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Recommandations d'une étagère poussiéreuse: Juan Piquer Simón, Slugs (aka Mutations) (1988)
7Note Finale

Je vous ai déjà fait part de mon manque d’intérêt pour les films de bibittes géantes dans mon article concernant les rats tueurs de Deadly Eyes. Malgré cet à priori, j’ai tout de même décidé de m‘attaquer à Slugs de J. P. Simón. Après seulement 15 minutes de visionnement, je savais qu’il était impensable de ne pas vous en toucher deux mots.

On connait le réalisateur espagnol Juan Piquer Simón pour son inénarrable (et insensé) slasher de 1982 Pieces (connu aussi sous son nom français Le Sadique à la tronçonneuse). Six années plus tard, le bonhomme nous parle de limaces mutantes.

Une petite ville des États-Unis est en proie à une invasion de limaces géantes carnivores. Seul Mike Brady, agent des services sanitaires, prend cette menace au sérieux.

Slugs est donc une petite série B qui passe un peu inaperçue par son scénario très générique. Les habitués de cette chronique verront rapidement les similitudes avec Deadly Eyes que je mentionnais en introduction. Dans le fond, les deux films pourraient presque se regarder l’un en surimpression de l’autre: grosses bestioles, services sanitaires, scientifique qui arrive à la rescousse, virée dans les égouts… Les grandes lignes de l’intrigue sont les mêmes. Mais au diable les préjugés sur la pauvreté des intrigues, vous savez comme moi que ce n’est pas pour la profondeur des scénarios que l’on veut regarder des films de rats ou de limaces tueuses.

Ce que nous voulons, c’est voir des gens se faire bouffer en close-up. Et ça tombe bien parce que des gros plans, Slugs en est bourré. C’est d’ailleurs la meilleure arme de J.P. Simon pour cacher le maigre budget de la production. Ce manque de cash est souvent perceptible dans le film, mais pour peu que le spectateur tente de prendre le film avec recul, alors il saura apprécier les efforts du réalisateur et de son équipe.

En effet, Slugs est un bel exemple de cinéma fauché qui parvient à livrer la marchandise grâce à quelques tours de passe-passe. Premièrement, le réalisateur se permet une économie de plan rentabilisée par des cadrages étonnamment soignés et une direction de la photographie colorée qui n’est pas sans rappeler certaines des images de banlieue de Edward Scissorhands (si, si.). Le film est, dans l’ensemble, plutôt beau, il faut bien le reconnaître.

Outre les jolies images, je me dois de mentionner le travail sur les effets spéciaux. La qualité de ceux-ci est en dents de scie et bizarrement, c’est pour le mieux. Les SFX sont parfois carrément ridicules mais forcent le respect par leur inventivité. Pour vous donner un exemple: un des personnages tombe par terre au milieu d’une «mare» de limaces noires affamées. Afin de donner l’impression que le sol est totalement couvert par les bestioles carnivores, l’équipe du film a jugé bon de le couvrir d’une large bâche noire. L’illusion ne fonctionne absolument pas et rend la scène on ne peut plus cocasse. Finalement, on aborde souvent le film un peu comme on aborderait le spectacle de fin d’année de notre gamine de 7 ans: c’est pas bon mais c’est cute pareil.

Parallèlement à cela, les effets strictement gores sont excellents — dans la mesure où le film demeure une série B des années 1980. On se surprendra souvent à ressentir la sensation des limaces rampant sous notre peau lorsque certains personnages se font bouffer de l’intérieur. Des corps se coupent, se rongent et explosent dans des bains de sang et de gastéropodes hyper jouissifs. Il faut d’ailleurs savoir que J. P. Simon réalisait lui-même ses effets spéciaux. Ça force le respect.

Passé les scènes d’effets spéciaux, il ne reste pas grand chose, il faut bien l’admettre. Peut-être que les amateurs de nanars se réjouiront du jeu d’acteur jamais bon et soumis à des dialogues souvent perdus dans la stratosphère. J’en veux pour preuve la ligne de dialogue suivante: «I trust these so-called killer slugs aren’t 18 years-old and speak French» («J’imagine que ces soit-disant limaces tueuses ne sont pas des jeunes filles de 18 ans qui parlent français»). Le film est bourré de punch-lines étranges de ce calibre: c’est un régal.

Dans le fond, Slugs est un parfait candidat pour les dimanches après-midi pluvieux. C’est tout juste ce qu’il faut de divertissant, le gore est fun et les dialogues sont hilarants. Je le recommande vivement!

Édition recommandée: La restauration en 2K de Arrow Video semble rendre justice aux visuels 80s de Slugs et sa jolie gamme de couleurs. De plus, le film est accompagné d’extras vraiment bienvenus: entrevues avec des membres de l’équipe du film, etc.

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