[Critique] The Invisible Man (2020): l’essentiel est invisible pour les yeux

Note des lecteurs4 Notes
3.5
Note Horreur Québec

Peinant à croire que le conjoint violent à qui elle vient d’échapper s’est suicidé, une jeune femme subit une série d’incidents étranges qui la font lentement croire qu’il rôde autour, même s’il n’est aucunement visible.

L’idée de The Invisible Man a subi, depuis le chef-d’œuvre de James Whale, plusieurs tentatives qui se sont avérées peu concluantes. John Carpenter en avait tiré une version humoristique avec son Memoirs of an Invisible Man, acceptable sans être mémorable, alors que Paul Verhoeven nous avait pondu le trop superficiel Hollow Man (qui gagne cependant à être vu dans sa version Director’s Cut). Après l’échec cuisant de The Mummy, Universal avait découragé la plupart des fans avec leurs vieux classiques. Voulait-on vraiment voir une autre merveille cinématographique d’antan passer sous le radar d’une pareille mise à jour?

C’est au tour du cinéaste Leigh Whannell (Insidious: Chapter 3, Upgrade) de tenter sa chance avec les thèmes soumis par H.G. Wells. Proposant une ouverture à la Sleeping with the Enemy, il enferme immédiatement son spectateur dans un climat d’angoisse et propose une première heure à couper le souffle. Disons-le, on frôle ici le sublime et on se dit qu’on aura enfin droit à un film d’horreur digne de ce nom. Le long-métrage se délaisse même de son carcan de série B, et réussit son rehaussement sans le moindre bémol.

Invisible Man 2020 affiche filmOccultant complètement le personnage de l’homme invisible, l’attention est ici portée à son opposante. Bien sûr, la voix caverneuse de Claude Rains, qui réussissait à être présent dans le film original uniquement par sa voix, nous manque un peu. On oublie aussi les bandages de momie, malgré un clin d’œil, qui avaient forgé la mythologie de ce personnage iconique, mais ce subterfuge pour varier une formule plus éculée se pardonne assez vite. La caméra traque, scrute et dissèque le moindre comportement de l’actrice Elisabeth Moss (Us), qui semble être née pour jouer les victimes perturbées. Souvent seule à l’écran — son adversaire étant imperceptible pour nos yeux — la comédienne offre une vigoureuse interprétation. Whannel fait du monstre un personnage secondaire et nous montre ses assauts avec des trucages de la vieille école. On pourrait presque dire qu’il le fait d’une manière minimaliste. Pour une fois, l’objectif ici n’est pas de proposer un étalage d’effets spéciaux.

Le cinéaste prend aussi le temps d’étudier ses personnages et le scénario met en scène certains passages touchants entre la victime et ceux qui l’hébergent. La mise en scène plus dépouillée ne manque toutefois pas d’expression. Cette dernière est adroitement ponctuée de scènes d’horreur efficaces, dont certaines passeront à l’histoire. La simplicité remporte la mise. Pas besoin de voir l’assaillant pour le trouver terrifiant; l’essentiel, c’est de nous faire croire.

La seconde partie du film, qui délaisse l’horreur pour plonger davantage dans la science-fiction ne se gêne pas en revanche pour instaurer quelques éléments plus racoleurs, qui ne résistent aucunement à la synthèse mentale qu’on peut se faire par la suite. Une scène dans un asile pastiché sur Candyman et une finale honteusement prévisible peinent à faire leur marque. C’est comme si le film changeait subitement de metteur en scène et ce changement de ton est d’autant plus douloureux qu’on frôlait jusqu’ici une œuvre exceptionnelle. Pourtant, cette baisse de registre n’est aucunement critique, puisque les quelques développement plus chaotiques ne suffisent pas à faire chuter l’ensemble.

Au final, un bon petit film qui a frôlé de trop près la perfection pour la laisser aller si vite, mais qui demeure divertissant.

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