[Littérature] La nuit soupire quand elle s’arrête: le rêve de la sorcière

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4
Note Horreur Québec

Seule dans son grand manoir sombre, Ariane s’ennuie. Elle tente de se distraire à l’aide de divers breuvages et potions ainsi qu’avec Jim, son prisonnier coincé dans un cachot au sous-sol. C’est alors que la visite d’une femme en fuite vient complètement bouleverser son univers… L’auteur, Frédérick Durand, nous invite dans l’esprit de cette sorcière, afin de vivre avec elle la détérioration de son petit monde, jusqu’à son agonie.

Frédérick Durand, auteur de nombreux romans ainsi que de trois recueils de poésie, n’en est pas à ses premières armes lorsqu’il publie La nuit soupire quand elle s’arrête pour la première fois en 2008 aux éditions La Veuve Noire. Malheureusement, après que la maison d’édition cesse ses activités, le roman devient difficile à obtenir. Ce n’est que plusieurs années plus tard que l’auteur a l’opportunité publier une version revue et corrigée aux éditions Les Six Brumes.

La nuit soupire quand elle s’arrête n’est pas un roman qui nous tient par la main lors de l’exploration de son univers. La narration, riche en métaphores et en jeux sur les mots, mise plus sur le ressenti et sur une imagerie poétique que sur une description rigide des lieux et des faits. Le lecteur a ainsi l’impression de mettre le pied dans un rêve dont il n’est pas sûr s’il sortira jamais.

Le rythme, plutôt lent du début du roman, s’accélère au fur et à mesure des pages qui se tournent, et l’effet onirique s’estompe peu à peu afin de laisser place au déroulement de l’histoire. Ariane, sorcière en parfaite communion avec la nature, explore sa sensualité autant sous une brise chaude qu’avec son amante qu’elle visite parfois dans sa petite maison en ruine. Sans parler de son prisonnier qui l’attend patiemment dans sa cellule, sous l’emprise d’un aphrodisiaque à base d’eau de pluie. D’abord antipathique, cette narratrice déloyale perd lentement son aura invincible au fur et à mesure des péripéties, et le lecteur est soulagé de voir une figure humaine sortir de sa coquille de sorcière de moins en moins crédible.

Une finale extravagante et funeste récompense alors une lecture a priori ardue. Les éléments se mettent tranquillement en place, et l’horreur, presque totalement absente au début, prend soudainement le contrôle après l’arrivée de personnages que l’on n’attendait pas.

La force du roman réside en fait dans cette déstabilisation du lecteur, qui ne sait où poser le pied dans ce monde absurde et magique. Lorsque tout est possible, qu’est-ce qui se cache à la fin du chapitre? Est-ce réellement un roman fantastique, lorsque les codes du genre sont un à un déjoués au profit de la dure réalité, qui cogne à la porte habillée d’un costume noir, valises à la main?

Bref, les lecteurs qui ont soif de poésie et de sang se délecteront de ce roman unique… à leurs risques et périls.