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The Terror: l'enfer, glacé et immaculé
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Dans les faits, deux navires à la fine pointe de la technologie, l’Erebus et le Terror, ont quitté l’Angleterre en 1845 afin de traverser le passage du Nord-Ouest, une route maritime traversant l’océan Arctique pour mener de l’Atlantique au Pacifique. Des 129 hommes composant l’équipage, pas un n’a survécu.

La série The Terror, propulsée sur le réseau AMC par Sir Ridley Scott (Alien, Blade Runner), raconte l’histoire de cette expédition. Comme on en connaît déjà l’échec, il ne s’agit pas de savoir si les choses se termineront bien, mais plutôt jusqu’à quel point elles iront mal.

Et pour aller mal, elles vont très mal. Pensez à toutes les horreurs qui pourraient arriver lors d’une expédition maritime en Arctique à l’ère victorienne: tuberculose, scorbut, pneumonie, famine, cannibalisme, empoisonnement au plomb, paranoïa, mutinerie… The Terror les expose dans toute leur horreur en introduisant un élément surnaturel: le Tuunbaq, un démon inuit qui ressemble à un ours polaire géant et terrorise l’équipage, dont les bateaux sont prisonniers d’une mer de glace.

Basée sur l’œuvre du même nom de Dan Simmons, saluée meilleur roman d’horreur de 2008 par les International Horror Guild Awards, la série poursuit un rythme lent et contemplatif, comme un interminable, mais magnifique cauchemar. L’équipage a, ironiquement, la plus belle prison qui soit: une immensité de glace où les aurores boréales dansent, diffusant une lueur laiteuse. The Terror réussit avec brio à nous faire ressentir la cruauté de l’attente et du froid — même si, en bons Canadiens, on roule des yeux devant l’absence de buée qui sort de la bouche des personnages la plupart du temps…

Dans un océan d’hommes aux mêmes uniformes, barbes et coupes de cheveux, on oublie parfois qui est qui. Même à la fin, l’identité de certains personnages demeure nébuleuse. Qu’importe! Vous reconnaîtrez les plus importants. Il peut aussi être un peu difficile de comprendre la hiérarchie de l’équipage. Il y a Franklin (Ciarán Hinds), capitaine du Erebus, un noble pompeux qui a perdu l’ensemble (ou presque) de ses hommes au cours de sa dernière expédition; Crozier (Jared Harris), deuxième commandant et capitaine du Terror, qui aurait sans doute dirigé l’expédition s’il n’avait pas été Irlandais; Fitzjames (Tobias Menzies), troisième commandant et star montante de la British Navy, un homme charismatique qui répète sans cesse les mêmes récits de guerre pour se mettre en valeur; Hickey (Adam Nagaitis), un officier rusé et sans scrupule qui se méfie de ses supérieurs. Dans d’aussi extrêmes conditions, les tensions sociales qui règnent entre ces hommes et d’autres deviennent de plus en plus difficiles à ignorer et prennent, évidemment, une tournure des plus sinistres.

Seule femme de cet ensemble 99,9% testostérone, Lady Silence (Nive Nielsen), une Inuit avec une mystérieuse connexion au Tuunbaq, s’attire la méfiance et le mépris de l’équipage. Sa race et son sexe leur font aussi peur que la créature sanguinaire qui rôde. Même si le symbolisme de The Terror n’est pas de la plus grande subtilité (la créature est une manifestation du «sauvage», une opposition à la colonisation), il n’en demeure pas moins rudement efficace, souligné par l’attention au détail de la scénographie, dirigée par l’excellent Jonathan McKinstry.

La retenue dont fait preuve The Terror s’interrompt au cours de la série pour quelques instants d’extrême violence ou de délire hallucinatoire qui saisissent à tout coup. Ici, la peur est insidieuse: elle ne nous fait pas faire de saut, mais nous écraser dans nos sièges.

Bref, si vous aimez votre horreur grandiose et victorienne avec une touche de cannibalisme, voici la formule parfaite, servie sur un plateau… de glace.

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