce film dans un top, POURTANT, [Cargo] est certainement l’un des métrages les plus mémorables de cette année. L’équipe autour du projet était, sans doute, remplie de bonnes intentions, mais le résultat est tellement à des années lumières d’un thriller efficace que ça en devient fascinant. Que ce soit pour la performance tout en surjeu de son acteur principal, pour les bruits d’ambiance les plus improbables de l’histoire ou pour le personnage de Tom qui, à lui-seul, justifie son visionnement, ce petit film est l’un des «so bad it’s good» les plus efficaces à être arrivé jusqu’à moi depuis un bon moment.

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5- The Predator de Shane Black

Je n’ai absolument rien à foutre de la saga Predator: je les ai vus, mais ce ne sont pas pour moi des films cultes. Pour ce qui est de ce nouveau volet, toutes les critiques sont justifiées, car le film est extrêmement stupide, macho et cliché. Pourtant, là où ça devient intéressant, c’est que, pour autant, le film n’est pas con. Tout le principe du métrage est de se moquer de lui-même. L’humour est parfois de mauvais goût, mais ça se pardonne, car jamais on ne montre tout ce qui se fait d’idiot comme réalistiquement badass. Le film est une parodie qui va déplaire aux puristes, mais qui donne un coup de fraîcheur à une franchise dont les antagonistes, avouons-le, n’effraient plus personne. Mémorable pour ses personnages et sa prémisse complètement crétine, mais jouissive. Aussi, un mot: Prédachiens!

the predator

4- The Ritual de David Bruckner

J’ai déjà dit que les films tournant autour d’un culte trouvent souvent grâce à mes yeux? Je le redis, car en matière de tension et d’originalité, The Ritual fait partie des grands crues de l’année. Brodant autour des thèmes de la culpabilité et de la fraternité, le film propose une approche réaliste du suspense magnifiquement amplifiée par les paysages sublimes de la Suède filmés avec un certain grandiose. Bref, une plongée efficace dans la beauté des relations d’amitié qui fait réfléchir sur la profondeur des liens humains. En prime, un monstre folklorique franchement déstabilisant. À voir!

the ritual

3- Leprechaun Returns de Steven Kostanski

Après l’excellent The Void l’an dernier, Kostanski arrive ici avec un nouveau reboot de la saga Leprechaun sur laquelle j’ai eu la joie et le dégoût de revenir, cette année, dans le cadre d’une rétrospective. On pouvait s’attendre au pire et pourtant ce huitième opus est, de loin, le meilleur de la saga. Des effets spéciaux en temps réel aux petits oignons, un ton à la Cabin in the Wood qui sied à merveille au personnage du lutin et une multitude de scènes mémorables ne sont que quelques-uns des arguments en faveur du projet. Le meilleur film d’horreur second-degré de l’année et ce n’est pas peu dire!

Leprechaun returns

2- A Quiet Place de John Krasinski

C’était une évidence cette année. Bien que désirant faire plus de place au cinéma moins populaire, je ne pouvais passer outre celui-ci. Tout a été dit sur ce film qui, en plus d’avoir la prémisse la plus originale de l’année, est d’une très grande authenticité. Si la famille est le thème de l’année, A Quiet Place est le film de l’année: tous les acteurs sont excellents, la mise en scène est extrêmement bien travaillée et le propos du film, bien que déjà vu, le rend intemporel. Comment survivre et garder espoir dans un monde en ruine complètement hostile à la présence humaine? Sans doute le film dont tout le monde se souviendra cette année.

a quiet place

1- Devilman Crybaby de Masaaki Yuasa

(Bon, techniquement, ce n’est pas un film, mais on peut aisément envisager la série comme un long-métrage de 3h30 d’autant plus qu’elle est “standalone” et ne permet pas la création d’une seconde saison quoi qu’il arrive.)

Peu de productions culturelles ont pu, cette année, autant me toucher que Devilman Crybaby. Pour moi, c’était une évidence que la nouvelle adaptation du manga culte de Gō Nagai prendrait la première position de cette année. Non seulement la forme est originale et à des années lumières de ce que la japanimation offre habituellement, mais le fond est d’une justesse désarmante. Je pourrais écrire un essai en entier sur cette série tant elle est dense de thématiques fortes. Si la bande-dessinée originale a pu être un avertissement sur les dérives de la guerre froide dans les années 70, cette nouvelle mouture ne prend pas une ride en s’encrant dans notre époque comme peu d’œuvres savent le faire. On en sort chamboulé et les épisodes 8, 9 et 10 sauront faire basculer les plus rigides vers un sentiment profond de mélancolie. Dans un monde où la peur de l’autre devient tranquillement la norme et où ne pas être totalement cynique et égoïste passe souvent pour de la faiblesse, Devilman est à la fois de l’eau et de l’huile sur le feu. L’œuvre sortie cette année qui caractérise probablement le mieux notre époque.

devilman crybaby

Mon coup de gueule

Mon coup de gueule cette année ne sera pas original, mais il va au manque de femmes derrière la caméra du cinéma de genre. Cela est d’autant plus visible et incompréhensible que nous sortons d’une année qui a vu un incroyable nombre de performances inoubliables devant celle-ci: Unsane, Halloween, Revenge, Hereditary, Un couteau dans le coeur et même Suspiria prouvent bien que les femmes peuvent être mise de l’avant dans un cinéma décomplexé et original en offrant des personnages marquants. Ce serait bien que les grosses productions commencent à leur donner plus de place pour que ce talent servent également des mise en scènes nouvelles. Dans un genre aussi codifié que celui de l’horreur, un peu d’originalité nivellerait tout le monde vers le haut.

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