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/Youssef et Emma Stone dans POOR THINGS. Photo par Yorgos Lanthimos. Courtoisie de Searchlight Pictures. © 2023 20th Century Studios Tous droits réservés.

[Critique] Poor Things : Lanthimos pousse les limites du surréalisme avec sa propre version de Frankenstein

Si l’étrangeté de Dogtooth, l’humour cinglant de The Lobster et la fabuleuse performance d’Emma Stone dans The Favorite vous ont fasciné par le passé, vous tomberez sans équivoque sous le charme de Poor Things (Pauvres créatures), le nouveau film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos. Mettant de l’avant les incontournables talents de Stone, Willem Dafoe, Mark Ruffalo, Ramy Youssef et Christopher Abbott, cette adaptation du roman publié en 1992 par Alasdair Gray prend par surprise avec son audace rafraichissante. Poor Things entremêle à la fois le surréalisme, le fantastique, l’horreur et l’aventure en embrassant une esthétique rétrofuturiste hallucinante : un alliage unique qui en vaut absolument le détour!

Vers la fin du 19e siècle, à Londres, Bella Baxter (Emma Stone) est ramenée à la vie par le Docteur Godwin Baxter (Willem Dafoe), un scientifique aux méthodes controversées. Sous la supervision étouffante de son « créateur », Bella ressentira graduellement un besoin d'évasion, une envie urgente d'aller explorer le monde. Lorsque l'occasion se présentera, elle embarquera alors dans une invraisemblable exploration identitaire, sexuelle et morale à travers plusieurs pays.

La naissance de Bella Baxter

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Généralement, Lanthimos livre des visuels sobres et minimalistes dans ses films, en priorisant une construction narrative complexe et des dialogues astucieusement cyniques. Poor Things a la chance de bénéficier de la combinaison d’une image peaufinée et excentrique, en plus d’un scénario particulièrement unique et bien ficelé, relevant d’un cran son art.

La première partie en noir et blanc du film met l’emphase sur les textures victoriennes de l’énorme manoir dans lequel loge le Docteur Dodwin Baxter. En plus d’honorer les magnifiques jeux d’ombres et de lumière, l’absence de couleurs rappelle symboliquement l’état de la protagoniste Bella, qui découvre le monde pour la première fois, après avoir été ramenée à la vie par une opération risquée exécutée par le Docteur. En pleine réadaptation de toutes ses capacités verbomotrices, cette version de la créature de Frankenstein balbutie et titube tel un bambin, de sorte qu’elle nécessite une surveillance constante dont se chargera Max McCandles, l’étudiant-apprenti de l’homme. Max se prendra alors d’affection pour Bella qui, vulnérable et naïve, se montrera réceptive jusqu’à l’arrivée du richissime avocat Duncan Wedderburn.

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Willem Dafoe dans POOR THINGS. Photo par Yorgos Lanthimos. Courtoisie Searchlight Pictures. © 2023 Searchlight Pictures Tous droits réservés.

Imagerie onirique et conscience identitaire

La deuxième partie du film regagne subitement ses couleurs en offrant des tableaux oniriques époustouflants. Les ciels mauves, bleus et roses qui tapissent l’écran tels des aquarelles évoquent aussitôt l’idée de « l’éveil » de Bella, qui décide de quitter le manoir au grand désarroi du Docteur et de Max. Aux côtés de Duncan et en route vers Lisbonne au Portugal, elle entreprend une épopée transformative. Elle y découvrira avec émerveillement sa sexualité, les plaisirs épicuriens, la danse, la musique et par le fait même, les enjeux d’inégalités sociales économiques qui gouvernent le monde.

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Emma Stone dans POOR THINGS. Photo par Yorgos Lanthimos. Courtoisie Searchlight Pictures. © 2023 Searchlight Pictures Tous droits réservés.

Un penchant féministe

Ce sont les derniers chapitres du long métrage qui définissent la trajectoire indépendante de Bella. En modelant son avenir de ses propres mains, elle réalise finalement son pouvoir et son autonomie en tant qu’humaine dans ce grand monde. D’une certaine façon, Poor Things imite le parcours de l’émancipation des femmes en portant un intérêt précis à l’autonomie sexuelle de la protagoniste qui, malgré son corps de femme adulte, se voit infantilisée et sexualisée en traversant l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Le principe même de la création de cette femme avec un cerveau de nouveau-né nous impose un questionnement intéressant quant à la dynamique homme-femme déséquilibrée qui règne dans notre société patriarcale.

Les rapports entretenus entre Bella et chacun des hommes du film peuvent même dépeindre différents types de relations coercitives que l’on peut témoigner sous le patriarcat : le père-docteur agissant tel un dieu se donnant tous les droits sur sa « création », l’amoureux Max rêvant d’une vie de domestication et amouraché de Bella alors qu’elle n’était qu’un bébé mentalement et l’amant-Duncan contrôlant, abusif, violent et surtout ne percevant Bella que comme un objet de désir. Sous sa surface légère et remplie d’humour, le long métrage réussit tout de même à nous faire réaliser certaines vérités féministes intemporelles.

Un film qui surpasse les attentes

Ici, Emma Stone est chargée d’un véritable défi d’interprétation qu’elle effectue avec brio grâce à un jeu physique évolutif marqué par des subtilités d’un langage en construction et une authenticité crue. Et que dire de Mark Ruffalo qui se donne corps et âme dans son personnage de vilain psychotique et alcoolique aux tendances mélodramatiques : du bonbon!

Poor Things vous entraînera dans une odyssée palpitante qui fait réfléchir en plus de divertir : un film qui, hors de tout doute, surpasse les attentes!

Note des lecteurs10 Notes
Pour les fans...
de surréalisme
du cinéma étrange de Yorgos Lanthimos
4.5
Note Horreur Québec

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