Crime Scene Cecil Hotel

[Critique] «Crime Scene: The Vanishing at the Cecil Hotel»: la disparition d’Elisa Lam

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4
Note Horreur Québec

En 2013, Elisa Lam se rend à Los Angeles pour un voyage solo. Atteinte de dépression et d’un trouble bipolaire, elle ignore que la chambre qu’elle a louée se trouve dans un immeuble reconnu pour son taux alarmant de suicides, de meurtres et de surdoses. Le 31 janvier 2013, une caméra de surveillance capture ses dernières images. Sur cette vidéo troublante, elle agit de manière étrange et erratique, comme si elle cherchait à se cacher de quelqu’un ou subissait une psychose.

[Attention: le prochain paragraphe contient des divulgâcheurs. Sautez-le si vous ne voulez pas connaître la suite de l’histoire d’Elisa Lam.]

Suite aux plaintes de clients qui rapportent la faible pression de l’eau, de même que son allure trouble et son mauvais goût, l’homme à tout faire se rend sur le toit pour inspecter les réservoirs le 19 février. Il y fait une horrible découverte. Le corps nu et décomposé d’Elisa Lam est submergée dans l’eau — cette même eau dont les résidents se servent depuis des semaines.

Crime Scene The Vanishing at the Cecil Hotel affiche NetflixÇa ressemble au synopsis d’un film d’horreur à la Dark Water? C’est pourtant l’histoire vraie derrière la docusérie Crime Scene: The Vanishing at the Cecil Hotel (Scène de crime: La disparue du Cecil Hotel). Une triste histoire portée avec rigueur et sensibilité par le réalisateur Joe Berlinger, qui a tiré quelques leçons de son travail sur Ted Bundy (Conversations with a Killer, Extremely Wicked).

Les quatre épisodes fournissent beaucoup d’informations sur l’hôtel Cecil, élevé comme il se doit au rang de personnage. Seuls certains étages accueillent les touristes, tandis que les autres offrent des solutions de logement aux personnes pauvres et en détresse. De célèbres coupables de meurtres, dont Richard Ramirez, et victimes, comme Elisabeth Short (The Black Dahlia), y ont d’ailleurs déjà résidé. Les aires communes de l’hôtel sont séparés, mais les ascenseurs et l’escalier d’urgence se rendent à tous les étages.

La lecture d’extraits choisis du journal Tumblr d’Elisa et les reconstitutions, souvent floues, comme pour souligner leur côté hypothétique, brossent un portrait compatissant de la jeune femme. Son récit, de même que l’enquête poursuivie par les autorités et celles des amateurs sur Internet, sont rapportés dans une narrative à la fois logique et captivante. Le documentaire arrive même à dénoncer quelques enjeux sociaux, comme la gestion de l’itinérance à Los Angeles et le traitement de la maladie mentale. L’équipe derrière la docusérie fait d’ailleurs fait le choix responsable de ne pas montrer d’images du cadavre et de présenter régulièrement des portraits où on la voit souriante.

Contrairement à Don’t F*** With Cats, qui soulignait le travail des websleuths (des détectives amateurs en ligne), on dénonce plutôt ici comment leur acharnement peut entraver celui des enquêteurs et même nuire à l’existence d’individus. Parlez-en au musicien mexicain Morbid, dont l’imagerie et les paroles violentes de ses pièces death metal en ont fait le principal suspect des forums de discussion. L’artiste, que la police a même interrogé, explique qu’il en a perdu le goût de faire de la musique.

Crime Scene: The Vanishing at the Cecil Hotel suit les codes visuels du genre. On y retrouve toutefois certaines idées originales, comme celle de projeter sur les murs et le toit de l’hotel des coupures de journaux discutant des crimes s’y étant déroulées. Côté audio, rien ne se démarque, sinon le même air de violon qui revient un peu trop souvent.

La tragédie d’Elisa Lam me rappelle souvent un voyage à Los Angeles. En 2014, je quittais un restaurant pour marcher vers une librairie du centre-ville quand une envie pressante m’a mené vers un local où des inspecteurs de sécurité suivaient une formation. Après m’avoir permis d’utiliser leur salle de bain, ils se sont enquis de mon plan de journée et ont insisté pour que je prenne le bus: «Trust us, you don’t want to go there on foot.» Dans le bus, les fenêtres m’ont renvoyé des scènes désolantes de misère et de pauvreté. Des tentes partout, des sans-abri au regard hagard, des personnes intoxiquées étendues sur le trottoir. Je l’ignorais, mais je traversais Skid Row vers ma destination: The Last Book Store, librairie fréquentée plusieurs fois par Elisa lors de son séjour et le dernier endroit où elle a été vue vivante.

C’est peut-être en raison de cette proximité géographique, bien que séparée d’une année, que je me suis toujours sentie proche d’Elisa Lam; peut-être aussi parce que nos prénoms sont presque identiques et que nous partagions certains troubles de santé mentale, au point d’avoir été prescrites une médication semblable. Mais que vous connaissiez ou non son nom, Crime Scene: The Vanishing at the Cecil Hotel vous fera rencontrer une jeune femme sensible dont les rêves se sont éteints beaucoup trop tôt.

Crime Scene: The Vanishing at the Cecil Hotel sera disponible sur Netflix dès le 10 février.

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