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Recommandations d'une étagère poussiéreuse (Spécial Saint-Valentin!): Joe D'Amato, Beyond The Darkness, alias Blue Holocaust, alias Buio Omega (1979)
8Note Finale

C’est la Saint-Valentin et mon petit coeur quétaine ne peut se retenir de vous chanter le son de l’amour en ces quelques lignes. Je vous ai sorti de mes étagères une belle histoire d’amour et, une fois n’est pas coutume, c’est un film italien.

Ce film d’amour, je ne l’ai pas regardé depuis des années! Je me rappelle encore comment j’ai mis la main dessus alors que je découvrais tout juste les joies du cinéma trash européen. C’était dans un magasin sordide de ma région natale qui vendait des DVDs à rabais — les fous vendaient le film édité alors par feu Neo Publishing pour peut-être 1,50€. C’était l’affaire du siècle car je tenais entre mes mains l’un des films les plus dérangeants qu’il m’ait été donné de voir.

Je vous avais déjà mentionné que les cinéastes italiens ne reculaient devant rien au court des années 70 et 80. Joe D’Amato est très certainement l’un d’entre eux et Beyond The Darkness fait figure de proue à ce constat. Âmes sensibles, passez votre chemin car tout dans ce film est déviant.

Francesco (Kieran Canter) , riche héritier taxidermiste, vient de perdre sa tendre épouse Anna (Cinzia Monreale), secrètement assassinée par leur bonne Iris (Franca Stoppi) grâce à un sortilège vaudou. Affligé par cette perte, il décide de voler le cadavre de sa douce pour l’empailler et Iris l’aidera à garder ce funeste secret, tant qu’elle pourra garder l’illusion d’être aimée par son employeur…

Je vous l’ai dit: Beyond The Darkness est avant tout une histoire d’amour. Une histoire d’amour fuckée ben raide et ce, jusqu’à la moelle. Les relations intimes qui animent les personnages principaux sont malsaines, et pas à moitié. Francisco, le personnage principal, est chagriné par la mort de sa femme qu’il aimait (normal), mais après l’enterrement, trois minutes lui suffisent avant de parler avec insistance de sa mère et de téter le sein de la bonne (qui a clairement des vues sur lui, puisqu’elle est à l’origine de la mort d’Anna) — nous sommes 12 minutes dans le film et l’on se rend tout de suite compte que rien ne peut nous préparer aux 82 qui restent.

Le contenu freudien de pacotille est une constante du cinéma italien. Ces films en sont très souvent badigeonnés. J’ai du mal à expliquer cette pratique. Sans doute qu’à l’époque, les personnages à la psyché détraquée et obscène devaient fasciner — et faire vendre.

La particularité de Beyond The Darkness, et ce qui le rend si désagréable à digérer, c’est le fait que les personnages principaux, ceux pour qui on a le plus d’empathie, ce sont les vilains du film. On les suit, on partage leurs angoisses perverses et on finit même par se sentir en danger pour eux lorsqu’ils sont à deux doigts de se faire prendre la main dans le sac. L’effet est comparable à ce qui avait fait la renommée de Rob Zombie et de son excellent film The Devil’s Rejects.

Une autre comparaison que l’on pourrait faire serait avec Psycho d’Alfred Hitchcock. Le modèle du meurtrier aux mommy issues salaces et aux obsessions «taxidermiques» ne peuvent pas être des coïncidences selon moi. Pourtant, Beyond The Darkness est un remake du Froid baiser de la mort (alias The Third Eye), giallo de 1966 de Mino Guerreni. C’est d’ailleurs le fils de ce dernier qui écrira le scénario de Beyond The Darkness. Encore un sacré mishmash que seuls les italiens savent produire…

Tel que je l’annonçais plus haut, Beyond The Darkness n’est pas un film de mauviettes! Il faut avoir l’estomac bien accroché pour passer à travers. Ce film est un cabinet de curiosités déviantes où se succèdent sujets tabous tels que cannibalisme, nécrophilie, inceste (dans une certaine mesure) et scènes dégoulinantes dont les amateurs de gore sans concession pourront se repaître. Ongles arrachés à la pince, viscères répandues et crânes flottant dans l’acide sont certaines des gaillardises prévues par le réalisateur. Ces scènes chocs sont filmées avec une rare complaisance dont seul D’Amato (et son souci du détail) a le secret. C’est gluant et peu ragoutant.

Les musicophiles peuvent aussi se réjouir car la bande originale est signée Goblin, le groupe que l’on associe habituellement à Dario Argento. Les gobelins n’offrent peut-être pas ici leurs compositions les plus intéressantes mais elles sauront tout de même ravir ceux qui ont un faible pour le groove à l’européenne et les arpèges électroniques typiques de la fin des années 70.

Je n’ai pas la nette impression d’avoir parlé de fond en comble de Beyond The Darkness comme je le pourrais mais quand on se met à y réfléchir… C’est un film qui n’a pas grand chose à offrir outre un spectacle révoltant. Je recommande ce film à quiconque aurait le goût de plonger dans les méandres tortueux du bis italien. Faites seulement attention car passer à travers ce film c’est atteindre une sorte de point de non retour.

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