Crimes of the Future 536

[Critique] Crimes of the Future: du Cronenberg pur jus

Créateur d’exception depuis plus d’un demi-siècle déjà (ouf), David Cronenberg est de retour au cinéma. Huit ans après Maps to the Stars, débarque enfin Crimes of the Future, une œuvre toute fraîche, qui ne dépaysera pas les fans du maître. Oh oui, ce qu’il était attendu ce nouveau long métrage du réalisateur canadien, qui arrive en salle dès demain, le 3 juin, après sa remarquée première mondiale au Festival de Cannes. Un film qui n’est pas, se doit-on de rappeler, la refonte du moyen métrage expérimental qu’il a lui-même conçu en 1970, bien que les deux films se partagent le même titre et certains éléments.

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Depuis le lancement de son aussi intrigante qu’alléchante bande annonce, qui dévoilait sa toute étoile distribution et qui annonçait son retour à la science-fiction baroque qui a fait sa renommée, on ne s’en peut juste plus. Pour une quatrième fois, on retrouve l’Américain Viggo Mortensen dans un film du papa de ce qu’on appelle le body horror — et qui se passe de présentations. Vu jadis dans des films horrifiques (comme Prison et Leatherface: Texas Chainsaw Massacre III), le célèbre interprète d’Aragorn joue ici aux côtés de la Française Léa Seydoux (Spectre, Inglourious Basterds), du Canadien Don McKellar (Blindness, eXistenZ) et des Américains Scott Speedman (The Strangers) et Kristen Stewart (Underwater, la saga Twilight), entre autres. Et ça raconte quoi?

Un artiste de performance (Mortensen, puissant) et sa partenaire (Seydoux, investie) cherchent à repousser les frontières de leur art à saveur subversive, à travers un univers parallèle, aussi trouble qu’intemporel, où évoluent torturés artistes, passionnés bureaucrates (McKellar et Stewart, tous deux solides), espiègles techniciennes et insolites contrebandiers (dont Speedman, très bien).

Une prémisse qui se veut volontairement avare de détails, afin de vous garder en haleine jusqu’au visionnement. Car il n’est jamais requis d’en savoir beaucoup avant de se rendre en Interzone. En fait, c’est même prescrit d’y aller quasiment vierge, dénudé d’info ni d’apriori, en ouvrant très grand son esprit, afin de recevoir l’œuvre tout entière, l’absorber, s’y abandonner, la faire sienne. Pour y découvrir ses thèmes sous-jacents (le rapport à la célébrité, ce qu’est l’art, la moralité, l’éco-anxiété, et plusieurs autres), la façon dont le maître les traite, ses questions existentielles et la fatale absence de réponses qu’il propose (des pistes ou réflexions, tout au plus). Car il y a beaucoup à digérer. À boire et à manger, comme on dit à Cannes ou à Paris.

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Pour qui, pourquoi

Et d’emblée, on se doit de sommer les vrais fans du cinéaste d’aller voir Crimes of the Future sur grand écran, parce que vous — et l’œuvre — le méritez bien. Parce que c’est beau (la photo de Douglas Koch est sublime), c’est louche (son art et sa techno), c’est douloureux (parfois, on souffre avec eux), c’est cru (comme dans se mettre à nu), c’est absurde (Cronenberg ne manque pas d’humour!), c’est avant-gardiste (évidemment) et c’est même triste (par moment). C’est parfaitement charnel et mutant, comme dans l’temps. Et tout sauf ennuyant ni banal. En un mot : magistral. Voilà, c’est dit. C’est une œuvre pour cinéphiles curieux, qui aiment réfléchir et surtout se faire déstabiliser par un artiste comme il s’en fait peu. On vous le répète : ALLEZ LE VOIR EN SALLE!

Les vrais fans sont celles et ceux qui adorent tout de Cronenberg, mais en particulier ses œuvres les plus frontales dont la technologie est indissociable. Vous savez celles qui parlent de sexe (comme Crash, Stewart rappelant le personnage joué par James Spader), qui transforment allégrement la chair (eXistenZ et Videodrome reviennent en tête) ou « métaphorent » le cancer (The Fly). P.S. Les amateurs de dystopies repenseront assurément à un classique américain de 1973 — vous irez chercher après, OK?

Et ce n’est pas du torture porn quand les victimes sont consentantes et adorent ça, n’est-ce pas? En vrac, on y retrouve moult mutilations, séductions, trahisons, et autres transformations, de même que quelques cadavres refroidis, chaires ardentes, underground galeries et même une plutôt surprenante autopsie. Le concept de beauté intérieure n’aura jamais été aussi tordu, tenez-le-vous pour dit.

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Mais encore?

Qui plus est, tourner en Grèce, en exposant avec brio les bas-fonds d’Athènes (ses coins les plus décrépits, où débordent les graffitis), contribue à renforcer le côté apocalyptique empreint de désolation du propos. Également au générique de cette production de Robert Lantos (son 4e Cronenberg depuis 1996), on retrouve la directrice artistiquee et conceptrice de production Carol Spier, qui travaille avec le réalisateur depuis plus de quatre décennies. Et que dire de la musique d’un autre de ses vieux complices, soit le compositeur Howard Shore (à ses côtés depuis The Brood)? Eh bien, sachez que son quartette à corde est franchement menaçant, lorsqu’il ne verse pas carrément dans l’industriel (voir la première séquence de performance).

Sérieux, dans une autre vie, on imaginerait très bien Trent Reznor, David Bowie, Clive Barker, Debbie Harry et H.R. Giger le visionner en prenant leur pied, et ce, sur toute la durée. Le Cronenberg nouveau est une forte charge sensorielle livrée par un vénérable et iconoclaste pro, une œuvre fantastique, conjuguant avec maestria l’organique, le philosophique, la métaphysique et, à travers ce critique, le dithyrambique.

Note des lecteurs2 Notes
Points forts
Le retour en force au genre du maître du body horror.
Les multiples niveaux de lecture.
L’audace.
L’art total.
Points faibles
Peut-être aurait-on pu couper les références à un certain concours (vous verrez), afin de dégraisser au maximum. Sinon, pas grand-chose à redire.
4
Note Horreur Québec

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