[Critique] Gretel & Hansel: les yeux plus gros que la panse

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3
Note Horreur Québec

L’année aura été particulièrement ardue pour les fans d’horreur. Tout juste avant la tonne d’annulations au calendrier, gracieuseté du terrible COVID-19, on entamait 2020 avec les productions de bas étage, traditionnellement relayées à janvier par les grands studios — The Grudge et The Turning, si vous voulez des noms. Puis, il y a eu une lueur d’espoir avec le Gretel & Hansel que nous offrait Osgood Perkins (The Blackcoat’s Daughter), un des nouveaux réalisateurs de genre les plus prometteurs de la dernière décennie. Pas de chance, son film n’a pas trouvé de distribution en salle au Québec.

Dans une campagne lointaine et remplie de mystères, une jeune fille conduit son jeune frère dans les bois sombres à la recherche désespérée de nourriture et de travail. Chemin faisant, les enfants tombent sur une chaumière d’apparence réconfortante, mais qui abrite une sorcière aux intentions malveillantes.

Gretel and Hansel affiche filmElle nous arrive donc enfin ici en version numérique, cette relecture de l’histoire classique des frères Grimm, où le personnage de Gretel (Sophia Lillis, IT) est maintenant relayé à l’avant-plan au profit d’un coming-of-age tordu, inversant ainsi les prénoms au titre bien connu. Il faut dire que la production tire son jus de la récente recrudescence du mythe de la sorcière au cinéma, orchestrée par Robert Eggers avec The VVitch en 2015. Gretel & Hansel emprunte un sentier différent qui l’entraîne presque vers sa perte. Presque.

Visuellement, les images proposent un cauchemar sinistre splendide, digne d’un vidéoclip de Nine Inch Nails, à défaut d’effrayer. La caméra déforme les lieux extérieurs et propose des contre-plongées prononcées, accentuant le surréalisme de l’environnement mystérieux, et joue avec les contrastes de couleurs chaudes et froides de manière très alléchante pour l’oeil. Malgré quelques répétitions lassantes (les silhouettes dans la forêt), Perkins prouve qu’il sait bien cuisiner une production tape-à-l’oeil répondant aux critères de sélection hollywoodiens.

Pourtant, le scénario se retrouve aux antipodes d’un divertissement d’horreur grand public. Malgré les visuels, et ses maigres 87 minutes, c’est très (trop?) lentement qu’on dresse la table à des sujets aussi profonds que le passage à l’âge adulte et la féminité. Cette dualité entre l’héroïne et la sorcière (fascinante Alice Krige, Sleepwalkers), exprimée trop peu trop tard, aurait gagné à être approfondie. Lillis nous rend bien la jeune femme forte, mais son interprétation manque pourtant de nuances pour être mémorable.

C’est donc avec un certain détachement qu’on assiste à ce rêve éveillé. La froideur de l’exécution, pourtant aussi tranchante qu’une égoïne effilée, dresse en quelque sorte un mur entre la forme et son propos. Le dénouement survient ainsi et repart de façon prévisible et sans grand frisson, pour nous offrir une conclusion d’usage, qui revisite tout de même la genèse du conte populaire de manière intéressante. Au final, il reste ce festin agréable à regarder, à défaut de pouvoir se remplir le ventre.

Gretel & Hansel est disponible en version numérique à l’achat dès maintenant et sera disponible à la location ainsi qu’en version Blu-ray dès le 5 mai. Le film n’est pas disponible en version française.

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