[Critique] «The Wolf of Snow Hollow»: le meilleur film de loup-garou depuis dieu sait quand

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Note Horreur Québec

Mais où sont passés les loups-garous? C’est la question que se posent les amateurs de la bête, placés contre leur gré sur un régime strict. Hollywood n’a pas revisité la créature mythique depuis des années… et celle-ci demande beaucoup trop d’effets spéciaux pour que de modestes productions parviennent à bien la faire vivre à l’écran. Pourtant, la symbolique du loup-garou, soit l’animalité qui sommeille en chacun.e de nous, a rarement été plus d’actualité que maintenant. Le cinéaste Jim Cummings a bien saisi cela et contourne toutes les contraintes afin d’offrir au sous-genre son addition la plus intéressante depuis dieu sait quand.

Son film nous introduit à John Marshall, un officier de police pour la petite ville de Snow Hollow en Utah. Alcoolique en rémission, colérique incapable de gérer ses pires impulsions, divorcé et père absent, John doit aussi composer avec son propre père (Robert Forster de Jackie Brown dans sa performance finale), le shérif vieillissant de la ville qui refuse d’être mis au placard. Lorsqu’une série de meurtres de femmes secoue Snow Hollow, certains soupçonnent un loup-garou d’être derrière les attaques. Sceptique, John est placé sur le dossier. L’enquête qui piétine risque cependant de le pousser à l’implosion…

Révélé par Thunder Road, film de 2018 qu’il a écrit et réalisé en plus d’y personnifier un protagoniste narcissique et auto-destructeur, Jim Cummings persiste et signe en endossant à nouveau le rôle d’un flic aux habiletés communicationnelles inexistantes. On retrouve dans Snow Hollow le même genre de tragicomédie que dans son film précédent, portée par une écriture intelligente, d’excellents jeux de montage et une prestation centrale captivante. Le film propose un sublime mariage de tons hétéroclites, à la manière du cinéma coréen, et met rarement les freins durant ses courtes mais intenses 80 minutes.

Jim Cummings revendique Charlie Chaplin comme inspiration et il exploite le même sens du burlesque que ce dernier. Alors que l’opinion publique sur les forces policières demeure très polarisée, le cinéaste relève le pari d’humaniser un officier ainsi que les raisons de son incompétence. En effet, John Marshall se trouve dans un état de détresse psychologique avancé et ne devrait pas porter d’arme.

Cummings place devant son personnage tous les indices nécessaires pour résoudre le whodunit au centre de l’intrigue, qui rappelle par moments Silver Bullet, mais le protagoniste peine malgré tout à boucler l’enquête. Ce travail de détective bâclé donne lieu à plusieurs excellents moments de comédie noire, tout comme la fureur des citoyens de Snow Hollow alors que le temps passe et que les cadavres s’empilent. Si l’on rit jaune souvent et beaucoup, le cinéaste parvient à saper la zone de confort de son spectateur avec des scènes de violence glaçantes et des échanges émouvants entre John et son père.

Et qu’en est-il du loup-garou? La bête s’insère dans cette histoire d’abus cyclique et de masculinité toxique comme un miroir aux pires impulsions du protagoniste. Qui est le monstre dans The Wolf of Snow Hollow? C’est une question qui reste longtemps en suspens. Le film s’attelle à dénoncer la normalisation de la violence fait aux femmes et s’attaque aux racines subconscientes de cette violence.

Même si certains personnages rappellent souvent à la blague (méta) que les loups-garous n’existent pas, la bête fait quelques apparitions spectaculaires dans les paysages hivernaux du film. Le cinéaste utilise souvent les attaques du monstre en montage alterné avec une autre scène afin d’en renforcer l’impact comique ou dramatique. Mais grâce à la conception sonore, à la photographie de Natalie Kingston et à un sens inné de l’iconographie minimaliste, le film donne à sa bête une impressionnante aura de menace.

The Wolf of Snow Hollow est sans contredit le meilleur film de loup-garou des dix dernières années. Cummings offre au mythe la cure de rajeunissement que l’on espérait tant et le connecte à l’actualité. Le cinéaste compose à la perfection avec les limites de son budget pour offrir un whodunit prenant et d’intenses scènes de suspense. Espérons que ce film marque le début d’un nouveau chapitre pour le monstre si timide au grand écran.

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