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Jesse Thomas Cook est un réalisateur, scénariste, producteur et monteur qui œuvre dans le paysage canadien du cinéma d’horreur depuis plusieurs années. Les fans ont certainement entendu parler de ses The HexecutionersMonster Brawl et Septic Man, qui ont une certaine réputation.

Son travail sera souligné deux fois plutôt qu’une lors de l’édition 2018 du Blood in The Snow, puisque le festival présentera ses nouveaux films en première mondiale. En effet, The Hoard et Deadsight, qu’il vient tout juste de compléter, sont à l’affiche.

On s’est entretenu avec le cinéaste question d’en savoir un peu plus à propos de sa nouvelle comédie d’horreur sur la syllogomanie, ceux qui accumulent des objets de manière compulsive:


Horreur Québec: La première interrogation qu’on a en regardant The Hoard est à propos des décors. On comprend que vous essayiez de montrer le délire de certains individus qui ramassent tout impulsivement, mais raconte-nous  comment vous avez fait pour tourner dans cette maison inondée d’objets du plancher au plafond?

Jesse Thomas Cook: C’était un très gros défi. Nous n’avons pas construit ou aménagé ces plateaux. Ce sont de vraies maisons. J’ai un ami qui ramasse de tout comme mon personnage. Il a peut-être cinq propriétés qui possèdent ces merveilleuses maisons antiques et il les remplit d’objets de toutes sortes. C’est un garçon fascinant et nous violions faire un documentaire sur lui, qui est devenu une sorte documenteur puisqu’on se moque amicalement du phénomène.

Mais pour répondre à ta question, les différents bidules ou meubles qui s’empilent les uns sur les autres dans le film étaient sur place. Nous avions une très petite équipe, mais elle se divisait en deux unités. C’était risqué de circuler en groupe et je ne voulais pas que l’un d’entre-nous reçoive un machin sur la tête.

On connaît ce mec depuis sept ans, et il est une inspiration pour ce long-métrage. Il est vieux jeu et pour des raisons qu’on ignore, il conserve ces réserves dépareillées d’antiquités. Nous nous sommes dits: «Faisons un film sur Barry, sur ses maisons et sur sa vie».

HQ: Le film adopte d’abord un côté documentaire, puis devient comique et bascule dans l’horreur extrême. Est-ce que l’histoire de ton ami collait dès le départ à ce métissage de genres?

JTC: Je dirais que ce que nous voulions avant tout était d’immortaliser ses maisons sur la pellicule. Il se trouve que nous avons un parcours qui a erré dans l’horreur et la comédie également. L’idée de se moquer un peu des télé-réalités était tentante aussi.

HQ: Tu mentionnes malgré tout avoir changé ton documentaire en film plus moqueur. Qu’est-ce qui a déclenché ce changement en toi lors de la création?

JTC: Probablement le désir de vouloir souligner l’absurde de toutes ces émissions en général. Et tu sais, il y en a une multitude où les gens chassent les fantômes. Je ne pourrais pas te nommer l’une de ses émissions en particulier, mais on a voulu parodier le genre. Mes personnages tentent de créer l’ultime télé-réalité, mais ça tourne un peu en found footage d’horreur.

HQ: Ton implication à tous les niveaux est incroyable. Tu as réalisé, écrit, produit et monté The Hoard, en plus d’y jouer un personnage. Lequel de ces chapeaux a été le plus difficile à porter pour le créateur en toi?

JTC: Le montage. Nous avions plus de trente heures d’images filmées. En nous mettant en tête qu’il s’agissait d’un long-métrage sur une télé-réalité, il a fallu faire des choix. Nous avons retiré facilement cinq heures de ce qui nous semblait pertinent. Nous avons longuement réfléchis au format également.

HQ: Monster Brawl se moquait un peu des duels sportifs à la télé et des animateurs qui disent trop souvent n’importe quoi. Maintenant tu t’attaques à la télé-réalité. Est-ce qu’il est important pour toi d’apporter un regard plus satirique de notre monde ou de la culture de masse?

JTC: J’aime avoir une approche qui se rapproche de Saturday Night Live, je dirais. La télé crée ses propres drames pour avoir des spectateurs. Je ne dirais pas en revanche que je souhaite délibérément me lancer dans ces critiques. C’est davantage le ton de notre humour.

HQ: Le cinéaste John Landis a mentionné qu’il y avait une justification sociale derrière chaque monstre. Pour toi, que représente l’entité dans ton film?

JTC: On peut certainement y lire une métaphore sur la manière dont les gens se comportent. Les gens ne se contentent jamais de ce qu’ils ont. Ils en veulent toujours plus. Ce sont ces objets qui seront aussi responsables de la corruption. Je voulais que mon vilain soit l’antagoniste du méchant habituel. Les antiquités sont ramassées chez des gens qui sont morts et ça génère ce qu’on appelle une malédiction. Je voulais imposer l’idée qu’il y avait quelque chose derrière cette tendance de cueillir tous ses meubles et accessoires. Pourquoi parle-t-on de ce gaillard comme d’un type mauvais ou bizarre? Il n’est qu’un collectionneur. Ne sommes-nous pas tous un peu comme ça? Mon personnage, lui, garde des antiquités. Les transformations et les scènes impliquant mes monstres sont volontairement des références à un type d’horreur différent. Il y a le film de maison hantée et le slasher, entre autres.

HQ: Tu as évolué à différents niveaux au sein de l’horreur au Canada. On entend partout que c’est difficile de percer, de trouver des fonds et de vivre du cinéma d’épouvante. De la part de quelqu’un qui a traversé plusieurs pôles dans le milieu, peux-tu nous dire comment se porte l’horreur au Canada?

JTC: Je dirais que présentement ça va très bien. Toronto a plusieurs artistes, et c’est différent d’il y a quinze ans où Cronenberg était le seul à avoir une certaine popularité. L’émergence est incroyable maintenant. Ils ont les gars de Black Fawn. Au Québec, vous avez l’équipe RKSS qui est incroyable. Dans l’est, il y a Jason Eisener et l’équipe de Hobo with a Shootgun. Dans les Prairies, il y a les sœurs Soska et Lowell Dean de Wolfcop. Présentement, à travers le pays, il y a des groupes de cinéastes qui s’imposent de plus en plus. Et nous avons d’excellents festivals comme Fantasia et plusieurs fans comme vous travaillent sur des médias qui parlent de notre cinéma et ça aide à le faire connaître. Ce qui est bien, c’est que l’absence de support de gros studios nous permet de faire ce que l’on veut. On prend donc plus de risques. C’est ce que nous voulons pour le genre. Je suis très flatté que le festival Blood in the Snow ait sélectionné mon film.

HQ : En tant que grand fan du film Monster Brawl, je me dois de te poser la question redondante que tous doivent de poser. Envisages-tu une suite?

JTC : On y a pensé après la sortie du film, mais rien n’a été concluant. Ce n’est pas dans les plans, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas. Il serait plus facile de faire une suite à The Hoard avec tout ce que nous avons coupé (rires)! Le film a été tourné il y a deux ans et j’ai deux projets de terminés depuis. Un long-métrage réalisé par mon ami John Geddes sur lequel j’ai travaillé comme producteur, Creep Nation, mais aussi un autre film que j’ai réalisé qui s’intitule Deadsight. Mais pas encore de Monster Brawl 2 à l’horizon.


Nous souhaitons une longue vie au film The Hoard et espérons que Jesse Thomas Cook continuera longtemps son parcours dans l’industrie des frissons!

Crédit photo couverture: Les Stroud

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