Les mal-aimés de l’horreur: Seed of Chucky

Seed of Chucky affiche filmQu’ont en commun Halloween: Resurrection, A Nightmare on Elm Street 2 et Friday the 13th: Jason Takes Manhattan? Outre le fait qu’ils font tous partie d’immenses et longues séries de slashers, la majorité de leur public les a rapidement qualifiés de «pommes pourries». Tout dépendant des goûts de chacun évidemment, ces mêmes titres se retrouvent également sur les listes de préférés de plusieurs autres fanatiques du genre. Spécialement lorsqu’il s’agit de franchises à plus de quatre films, on y remarque généralement un ou deux épisodes dont l’accueil fut plutôt tiède, voire très froid. La poupée le plus populaire du cinéma n’y fait pas exception et Chucky a également son opus maudit: Seed of Chucky; cinquième de sept films, tous parus entre 1988 et 2017. Profitons donc de son quinzième anniversaire pour revenir sur le mouton noir de la série Child’s Play, qui prit l’affiche le 12 novembre 2004.

Six ans après avoir donné naissance à un «enfant» dans la toute dernière scène de Bride of Chucky, le rejeton du duo de tueurs en série se retrouve quelque part en Angleterre sous l’emprise d’un ventriloque agressif. La jeune poupée de plastique, appelée «Shitface» par son propriétaire, réussit à s’enfuir et se retrouve à Hollywood, sur le plateau d’un film racontant l’histoire de ses célèbres parents. Ramené à la vie par leur progéniture qu’ils prénommèrent Glen/Glenda, le couple de plastique est maintenant déterminé à prendre possession de corps humains une bonne fois pour toute (dont celui de l’actrice Jennifer Tilly dans son propre rôle), tout en essayant de remplir leurs obligations de «parents modèles» avec un enfant à la sexualité confuse.

Un accueil glacial

Le scénario de ce cinquième épisode étant prêt pour une sortie dès l’an 2000, Universal Pictures se devait de battre le fer pendant qu’il était chaud, suite au succès de Bride of Chucky, deux ans plus tôt. Mais c’est en avril 1999 que le massacre de Columbine se produisit et le studio décida de mettre le projet en suspens (tout comme celui de House of 1000 Corpses), refusant de sortir un film mariant jouets, violence et comédie. C’est donc cinq ans plus tard que Seed of Chucky vit le jour. C’est Focus Features (filiale de Universal) qui se devait de distribuer le film, mais dû à leur mandat de produire des films plus «indépendants et artistiques» comme Lost in Translation et Brokeback Mountain, le géant décida plutôt de créer Rogue Pictures afin que son p’tit dernier puisse être vu.

Accueillie de manière plutôt glaciale par la critique ainsi que par bon nombre de fans, c’est avec étonnement que la première réalisation de Don Mancini s’en tira plutôt bien en accumulant des recettes mondiales frôlant les 25M$ pour un maigre budget de 12M$. Également de retour au scénario, on reprochait à Mancini d’exploiter de façon démesurée le côté sucré de Chucky, lui enlevant toute crédibilité de tueur en série légendaire. Lui donner une fiancée était déjà discutable, l’arrivée de l’enfant maudit fut le dernier clou dans le cercueil pour plusieurs. Décrivant son histoire comme un mélange entre le classique d’horreur Bride of Frankenstein et des drames familiaux Kramer vs. Kramer et Ordinary People, le réalisateur s’est également inspiré du classique d’Ed Wood, Glen or Glenda; justifiant le(s) nom(s) du nouveau-né.

Seed of Chucky image film

Chucky, l’icône gay

Comment Chucky est passé de simple slasher à une des icônes gays de l’horreur? L’arrivée de sa tendre moitié Tiffany y est certainement pour quelque chose. Ayant gagné un nouveau public (et une nouvelle génération) grâce à son ton sarcastique et son humour noir mis de l’avant dans Bride of Chucky, la présence de l’actrice Jennifer Tilly est sans doute allé chercher également plusieurs membres de la communauté.

Connue pour avoir travaillé avec des réalisateurs comme Peter Bogdanovich et Woody Allen (qui lui valut une nomination aux Oscars en 1994), c’est sans contredit son rôle de Violet dans Bound qui attira l’attention de la communauté LGBTQ. Réalisé par les frères Wachowski (maintenant sœurs), également derrière la trilogie Matrix, c’est surtout de la scène torride entre Tilly et l’actrice Gina Gershon qu’on se souviendra le plus.

Avec Seed, Mancini (ouvertement gay) poussa la note en donnant une très grande place à sa star (deux rôles, pour être précis) et en y ajoutant un enfant se définissant comme non-binaire (bien avant le temps), tout en offrant le rôle du paparazzi à l’une des plus grandes icônes gays: John Waters, réalisateur de Pink Flamingos, Polyester, Hairspray, Serial Mom et plusieurs autres classiques. Difficile de ne pas y voir de références. Depuis, Seed of Chucky se retrouve plus souvent qu’autrement dans les listes de films catégorisés «Horror Queer».

Seed of Chucky image film

Réparer les pots cassés

Après les critiques assassines et la mauvaise réputation de son premier film, Don Mancini admet, à un certain moment, avoir voulu choisir la facilité et produire un remake de sa propre franchise et tout recommencer. Il opta plutôt, après plusieurs années, pour faire une suite camouflée en reboot. Il fit une pierre deux coups en 2013, en respectant la mythologie de ses personnages tout en revenant à ses racines d’origine: l’horreur. Avec Curse of Chucky, Mancini offrit un film d’horreur gothique à la De Palma où l’action se déroule en entier dans une spacieuse et sombre maison où Chucky décide d’y faire les quatre cents coups.

Avec sa suite Cult of Chucky parue en 2017, il réalisa tout un exploit en réussissant à poursuivre une telle saga, et ce, de manière inventive et tout en plaisant à la critique; ce qui remit le train officiellement sur les rails. Avec des notes respectives de 76% et 78% sur le site de la tomate, Curse et Cult auront d’ailleurs droit à leur suite via une série télévisée, en préparation pour 2020.

Même si Seed of Chucky ne fait pas l’unanimité, il est indéniable que, quinze ans plus tard, il s’est bâti toute une armée de fans. Se démarquant surtout grâce à son personnage de Glen/Glenda, un nouveau public s’est vu découvrir l’univers de cette famille machiavélique. On ne peut nier que le film prend en popularité avec le temps lorsqu’une compagnie comme Trick or Treat Studios offre, depuis peu, les trois poupées du film en grandeur réelle, et ce, à la demande des fans. Qui l’eut cru…?

Ne serait-ce que pour les performances vocales de Brad Dourif (Halloween, Wildling), Jennifer Tilly (Bullets Over Broadway, Embrace of the Vampire) et Billy Boyd (trilogie The Lord of the Rings), pourquoi ne pas profiter de ses quinze printemps pour revisiter l’épisode le plus drôle et le plus sanglant de la série; ce mal-aimé de l’horreur qui ne demande qu’une petite dose de votre amour.

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