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Recommandations d’une étagère poussiéreuse : Michele Soavi, Bloody Bird, alias Deliria, alias StageFright (1987)
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À peine ai-je rejoint les rangs de Horreur Québec que je me répète déjà en vous reparlant d’un vieux film italien. Que voulez-vous? Je reste un peu dans ma zone de confort le temps de trouver mes marques. Mais promis: cette fois-ci je vous propose autre chose qu’un nanar qui ravira les amateurs d’hémoglobine, de suspense et de tueurs masqués. Ici, nous allons nous intéresser au film StageFright, ingénieuse combinaison de giallo et de slasher.

Il m’amuse toujours de voir le nombre improbable de titres différents sous lesquels furent exploités les films de genre italiens des années 70 et 80. Aussi, pour une lecture fluide de cet article, je me cantonnerai à celui le plus largement utilisé dans le monde: StageFright. Autrement je vous invite à regarder cette section de la page IMDb du film pour la liste complète de ses titres. Mais je m’égare déjà…

StageFright est donc un film signé Michele Soavi (il utilisa cependant le nom Michael, pratique courante du cinéma italien de ces années-là qui voulait profiter de l’attrait qu’avaient les films américains). Son nom vous dit peut-être quelque chose: il est apparu un peu partout dans le paysage du cinéma d’horreur des années 1980. Bien que souvent acteur (Frayeurs, Ténèbres, Démons,…), c’est principalement en tant qu’assistant réalisateur de Dario Argento que le bonhomme fit ses armes. Sa première réalisation fut d’ailleurs le très intéressant documentaire Le Monde de l’horreur (1985) — portant sur ce dernier — que je vous conseille au passage. C’est deux années plus tard que Michele Soavi s’attaque au long métrage de fiction avec StageFright.

Le film nous raconte comment la troupe d’une comédie musicale se retrouve coincée dans leur salle de répétition après qu’Irving Wallace, dangereux psychopathe terrorisant la région, se soit introduit dans le bâtiment.

Après visionnement, l’on se dit que pour un premier «vrai» film, eh bien c’est plutôt pas mal! Pour vous remettre en contexte, rappelez-vous que sortaient en 1987 des bombes telles que Evil Dead II, Hellraiser, The Lost Boys, ou encore Prince of Darkness. Les meilleures années du giallo italien sont loin derrière et le slasher américain est quant à lui d’ores et déjà en train de se casser la gueule. C’est donc au milieu de cet environnement boudeur et concurrentiel que Soavi — ayant appris des meilleurs — pond un habile mélange de ces deux sous-genres. Et c’est justement là que se trouve tout l’intérêt de StageFright. Le réalisateur a su prendre le meilleur de ceux-ci pour créer un film singulier qui ne laisse pas indifférent.

Le malin a su garder toute la classe et la grandiloquence visuelle du giallo et y applique le rythme effréné du slasher. Par exemple, nous pouvons parler d’une figure emblématique de ces deux sous-genres: le tueur. Dans StageFright, nous avons affaire à un psychopathe sobrement vêtu de noir mais masqué d’une gigantesque tête de hiboux. Si l’oiseau peut paraître grotesque au premier abord, il devient absolument terrifiant par la suite. Il n’y a qu’à regarder les yeux du tueur rouler à travers les deux trous du masque impassible pour se sentir instantanément pétrifié. À travers Irving Wallace, le réalisateur joue continuellement entre l’aspect brutal méthodique du slasher et le visuel ampoulé typiquement italien. Tueur iconique: check.

Nous retrouvons aussi ces influences “giallesques” dans l’utilisation des éclairages. On imagine que le lieu de tournage, une scène de spectacle, a en quelque sorte donné carte blanche à Renato Tafuri directeur de la photographie de Soavi (avec qui il va d’ailleurs retravailler en 1989 sur Sanctuaire). Ces fantaisies de lumières accompagnent avec justesse les effets de mise en scène efficaces qui parcourent le film. On notera par exemple la séquence sous les planches de la scène ou encore l’habile hommage à Ténèbres de Dario Argento lorsque le personnage de Brett (Giovanni Lombardo Radice) se penche devant le miroir d’une des loges, dévoilant ainsi le tueur.

D’ailleurs, j’aimerais insister sur quelque chose: ce qui fait la force de StageFright, c’est la capacité que Soavi a eu à judicieusement jouer sur l’espace qui lui a été confié avec ce scénario. Chaque pièce du bâtiment dans lequel se déroule l’action est utilisée à son maximum pour faire sursauter ou trépigner de satisfaction le spectateur. L’on passe sans accroc de la scène des loges, à la grille d’éclairages, en passant par le parking ou encore le bureau du gardien. Chacun de ces lieux est mis au profit des originalités du film qui sait régulièrement surprendre son public. Je donnerais ici pour exemple la très bonne (et très creepy) scène dans les douches qui use avec génie de la configuration de l’espace pour créer la meilleure des tensions!

Chaque instant du film apporte son lot de surprises et l’amateur de slashers saura se laisser étonner par l’inventivité des kill scenes qui passent d’ailleurs à travers tout un arsenal pour percer, découper et fracasser les victimes du «Bloody Bird». Les morts sont brutales, efficaces, visuellement très réussies et toujours inattendues!

StageFright saura donc ravir les cinéphiles avides de créer un lien entre les grands pontes du cinéma Italien (D. Argento, L. Bava) et leur rejeton Soavi. Autrement, il pourra aussi très bien satisfaire une soirée pop-corn et tronçonneuse.

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