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[Littérature] Résonances: Senécal résonne fort

On attend la sortie de Résonances depuis plusieurs mois, et c’est le moment de foncer chez votre libraire, puisqu’il arrive cette semaine sur les tablettes. Lorsque les arbres perdent leurs feuilles et que les journées raccourcissent, les fans d’horreur savent que tonton Senécal est sur le point de frapper à leur porte pour mettre un pansement sur le deuil de leur saison estivale en leur proposant un bouquin comme seul lui sait en écrire. Que nous raconte ce nouveau livre?

Théodore Moisan, un écrivain dans la cinquantaine, se rend à l’hôpital pour passer une IRM de routine. N’étant pas nécessairement enclin à la claustrophobie, l’épisode devient tout de même particulièrement éprouvant pour lui. Cela dit, les véritables inquiétudes surviennent lorsqu’on l’extirpe de la machine. Tout son univers semble différent, même s’il est en apparence le même.
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Les romans de Patrick Senécal se divisent, en général, en deux groupes: les récits sérieux qui explorent le mal de manière viscéral, et ceux qui le définissent avec une distanciation chez le lecteur grâce à un angle fantastique ou un ton volontairement exagéré, davantage ludique.

Le plus gros défi pour Résonances, qui se place dans cette seconde catégorie, était possiblement de suivre Flots, l’un des récits les plus précis et achevés de l’auteur. C’est comme si après ce majestueux roman de 2021, le lecteur en nous avait été contaminé par une drogue, dont il voulait impérativement et rapidement répéter les effets. Ce qui nous amène à conclure que cette démarche, voulant nous conduire ailleurs, était très brillante de l’auteur. Peu importe ce qui allait suivre Flots, il fallait que ça nous désoriente.

Résonances remet en question la place de l’écrivain, non seulement dans la société, mais aussi face à son propre processus de création. L’auteur y critique avec un ton cinglant tout ce qui se rattache à cette conception romantique du métier d’écrivain. N’oublions surtout pas que l’écrivain possède un grand don pour l’humour noir avec lequel il assaisonne sa lucidité. Pourtant, Résonances traduit aussi sa passion du milieu littéraire.

Si le roman nous fait d’abord l’effet d’être un Aliss au masculin, on comprend très vite, peut-être trop, que l’auteur a une autre idée en tête. Le romancier dit vouloir surprendre ici ses lecteurs, et s’il le fait avec son style, on voit très vite venir son revirement final. C’est pourtant un bien moindre mal, et on suppose presque que l’auteur s’amuse même à nous donner une certaine transparence de sa destination alors que défilent les pages.

C’est la dextérité avec laquelle Senécal met sa trame en place qui happe et s’avère tout simplement délectable. Sa manière de répéter sous différents angles quelques passages donne un ton complètement déjanté à la trame. Quelle idée savoureuse également de raconter en fragments extérieurs à l’intrigue ce qui s’est déroulé durant les ellipses, au lieu de simplement nous les faire subir. On nous indique de la sorte la fourberie que tisse l’univers littéraire sur le monde réel. Il faut aussi admettre que même si la tombée du rideau n’est pas si surprenante, Senécal sait écrire. Lorsque vient le temps des révélations, la forme littéraire avec laquelle sa plume tisse cette finale démontre une grande élégance et devient presque une forme de respect pour ses lecteurs, qu’il juge assez intelligents pour lire entre les lignes sans dessin.

Au final, au moment de refermer le livre, on réalise avoir passé un excellent moment, mais également que le prochain Senécal sera long à attendre.

Note des lecteurs6 Notes
Points forts
le style
Le réservoir de références sur l'oeuvre de l'auteur
Points faibles
La fin prévisible
Aucunement terrifiant
4
Note Horreur Québec
Horreur Québec
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