Misery Kathy Bates

[⏪ On rembobine] Misery: fan numéro un depuis trente ans

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Note Horreur Québec

Ça fait 30 ans aujourd’hui qu’on s’enferme aux côtés de Paul Sheldon pour subir les foudres de sa «fan numéro 1». Misery arrivait dans les salles nord-américaines le 30 novembre 1990 et demeure encore aujourd’hui l’une des meilleures adaptations d’un roman de Stephen King, à classer aux côtés de Carrie, The Shining et The Shawshank Redemption.

Adaptée du bouquin tout aussi culte du Maître de l’horreur paru trois ans plus tôt, l’histoire suit l’auteur d’une série de romans d’amour à succès qui aimerait bien poursuivre sa carrière autrement. Isolé au Colorado, il termine tout juste l’écriture d’un nouveau récit qu’il s’empresse d’aller présenter à son éditeur à New York. En chemin, l’homme traverse un terrible blizzard qui lui fait perdre la route et envoie sa voiture valser dans le décor enneigé. Inconscient et horriblement blessé, il est «secouru» par Annie Wilkes, une ancienne infirmière et fan finie de son oeuvre, qui le recueille chez elle. Lorsqu’Annie découvrira que l’écrivain a mis fin à sa série préférée, elle pètera littéralement un plomb.

Misery affiche film

L’histoire mentionne que King était en effet réticent à donner son feu vert pour une adaptation cinématographique du roman, très personnel à ses yeux. Après tout, il est question ici d’un auteur populaire qui souhaite prendre une nouvelle direction, mais se retrouve séquestré par une fan qui l’en empêche. Le cinéaste Rob Reiner mentionne lors de l’entrevue de l’édition Blu-ray de Scream Factory parue en novembre 2017, que la seule option possible pour l’auteur était que Reiner, dont il avait adoré l’adaptation de Stand By Me en 1986, réalise ou produise.

Armé du célèbre scénariste William Goldman (Butch Cassidy and the Sundance Kid), Reiner revêt donc le double chapeau de réalisateur-producteur et nous offre l’archétype du thriller des années 90 avec ce jeu du chat et de la souris qui inspire encore aujourd’hui. Trente ans plus tard, aucune production traitant d’une séquestration quelconque ne peut échapper à cette ultime comparaison.

Cette idée de focusser entièrement sur l’échange entre ses personnages a même amené le cinéaste à vouloir dépouiller son film des passages sanglants du roman. Une hache venait en effet amputer l’un des pieds de Sheldon dans le livre d’origine. Pourtant, la scène mythique du «sabot» (hobbling) a marqué toute une génération, même si on y voit la cheville se disloquer que pendant une fraction de seconde. Comme quoi bien souvent less is more. Inutile même de montrer le second pied se briser, le spectateur se tortille déjà de douleur.

Misery film

Et bien sûr, Misery ne serait rien sans l’incroyable performance de Kathy Bates, qui mériterait certainement à elle seule un texte complet. Surtout alors connue en tant que comédienne de théâtre avant de remporter son fameux Oscar pour la meilleure actrice dans un rôle principal en 1991 — la seule adaptation d’une oeuvre de King à avoir reçu l’ultime distinction à ce jour —, l’actrice devient littéralement la dangereuse désaxée sous nos yeux. Les couleurs que Bates a su injecter à son personnage ont rendu ses sautes d’humeurs et ses dialogues délirants légendaires. Malheureusement pour James Caan, pourtant aussi convainquant pour lui donner la réplique, la nouvelle star l’éclipse presque complètement. Bates incarnera un autre personnage important de la bibliographie de King cinq ans plus tard dans l’adaptation de Dolores Claiborne. L’auteur avait d’ailleurs écrit le personnage avec l’actrice en tête après avoir été grandement impressionné par sa personnification.

C’est peut-être aussi pour cette raison que Misery n’a jamais connu de remake ou suite quelconque, jusqu’à l’an dernier. Après tout, les adaptations cinématographiques de Stephen King qui ne reçoivent pas un second traitement au grand ou petit écran deviennent de plus en plus rares au fil des ans. Les souliers d’Annie Wilkes sont très difficiles à chausser. Pourtant, Lizzy Caplan (Cloverfield) s’y est risqué et de belle façon en 2019 en incarnant une plus jeune version de l’infirmière dans la seconde (et ultime) saison de la série Hulu Castle Rock, qui imaginait le passé trouble de la dame. Évidemment, le canevas du huis clos est aussi parfait pour les planches et le roman a connu quelques adaptations théâtrales. Goldman a d’ailleurs offert sa version Broadway en 2015 où Bruce Willis incarnait Sheldon et Laurie Metcalf, Wilkes — cette dernière a été nominée aux Tony Awards pour sa prestation. Une traduction québécoise «approuvée par l’auteur» a même été produite en 2019, où cette fois Robert Toupin et Andrée Pelletier jouaient les deux rivaux.

Comme le douloureux souvenir de la tortionnaire marqué au fer rouge dans l’esprit de l’écrivain, Misery a laissé, 30 ans plus tard, une emprunte indélébile sur la culture populaire. Avec son thriller classique, mais terriblement efficace, Rob Reiner a su nous offrir l’une des vilaines les plus iconiques du cinéma horrifique, en plus d’un moment inoubliable de l’histoire du septième art.

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