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[Critique] « Out of Darkness » : survivre à l’indicible où les monstres ne sont parfois pas ceux que l’on croit

D’abord, l’aspect inhabituel du contexte de Out of Darkness intrigue, malgré la simplicité de la prémisse. On se dit : enfin un long métrage affranchi de toute technologie, misant sur la sauvagerie de la race humaine. Un film de peur sous-titré (car dans une langue inconnue) avec en son cœur la survie en mode thriller? Une bande-annonce remplie de mystère qui transpire la terreur? Une œuvre horrifique (avec du cannibalisme?) sortant enfin en salles — dès aujourd’hui — et qui n’est même pas une suite?

Il faut savoir que le tournage de ce concis long métrage (82 minutes avant le générique) s’est déroulé en pleine COVID au cours de l’automne 2020, pour finalement être présenté à la fin de 2022 au BFI London Film Festival et faire la tournée des festivals. En plus, le réalisateur Andrew Cummins était épaulé pour son tout premier long métrage d’un power trio ayant bossé sur Saint Maud, soit le producteur Oliver Kassman (et co-auteur de la prémisse avec Cummins), le directeur photo Ben Fordesman et le compositeur Adam Janota Bzowski.

Dans cette (pré)histoire se déroulant il y a 45 000 ans, nous suivons une tribu primitive, composée de deux jeunes femmes (l'une enceinte et docile, l'autre juvénile et libre) et de quatre mâles, tous très typés. D'un côté, on a un sage fatigué et un gamin naïf, et de l'autre, le mâle alpha (et papa de ce dernier), un leader chasseur-protecteur, mais violent, et son pleutre de second. Lorsque le cadet disparait dans l'obscurité, emporté par une invisible entité, l'effroi et la panique s'emparent rapidement du clan et tout fout le camp.
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Sur papier, Out of Darkness sonne plutôt bien, surtout que le récit expose également des enjeux de société, tels que le traitement injuste de la femme versus la masculine toxicité, des maux qui semblent affliger notre monde depuis l’éternité, tout comme la loi du plus fort et la cruauté de la chaîne alimentaire. Crânes et ossements d’animaux, de même que de justes performances de la distribution en prime.

Grâce en partie à des hurlements inhumains et surtout des musiques anxiogènes à saveur tribale, à la fois inquiétantes et haletantes, on est tendu·e·s en quasi continu. Alors que par moment, on tombe un instant en mode contemplatif, lorsque la caméra prend son temps, balayant doucement de nobles paysages, reluquant montagnes majestueuses et forêts luxuriantes, débordantes de rivières, lacs et autres arbres centenaires. C’est beau l’Écosse pareil — oui, c’est bien là-bas que Out of Darkness a été filmé, non loin de Gairloch.

D’ailleurs, les contre-plongées en vol d’oiseau à la The Shining en jettent solide, magnifiant des environnements vierges de toute empreinte humaine, nous rappelant du même fait que notre saloperie d’espèce a depuis ces temps immémoriaux hélas violée éperdument cette chère Dame Nature sans consentement.

De plus, quelle belle image que de démarrer le tout avec notre petit groupe se racontant des histoires sur le bord du feu de camp, car c’était comme ça, bien avant qu’on sache écrire des romans, hein. D’ailleurs, il y a aussi un clin d’œil fort sympa aux premiers balbutiements du cinéma (on vous laisse le découvrir).

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À voir en salles?

C’est indéniable que Out of Darkness doit être magnifique sur grand écran. Pourtant, bien qu’il en soit ressorti certes diverti, votre scribe n’a tant pas une folle envie de le recommander pour autant. Peut-être est-ce de la faute à Prey, cette brutale et ô combien jouissive relecture — en mode préquelle féministe — du classique de l’action horrifique qu’est Predator (on en profite par ailleurs pour saluer au passage Carl Weathers qui vient de nous quitter). Ou encore The Descent, sans claustrophobie et nyctaphobie, ni les chauves-souris géantes-mais-pas-volantes, car on va se le dire : Out of Darkness est pas mal moins généreux en termes d’effets spéciaux et chocs, misant plutôt sur l’ambiance et la suggestion.

Le film opère un peu comme The Blair Witch Project, qui nous avait jadis foutu une belle râclée avec sa caméra nerveuse (c’est le cas aussi, par moment, pour augmenter la tension) et sa menace intangible jamais montrée. Ici, toutefois, on finit par enfin la révéler avant sa finale en forme de coup de poing au ventre. Bref, ce récit de survie plutôt bien ficelé ne brille pas assez, faute d’originalité, sa prémisse empruntant des sentiers déjà bien tapés (égoïsme et trahisons pour sauver sa peau) pour se rendre à ce lieu commun, qui veut que les monstres ne soient parfois pas ceux que l’on croit (vous verrez).

Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
de récits de survie en nature
de femmes fortes qui ne s’en laissent pas imposer
de films sauvages sans fusils ni aucune trace de technologie
3.5
Note Horreur Québec
Horreur Québec
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