[Critique] Mindhunter – saison 2: sur la trace des pires criminels

Note des lecteurs1 Note4.2
4.5
Note Horreur Québec

Nait-on criminels… ou le devient-on? Avec license créative, la première saison de Mindhunter s’inspirait du parcours de John Douglas pour retracer les premiers efforts de création d’une unité de profilage criminel de la psychologue Wendy Carr (Anna Torv) et des agents du FBI Holden Ford (Jonathan Groff) et Bill Tench (Holt McCallany) en 1977. Le trio y rencontrait des tueurs en série notoires comme Jerry Brudos et Richard Speck, l’ambition et l’obstination de Ford l’amenant graduellement à dépasser les bornes et à utiliser des méthodes d’interrogation problématiques. L’anxiété étouffait le jeune profileur jusqu’à la scène finale, où Ed Kemper (Cameron Britton) le prenait dans ses bras et déclenchait chez lui une crise de panique paralysante.

La deuxième saison reprend quand Ford reçoit son congé de l’hôpital avec un diagnostic de trouble panique, un trouble anxieux qui provoque des crises fréquentes et intenses, souvent sans déclencheur apparent. La personne atteinte en vient à s’isoler de peur de vivre un épisode en public ou lors de situations qu’elle ne peut contrôler — bref, définitivement pas une condition enviable chez quelqu’un qui gagne sa vie en s’entretenant avec des tueurs en série. Souffrant moi-même de trouble panique depuis environ quinze ans, la représentation réaliste d’un désordre dont on minimise souvent l’impact présentait une agréable surprise. Malheureusement, cet arc est écarté passé les trois premiers épisodes; d’ailleurs les seuls à avoir été réalisés par le producteur David Fincher (Se7en).

De loin l’une des séries dramatiques originales les plus réussies de Netflix, Mindhunter possède une image et un ton retenus, froids et cliniques à des lunes de ce à quoi la renaissance du true crime nous a habitué. Faisant rarement dans le gore et la violence, la série minimaliste nous fascine plutôt par les dialogues à plusieurs niveaux de ses personnages étoffés. Comme dans la première saison, les actes des meurtriers interrogés trouvent leur écho dans la réalité de ceux-ci de façon un peu trop à propos, mais l’ensemble est mené avec tant de conviction et de rigueur qu’on ne saurait rouler les yeux. Cet effet de miroir s’éloigne cette fois de Ford pour se concentrer sur Carr et Tench, éclatant chez ce dernier dans un puissant crescendo ahurissant mettant en vedette nul autre que Charles Manson, de nouveau superbement interprété par Damon Herriman (Once Upon a Time in Hollywood).

Mindhunter observe sans broncher notre fascination envers les tueurs en série; il faut admettre que le spectateur déjà familier avec les enquêtes au coeur de la série ressentira sans doute une certaine satisfaction à «deviner» leur tournure, mais les événements ne perdent jamais leur impact. Soulignons l’effort de la série pour traiter ces cas réels avec respect, par exemple en tout ce qui a trait au BTK, un tueur actif entre 1974 et 1991, que John Douglas n’a jamais réussi à coincer (à lire: Inside the Mind of BTK). Sans être diluée, l’atrocité de ses meurtres est décrite dans le souci de ne pas tomber dans le sensationnalisme. Une scène puissante se déroule dans une voiture, les agents tournant le dos à un survivant qui souhaite conserver l’anonymat. La caméra respecte son souhait en laissant son visage dans le flou, donnant à l’ensemble un effet surréaliste.

Cette saison s’engage en eaux sociales et politiques en se rapprochant de Carr, qui débute une nouvelle relation amoureuse qu’elle doit garder cachée. Si l’homosexualité vient d’être retirée du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, nous rappelle-t-on, elle est loin d’être acceptée. La psychologue ne reçoit également pas le même traitement que ses collègues masculins. Mindhunter ne craint pas de parler de racisme non plus. Impossible de ne pas aborder le sujet dans une saison qui traite d’une abominable histoire vraie: celle du meurtre de près d’une trentaine d’enfants de race noire à Atlanta.

Les profileurs sont souvent idéalisés dans les médias, même si de plus en plus de gens affirment que le profilage criminel serait une pseudoscience. Combinée à des méthodes d’interrogation agressives (et notons que Ford et Tench exercent une dynamique bon cop bad cop plutôt agressive), cette branche de la psychologie criminelle serait à risque de diriger les enquêtes dans la mauvaise direction ou d’arracher de fausses déclarations.

Vous n’êtes pas certain de croire en sa pertinence? Bonne nouvelle: Mindhunter nous prépare trois autres saisons. Vous avez le temps d’y penser.

 

Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.