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Dissection pour collectionneurs: Naked Lunch de The Criterion Collection
Le film8.5
Les suppléments8.7
Le transfert9
8.7Note Finale
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Suite au meurtre accidentel de sa femme, un toxicomane se voit plonger dans un univers fantasmatique nommé l’Interzone.

En proposant une adaptation du roman de William S. Burrough, le cinéaste canadien David Cronenberg en profite pour y insérer de très grandes parcelles de la biographie de son auteur, mais aussi des brides d’autres écrits de ce dernier. On pourrait presque octroyer au film le statut de prémisse au roman The Naked Lunch. Le réalisateur a d’ailleurs choisi de raturer l’article The à son titre pour faire en sorte qu’il soit dissociable du roman. Cronenberg utilise certains aspects du roman comme prétextes pour raconter l’histoire de Burrough. En fait, on pourrait dire que le roman The Naked Lunch devient secondaire pour le réalisateur. Raconter Burrough, l’homme, est ce qui intéresse le réalisateur. Il y fusionne son propre style à l’exercice. Le film tresse un parallèle étonnant entre le cinéma et l’écriture. Le résultat est une œuvre unique qui gagne à être apprivoisée. Il faut simplement accepter l’art de s’immerger dans ce délire, pour en sortir transformé.

Vouloir analyser le film de Cronenberg est un peu nager à contre-courant de ce que le personnage de Bill Lee suggère à ses amis écrivains, en leur disant que pour bien écrire, il faut exterminer toutes pensées rationnelles. Ne pourrait-on pas percevoir un double message pour le spectateur? Que savons-nous sur l’auteur pour nous guider quelque peu? On sait que Burrough a assassiné sa femme sous l’influence de la drogue et qu’il avait un penchant homosexuel. Sa carrière d’auteur était une tentative d’expiation de son geste meurtrier. Selon Cronenberg, l’homme avait une fixation pour les centipèdes; un peu normal pour une personne ayant connu le nord de l’Afrique. Le cinéaste canadien s’amuse avec le concept, puisqu’à une certaine époque, en Chine, le centipède était utilisé pour fabriquer des élixirs ou du poison. L’intoxication est le thème central du film. Néanmoins, on se rappelle aussi cet acte de copulation homosexuel dans une cage où l’un des performants se change en centipède géant avant d’empaler son partenaire.

L’écriture, et l’abus de substance, permettent à Bill Lee (avatar de l’écrivain) une certaine émancipation, autant au niveau de son écriture, que de son homosexualité refoulé qu’il se justifie probablement en mentionnant qu’il s’agit d’une couverture. Écrire devient un acte sexuel, comme le montre plusieurs séquences où les doigts qui pianotent sur les claviers semblent caresser lascivement les touches. Chaque machine représente un état différent de l’écriture du romancier. L’une des machines à écrire a un anus à la place de la bouche (velu de surcroît). On se souvient aussi de cette autre dactylo en forme de tête de Mugwump, dotée d’une crête phallique. L’écriture est un acte sexuel, mais également un art peut intoxiquer son créateur.

Présentant de loin une qualité d’images supérieure au précédent Blu-ray de Criterion, ce nouveau transfert en haute définition est approuvé par le cinéaste lui-même. Les couleurs rouges, vertes, et brunes, y ressortent davantage. Cela accentue le côté bizarroïde de l’ensemble. Certains plans y paraissent également moins granuleux. Niveau sonore, aucune version française ou sous-titres français ne sont disponibles et on nous propose qu’une seule piste audio, la version anglaise DTS-HD Master Audio 2.0.

Au niveau des suppléments, Criterion sait nous gâter. Un majestueux commentaire audio qui ne pourra qu’accaparer tout fan du cinéaste, ou de l’auteur, enregistré par Cronenberg et Peter Weller. On a aussi droit à un intéressant making off datant de 1992, avec un jeune Cronenberg qui aborde frontalement ses objectifs et ses limites. La chose est d’autant plus intéressante que le long-métrage semble encore plus riche si on en connaît son processus de création. L’édition offre aussi une série de galeries de photos, mais une lecture merveilleusement interprété par William S. Burrough de certains extraits de son roman. On nous livre également un livret renfermant l’essai de la critique Janet Maslin, un second du critique et romancier Gary Indiana, un texte du scénariste et réalisateur Chris Rodley (Andy Warhol: The Complete Picture) et un très court mémo de Burrough lui-même sur Cronenberg et son film. Seul véritable bémol que certains admirateurs pourraient souligner: ces extras sont une copie conforme de ce que le studio offrait sur son édition DVD. Avec les coûts onéreux de leurs titres, le studio aurait peut-être pu essayer d’improviser quelques nouveautés, même si tout semble être dit avec ce qu’on nous offre. Il aurait été très pertinent d’y déceler une entrevue du metteur en scène, effectuée récemment, avec un regard plus distancié sur son film, mais aussi sur sa réception. Même si le film a obtenu un certain succès critique, Naked Lunch reste un film moins célébré par les glorificateurs du metteur en scène canadien. Pourquoi ne pas questionner le maître sur la réception de son film? Cela dit l’amélioration visuelle que procure ce nouveau médium vaut à elle seule le coût d’achat.

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