[Littérature] Au nom de l’horreur: de la peinture à numéros

Note des lecteurs2 Notes4.3
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Quand Philippe Durand gagne un concours l’invitant à passer une semaine dans un château de Provence récemment rénové pour recréer la vie au XIXe siècle, il ne se doute pas de ce qui l’attend. Enfermé dans le Manoir des Cimes en compagnie des sept autres gagnants, il ne tarde pas à s’apercevoir qu’un destin sinistre les attend. Les uns après les autres, ses comparses meurent dans d’horribles circonstances… Ou meurent-ils vraiment?

Si ce scénario vous semble familier, c’est qu’il l’est. Or, les clichés ne sont pas toujours une mauvaise chose… Plusieurs œuvres prouvent qu’on peut suivre une formule avec brio. Qu’on pense au slasher ou au récit de maison hantée: il y a quelque chose d’infiniment satisfaisant dans l’exécution parfaite d’un modèle. Mais voilà, il ne faut pas se contenter de cocher des cases, de peindre par numéros. Il faut se distinguer, que ce soit par un style unique ou des personnages finement ciselés… et Au nom de l’horreur ne parvient malheureusement pas à se démarquer.

Le poète et romancier L.P. Sicard, qui a réimaginé Blanche-Neige pour la collection Contes interdits, peine à propulser un récit qu’on voudrait plus angoissant, plus effrayant. Les envolées lyriques deviennent vite lassantes, surtout lorsqu’elles servent à exprimer des banalités comme «la musique ne connaît pas de frontières» ou «la mort (…) n’a cure des sentiments des êtres qu’elle menace». Ainsi, à chaque chapitre se trouvent quelques réflexions poétiques sur la peur qui, si elles se veulent philosophiques, manquent de substance et agacent par leur prétention. Bien que l’on comprenne que l’auteur ait voulu traiter l’horreur comme une chose complexe et mettre en valeur ses prouesses de style, il n’arrive qu’à étirer un récit déjà mince.

Les dialogues manquent de naturel, comme si les personnages savaient qu’ils se trouvaient dans un livre. Parlons d’eux, d’ailleurs — ou non, puisqu’il y a peu à dire. Il y a Jade, la douce infirmière; Éric, l’opérateur de machinerie lourde alcoolique; Arthur, le menuisier colérique; Noémie, la réviseure linguistique un peu snobe… Comme chaque personnage, même le principal, n’est décrit que de manière superficielle, impossible de les aimer ou les détester. Leur sort nous laisse simplement indifférents.

Là où Au nom de l’horreur gagne quelques points, c’est que son dénouement n’est pas aussi prévisible qu’on l’aurait, euh, prévu. Mais c’est bien peu pour se réconcilier avec une œuvre aussi peu mémorable.

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