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Gerald's Game: les manipulateurs sont parmi nous
7.5Note Finale
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«Seul dans le noir, on est une porte ouverte, Jessie, et si l’on hurle ou qu’on appelle à l’aide, qui sait quelles choses épouvantables peuvent répondre?»
– Jessie
, version française de Gerald’s Game, Stephen King, 1992.

Gerald’s Game (Jessie, en français) fait partie des romans préférés des fans du maître de l’horreur et certains, en le lisant, se disaient qu’il serait inadaptable en version écran à cause de l’intensité de certaines scènes et du fait que tout se passe dans une chambre à coucher, pratiquement sans autre personnage que sa malheureuse héroïne. En collaboration avec Netflix, le talentueux Mike Flanagan (Hush, Before I Wake, Ouija: Origin of Evil) réussit ici cette tâche difficile.

Jessie et son mari s’en vont au chalet pour la fin de semaine. Parce que Gerald aime bien les jeux coquins, elle accepte qu’il la menotte au lit, mais change finalement d’avis avant de lui asséner un coup de pied qui provoquera une crise cardiaque et l’enverra raide mort au plancher. La pauvre enchainée se retrouve donc avec un cadavre au pied du lit, un chien affamé, de douloureux souvenirs d’enfance qui émergent et un inconnu qui, une fois le soleil couché, vient la visiter.

Carla Gugino, qu’on a pu voir dans The Unborn, Wayward Pines et Sin City, incarne au final une Jessie convaincante, malgré mes appréhensions initiales (trop plastique, trop sexy). Elle porte le film sur ses épaules, jusqu’à se dédoubler pour mieux s’aider à s’en sortir. À mesure que les secrets sont révélés, on se rend compte que les monstres ne sont pas que dans les histoires: oui, ils peuvent se tenir au pied du lit, mais aussi être un père ou un mari. Les hommes ont souvent le mauvais rôle dans l’œuvre de King.

Autre drame féministe portant sur la dure réalité de certaines femmes mal nées ou mal mariées, une partie du film se passe lors d’une éclipse de soleil, en même temps qu’une autre histoire de King, Dolores Claiborne, campée à l’écran avec brio par Kathy Bates en 1995. L’une tente de se débarrasser d’une petite culotte souillée et l’autre, d’un mari aux mains longues; c’est pour cette raison que, cadeau aux fans, elles s’aperçoivent de manière inexplicable dans le soleil masqué. 

L’époux libidineux de Jessie, qui pense que l’utilité de la femme est de garder le vagin vivant et bien au chaud, est joué de façon crédible par Bruce Greenwood (Below), un acteur de Rouyn-Noranda. Henry Thomas (le petit garçon de E .T. the Extra-Terrestrial) campe, dans les retours dans le passé, un papa trop aimant qui oblige sa petite fille (Chiara Aurelia, émotive et très poignante) à porter un bien lourd secret.

Si l’une des scènes clé du livre était difficilement lisable, elle n’est pas plus regardable et les amateurs de sang seront servis. On souffre carrément avec Jessie qui, encouragée par les voix dans sa tête, sait que la mort viendra la chercher si elle ne fait rien et décide enfin de prendre les grands moyens. Cœurs sensibles, s’abstenir.

Sans être parfait ni égaler l’adaptation de Dolores Claiborne, à l’histoire beaucoup plus complexe et inspirée, Gerald’s Game est un petit film agréable à regarder, à la caméra agile et aux fils bien tissés. 113 minutes très vite passées.

Deux bémols: parce qu’il a voulu être très fidèle au roman, la fin semble un peu artificielle et précipitée, et l’ensemble manque de musique, pratiquement absente. Dommage, pour un drame qui, à plusieurs égards, est Hitchcockien par le huit-clos et la tension anxiogène qu’il aurait pu de cette façon amplifier.

Mieux que The Mist et The Dark Tower, mais moins bon que It. Une grosse année pour le King… Attendons maintenant patiemment 1922 et la série Castle Rock!

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