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[Critique] Glass: aimer ou non Shyamalan
3.8Note Horreur Québec
Note des lecteurs: (10 Votes)

«Mon film tente l’amalgame entre Superman et One Flew Over the Cuckoo’s Nest.»

— M. Night Shyamalan

Trois hommes convaincus d’avoir des aptitudes surhumaines se voient contraints de suivre les traitements d’une médecin, qui tente de prouver que certaines raisons rationnelles et médicales peuvent justifier ce qu’ils perçoivent comme des pouvoirs.

Avant la projection spéciale à laquelle nous avons assisté, il y avait un mémo du cinéaste à l’écran demandant aux gens de ne pas révéler ce qu’ils verront aux autres spectateurs pour ne pas leur gâcher la surprise. On se serait presque cru confronté à l’intertitre final du classique Les Diaboliques, où Clouzot demandait aux spectateurs de ne pas divulguer l’acrobatie finale de son film. C’était enivrant et effrayant à la fois. Le cinéaste d’origine indienne affectionne particulièrement les coups de théâtre et peine parfois à doser leur cohérence.

Quand on regarde la filmographie, certes inégale, de M. Night Shyamalan et qu’on lit des commentaires en ligne, on a du mal à y percevoir un équilibre. Certains critiques élitistes, n’ayant peut-être pas encore digéré la qualité de certains de ses opus de genre, s’amusent à dénigrer le moindre plan qu’il tourne alors que plusieurs fans lui sont d’une fidélité trop aveugle.

Glass est exactement le film que l’on pouvait imaginer et espérer si on avait vu les deux précédents opus. Sans offrir la grâce et la mélancolie suave d’Unbreakable, possiblement le film le plus audacieux du réalisateur, ou le ton B-movie complètement assumé de Split, ce troisième volet est un parfait mélange des deux autres et ce, pour le meilleur et pour le pire. Le film est-il aussi déplorable qu’une grande partie des critiques le disent? Absolument pas.

Près de vingt ans se sont écoulés depuis la première rencontre entre Elijah Price (Samuel L. Jackson) et David Dunn (Bruce Willis) et l’omniprésence de films mettant en scène des superhéros durant ce délai a possiblement donné envie à Shyamalan de revisiter la thèse qu’il nous avait livrée sur le sujet avec son sous-estimé Unbreakable. Sa réflexion sur la gamme chromatique de l’héroïsme n’est pas toujours subtile, mais a le mérite de questionner ses bases. Peut-on devenir ce que l’on croit être? Et quels préceptes philosophiques peuvent élaborer notre définition du mot héros?

Même si son scénario a cette fois quelques angles plus biscornus, cette nouvelle démystification qu’il fait du héros mythique n’en est pas moins fascinante. On affectionne les thèmes malsains qu’il tresse ensemble ainsi que quelques dialogues à double tranchant. Bien sûr, on sourcille sur certaines révélations, mais si on accepte de jouer le jeu, on ne sera pas déçu. Quiconque souhaite s’amuser à y décortiquer les failles scénaristiques aura son mot à dire, mais il devra par la suite expliquer pourquoi le film reste aussi enivrant malgré tout. Un long-métrage ne se résume pas qu’à sa rigueur scénaristique, après tout.

Pas question de faiblir lors de l’affrontement final tant attendu. Shyamalan propose une confrontation coriace entre ses trois personnages. Nous sommes ici face à un auteur. Que l’on aime ou non, l’homme possède son propre langage filmique. Son style se ressent et même s’il ne s’agit aucunement de son œuvre la plus aboutie, on ressent un grand plaisir à y retrouver plusieurs de ses forces. La réalisation captive à elle seule, autant par certains plans de caméras originaux choisis que par le montage qui en découle. Même dans ses recoins les plus excessifs, le cinéaste affirme une texture. On pense aux couleurs kitsch qu’il met en place dans les scènes de thérapie et qui jurent parfaitement avec le discours de cette psychothérapeute prônant l’équilibre et le juste milieu.

À travers le quatuor d’acteurs irréprochables, James McAvoy se démarque des autres en changeant le ton de son jeu aisément selon le personnage de la horde intérieure du psychopathe qu’il incarne.

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