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Suite à la projection du film The Night of the Virgin (La noche del virgen) au dernier Festival Fantasia, l’équipe d’Horreur Québec bouillonnait de questions sur les processus de création d’un film aussi unique. Malgré son horaire chargé, le cinéaste Roberto San Sebastián a finalement trouvé le temps de nous offrir une entrevue. Les cinéphiles qui ont vu le film comprendront notre enthousiasme et les autres auront peut-être envie de découvrir cet ovni qui devrait paraître en Blu-ray l’hiver prochain!


Horreur Québec — En  Amérique, le cinéma d’horreur a des fans, mais on le sent marginalisé par l’industrie. On a souvent l’impression qu’en Europe, il y a une plus grande ouverture d’esprit. Est-ce que l’horreur se porte bien en Espagne?

Roberto San Sebastián — Je crois que chaque pays s’imagine qu’ailleurs, l’horreur est en bonne santé et respecté, mais c’est faux. C’est déjà très difficile de faire un film, mais ça l’est davantage s’il s’agit d’un long-métrage d’épouvante. Le défi est encore plus grand si l’on désire réaliser un film cru et «hardcore». L’existence d’un film comme The Night of the Virgin est un miracle. Plusieurs autres productions sont aussi dans notre position, qui se résume à n’avoir le soutien de personne. C’est pourquoi les festivals sont si importants pour des films comme le mien. C’est là qu’on peut trouver un véritable public.

HQ — Qu’est-ce que tu penses d’un cinéaste espagnol respecté par le milieu qui utilise depuis toujours le «trash» dans ses films, comme Pedro Almodovar?

RSS — J’aime beaucoup ses premiers films. Ses plus «trash». J’aime aussi certains de ses plus récents, mais dans les années 1980 et 1990, il était sauvage et sans peur. Il l’est toujours, mais d’une manière différente.

HQ — Dans The Night of the Virgin, tu utilises tous les tabous possibles pour donner des scènes provocantes. Est-ce que tu as eu des problèmes de censure à certains endroits?

RSS — Un de nos plus grands problèmes a été d’obtenir du financement pour faire le film comme je le voulais. C’est la raison pour laquelle on a eu à le financer de manière indépendante. De cette manière, j’ai eu le contrôle créatif entre mes mains. Jusqu’à maintenant, le film n’a été vu que dans des festivals et chacun s’est montré respectueux de mon «final cut». Personne ne nous a demandé de retrancher certaines scènes. Cet hiver le film sortira dans plusieurs pays, en VOD et Blu-Ray et je ne peux absolument pas contrôler ce qu’ils feront du film. Il n’y a rien que je puisse faire s’ils enlèvent des segments, des plans ou encore s’ils changent notre ratio de 2.70.

À Fantasia, les gens ont pu voir The Night of the Virgin comme je l’ai conçu, et la projection était très bonne. Le son était fantastique, et l’image était aussi splendide.

HQ — J’ai apprécié le fait que ton utilisation abondante de «trash» ne soit jamais un piège pour ta mise en scène. Il y a une réelle ambiance dans le film. On ressent un travail au niveau des éclairages, des décors, de certains travelings ou encore de ton choix d’angles de caméra. Impossible de croire que derrière ce désir de provocation, il n’y a pas un réel talent. Voulais-tu éviter cette tendance désolante du film «trash» réalisé n’importe comment?

RSS — Merci. En fait, nous avons mis toute notre énergie à essayer d’offrir un film qui a de la gueule. Chaque angle de caméra, les éclairages, les costumes, les décors, le travail sur le son. Tout est là pour une raison, et je suis très heureux que vous accordiez de la valeur à ses mécanismes. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Disons que plusieurs réalisateurs sont souvent confus quand vient l’idée de faire un film gore à petit budget. Ils s’imaginent que si tout ce qu’ils insèrent dans un film est «trash», c’est acceptable, parce que c’est ce que souhaitent les spectateurs. Ce n’est pas vrai du tout.

Si tu penses à des films comme le premier Evil Dead ou Braindead (Dead Alive), tu es confronté à des œuvres où chaque détail est pensé. Qu’il s’agisse du travail dément de la caméra, du visuel et du montage. Le plus incroyable de ces films n’est pas le gore, l’horreur, ou l’humour, mais le fait qu’il se cache un cinéaste talentueux derrière chacun. Il y a un grand artiste qui prend des décisions.

Parfois ça m’attriste de penser que tout ça a été perdu et que ceux qui s’adonnent à ce type de cinéma ne sont plus réellement intéressés à bien le faire et à transmettre quelque chose de beau. Le mot est paradoxal, mais c’est quand même mon impression.

HQ — Certains critiques pourraient dire que ton film s’imprègne du «torture porn» lors de certains passages. Il y a également certaines scènes assez sexuellement explicites pour qu’on parle de pornographie. Comment ont réagi tes acteurs en lisant un scénario aussi audacieux?

RSS — Quand on lit dans un scénario qu’un personnage se masturbe, personne ne pense qu’on va vraiment montrer un pénis durant la scène. Personnellement, je savais depuis le début que je souhaitais montrer à la fois pénis et vagin. Ça fait partie de l’esprit de mon film, je crois. Je ne suis pas certain que mes acteurs le savaient avant de voir le film, puisqu’on a utilisé des doublures pour ces plans.

Javier, mon personnage principal, a lu quinze pages du script et il m’a immédiatement téléphoné pour me dire qu’il souhaitait faire le film. Il n’a jamais terminé sa lecture. Il découvrait ce qu’il avait à faire dans le film jour après jour, alors tu peux imaginer…

De toute manière, si je l’avais pu, le film aurait été encore plus explicite. Le budget et l’échéancier serré ont fait que je n’ai pas pu présenter les choses de manière aussi explicite que je l’aurais souhaité.

HQ — Dans plusieurs moments du film, on sent une certaine raillerie par rapport à l’idée d’avoir des enfants. On peut même croire que le film ridiculise le concept. Quelle est ta relation avec les enfants?

RSS — Ma relation avec les enfants est compliquée. Par moments, je trouve certains aspects touchants les concernant, mais je ne ressens personnellement aucune espèce d’instinct paternel.

HQ — Peux-tu nous nommer un film qui a inspiré ton travail pour The Night of the Virgin? Il semble difficile de ne pas y voir certaines similitudes avec l’After Hours, de Martin Scorsese.

RSS — C’est amusant que tu mentionnes After Hours, car c’est exactement celui que nous avions en tête Guillermo Guerrerro et moi lorsqu’on a écrit le film. C’était notre référence principale. Nous voulions que notre héros souffre, souffre et souffre encore. Si tu penses au reportage télévisé que l’on voit à la fin, ça traduit encore une extension de cette même idée de souffrance. Même quand tout semble terminé, ça ne l’est pas et notre personnage continue de souffrir.

Niveau inspiration, j’ai aussi puisé quelques idées qui me plaisaient dans certains films espagnols et français des années 1990. Je pense entre autres à Delicatessen, El dia de la bestia ou encore Fotos d’Elio Quiroga, que j’aime beaucoup. Il y a aussi le travail de cinéastes comme Bigas Luna, Jean-Marie Poiré et Juanma Bajo Ulloa. Le film The Birthday d’Eugenio Mira a aussi été un film clé.

De manière plus inconsciente, il y a aussi Sam Raimi et David Cronenberg. Ils sont toujours là dans mon ADN, je crois.

HQ — Après un film aussi juteux, est-ce que tu as des projets aussi délectables? J’espère vraiment que tu comptes rester dans l’horreur un long moment.

RSS — Je travaille sur plusieurs projets qui sont tous des films d’horreur. J’espère que vous pourrez les voir prochainement. On a une excellente idée pour faire une suite à The Night of the Virgin, mais ça serait très dispendieux. L’histoire se déroule au Népal et tout y est encore plus fou que dans le premier. Ce serait un projet très différent. On imagine l’ensemble grotesque, et dégoûtant. Possiblement moins terrifiant, mais avec plus d’action. Une sorte de Ace Ventura: When Nature Calls, mais à la place de Jim Carrey en Afrique, on aurait Javier Bodalo au Népal. Il y aurait plusieurs scènes d’expectoration et de fellations d’animaux sacrés. Tu te rappelles la scène avec le rhinocéros? On pourrait la reprendre, mais avec un vrai rhino qui pourrait donner la vie à Nico. Je ne pense donc pas qu’il sera possible de voir une suite au film, prochainement.


The Night of the Virgin devrait être disponible cet hiver en DVD et VOD. Nous vous conseillons de surveiller sa sortie.

Lisez notre critique du film et consultez notre couverture Fantasia 2017.

 

 

 

 

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