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Suite à sa découverte récente du roman Des visages et des morts publié aux Éditions de Mortagne, Horreur Québec y a perçu un auteur qui allait forcément laisser sa marque dans le décor du thriller policier. Nous avons donc eu envie d’en découvrir plus sur cet artiste, Mickaël Koudero, originaire de la France et maintenant établi à Montréal, qui a eu la générosité d’accepter de nous parler:


Horreur Québec: Ton roman Des visages et des morts se lit en un clin d’œil tellement tu es doué pour happer le spectateur. On y découvre tellement de trouvailles littéraires qu’on s’interroge immédiatement sur ton processus de création, mais aussi sur la durée d’écriture. Peux-tu nous en parler?

Mickaël Koudero: Je suis à la base scénariste. J’ai travaillé sur plusieurs séries en France. Cela doit se ressentir. Chaque fois que j’écris un texte, je pense en fonction d’une adaptation en série ou d’un film. J’essaie d’être le plus visuel possible, mais aussi de ne pas me perdre dans des détails. On sait tous, par exemple, à quoi ressemble une prison. Nous avons tous des références en tête.

Je me documente durant deux à trois mois avant d’écrire. J’essaie de me familiariser avec les événements. Je n’écris jamais avec un plan à l’avance. Si tout est défini au départ et que j’ai l’impression d’avancer dans une espèce de couloir, je risque de m’ennuyer. Je veux me surprendre moi-même en écrivant. Si je réussis, j’imagine que le lecteur le sera tout autant. Cela me force souvent à aller vers des idées que je n’avais pas au départ et que je n’aurais certainement pas eues avec un plan de travail établi à l’avance.

C’est un processus d’environ neuf mois et je tente d’écrire environ cinq à six heures par jour. Je remue le livre dans ma tête comme un film. En me couchant le soir, je me repasse l’ensemble, comme sur un écran. Ensuite, c’est plus facile d’y ajouter des choses.

HQ: Comment en es-tu arrivé à cette idée d’insérer plusieurs détectives, mais aussi plusieurs coupables, comme on peut le lire sur la couverture?

MK: Je connais un peu les classiques du thriller. Souvent, il n’y a qu’un seul tueur. L’épisode Magnotta m’a marqué: il a tué pour être célèbre. C’est un motif tellement simple et évident. J’ai aimé aussi l’idée de gens qui se rassemblent pour le mal. Au lieu d’aborder simplement le concept de tueur en série, celui-ci est devenu une série de tueurs. Ça m’a permis d’insérer plusieurs enquêteurs. Le challenge était de tout rendre limpide. C’est-à-dire qu’ils ont tous un passé différent. Ce qui devait être clair également, c’est comment les tueurs ont pu se rassembler.

HQ: Tu abordes les enjeux de la vie de couple, mais aussi la désillusion artistique, l’industrie du sexe, l’amour-propre, mais tu nous éblouis littéralement en reprenant cette figure du meurtrier imitateur. Quel a été le premier thème à germer dans ta tête?

MK: J’ai essayé d’ancrer mon roman dans la réalité et d’avoir un motif si évident qu’il nous mettait sur la touche. La solitude, la désillusion. C’est quelque chose qui nous touche une fois au moins dans notre vie. J’étais aussi fasciné par l’appel du sang, simplement.

En public, on porte tous un masque. De nos jours, je crois qu’on s’intéresse plus à la forme qu’au fond. Tout va trop vite. Mes meurtriers sont en colère parce qu’on ne s’est pas intéressé à eux. À ce qu’ils étaient réellement.

Le personnage de Laura Esposito est influencé dans son travail par sa vie privée. Il y a ce poids de la vérité entre ce qu’on veut et ce qu’on peut faire.

HQ: Le roman est bon dans sa totalité, mais ce qui m’a particulièrement impressionné, c’est l’importance des dialogues. Avec le ton, la syntaxe et le choix de mots, les répliques surpassent leurs mandats habituels de paroles, mais font que ton style devient très cinématographique. On dirait que les dialogues contiennent implicitement les didascalies qu’on peut voir dans un scénario. Est-ce que cette démarche était volontaire?

MK: Oui. Les dialogues sont importants pour moi. Ils donnent du rythme, et permettent d’enchaîner ou de relancer l’histoire. Je crois qu’ils peuvent avoir plus d’impact que de longues descriptions.

HQ: J’aimerais que tu nous parles de la superbe bande-annonce tournée pour ton roman. Est-ce que c’est toi qui as eu l’idée de cette stratégie?

MK: (rires) C’est une idée de Les éditions de Mortagne. Ils ont eu l’idée d’une bande-annonce pour promouvoir le livre. Je l’ai trouvée très réussie. On tente toujours, en tant qu’écrivain, d’avoir une distanciation. J’ai vu mes personnages joués par des acteurs et j’avais la fierté de me dire: «C’est moi qui ai écrit ça». Les Éditions de Mortagne souhaitent lancer leur collection Thriller.

HQ: Dans ton roman, il y a certes une référence à la mythologie grecque, notamment face à cette figure d’Érostrate. Tu souhaitais l’inclure dès le départ, ou c’est venu à toi par la suite?

MK:  Je suis tombé sur l’histoire d’Érostrate. Il a tué pour ne jamais tomber dans l’oubli. Pour beaucoup, il reste le premier criminel de l’histoire. Quelque part, il y a une sorte de rapport à la vie dans son geste. Je trouvais que ça concordait parfaitement au sujet de mon roman.

***

HQ: Depuis quand est-ce que tu t’adonnes à l’écriture?

MK: J’ai commencé à écrire à 12 ans. Par la suite, j’ai fait de la réalisation et du montage vidéo avant de travailler comme scénariste pour la télévision française. Cela fait longtemps que je souhaitais écrire un roman. Jusqu’à présent, je crois que je n’avais pas la maturité nécessaire pour me lancer dans un tel projet. C’est en 2015 que je me suis lancé sur l’écriture de ce roman.

HQ: Aimerais-tu voir ton roman adapté pour le cinéma? Quel cinéaste aimerais-tu voir aux commandes?

MK: Je vais bientôt me concentrer sur son adaptation scénaristique. On verra ce que ça donnera, mais j’envisage une série de huit épisodes. La division des chapitres se prête naturellement bien à cela, je trouve. La dynamique, également, me semble plus appropriée à une série. Par exemple, mon second roman est plus long et linéaire. Il tend plus vers une adaptation au cinéma.

Maintenant à savoir qui j’aimerais aux commandes, c’est une bonne question. Olivier Marchal, Mathieu Kassovitz Ou Florent Emilio Siri, pour la réalisation.  Au niveau des acteurs, je vois Lionnel Astier dans le rôle de Adami, Marie Gillain en Laura Esposito et Eric Bruneau dans le rôle de Milan Dacourt. Un français, une belge et un québécois! Ce serait parfait!

HQ: Ta connaissance des codes du roman policier laisse croire que tu en es passionné. D’où vient cette passion?

MK: Je crois que ça date de 2004. J’ai découvert le roman La ligne noire de Jean-Christophe Grangé. Je l’ai dévoré en deux jours. Grangé est vite devenu ma référence. C’est en lisant ses romans qu’est réellement née mon envie d’écrire du thriller. Cela dit, ce qui me plaît avec le roman policier, c’est qu’on peut y parler de tout. Autant de passion, d’amour, de haine que de vengeance. C’est un carrousel de sentiments.

HQ: Est-ce que tu pratiques d’autres arts que l’écriture?

MK : J’ai fait de la réalisation et du montage vidéo. Aujourd’hui, je ne m’adonne qu’à l’écriture (romancière ou scénaristique).

HQ: Quand on découvre un roman comme Des visages et des morts, on se dit qu’il faudra suivre un tel écrivain. Est-ce que tu as des projets d’avenir?

MK: Merci beaucoup. Je termine tout juste l’écriture de mon prochain roman. Il se déroule entre Paris, la République Tchèque et la Roumanie. Il va parler d’endoctrinement, de révolution roumaine, de cannibalisme.

***

HQ: Ton roman semble avoir un pied ancré dans le genre cinématographique. Tu t’amuses même à comparer ton vilain à John Malkovich. Peux-tu nous nommer six vilains qui te font peur?

MK:

  1. Jack l’Éventreur
  2. Hannibal Lecter
  3. Freddy Krueger
  4. Micheal Myers
  5. Gilles De Rais (j’ai très envie de le placer au centre d’un futur roman. Ça se fera, un jour ou l’autre.)
  6. Kevin Spacey, dans son rôle de John Doe (Se7en)

Nous vous invitons à découvrir le roman de Mickaël Koudero, Des visages et des morts, disponible en librairie depuis le 1er novembre 2017.

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