[Entrevue] Construire le crime parfait avec l’auteur canadien Rick Mofina

Rick Mofina est un auteur de thrillers admiré dans pas moins de trente pays. Son expérience de journaliste criminel transparaît dans ses écrits et explique probablement la renommée de ses romans.

Alors qu’il était de passage au Salon international du livre de Québec pour faire la promotion de son roman L’Ange (En)volé, paru récemment en français chez Alire, Horreur Québec a décidé d’aller rencontrer celui dont James Patterson, Dean Koontz et Michael Connelly ont vanté le talent:


Horreur Québec: Vous êtes un peu le Mary Higgins Clark du Canada et à plusieurs niveaux, on peut relier vos histoires avec les siennes. Est-ce une association gratuite de la part d’un lecteur ou si son œuvre vous a influencé?

Rick Mofina: Quand j’étais à l’université, je me souviens avoir pris une pause des livres éducatifs pour me plonger dans un de ses romans. Je crois que c’était son premier ou son second et j’ai trouvé ça très bon. Quand on soupçonne qu’elle a fait une erreur quelque part, on retourne aux pages précédentes pour constater que tout se tient. Je crois, qu’effectivement, c’est resté avec moi. J’ai aussi lu l’un des premiers romans de James Patterson qui traitait de l’immaculée conception et je crois que ces intrigues sont demeurées en moi.

Quand j’ai commencé à écrire, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. J’envisageais plus le fantastique et l’horreur. J’ai gardé Mary Higgins Clark en tête et je suis devenu un reporter de crime. J’ai vu mon premier cadavre, également. J’ai aussi lu Michael Connelly, qui décrit bien l’envers du journalisme.

Vous savez, l’idée qui s’est mis à germer dans mon esprit était que plusieurs romans qui tentaient de dépeindre le milieu du journalisme le faisaient mal. Ensuite je me suis lié d’amitié avec un détective.

HQ: Le magazine Library Journal dit de vous que vous êtes l’un des plus grands auteurs de thrillers du monde littéraire. Vos romans sont lus dans 30 pays et sont traduits dans une dizaine de langues. Est-ce que cette forme de succès planétaire a changé quelque part votre approche de l’écriture?

RM: Oui et non. On apprend toujours dans la vie. On peut essayer d’anticiper ce que les lecteurs recherchent et tenter de leur donner. On peut facilement lire les commentaires et ça peut permettre d’apprendre certains éléments, mais quelque part, il faut trouver sa propre voix. On peut toujours s’améliorer et polir son style. On essaie de s’améliorer de livre en livre.

Quand vous écrivez dans un genre, si on vous dit qu’on aime moins votre tentative de faire quelque chose de différent, c’est tentant de vouloir revenir pour plaire à nouveau. J’ai écrit un roman fantastique pour enfants disponible seulement en e-Book et certains de mes lecteurs m’ont dit qu’ils préféraient mes autres romans.

HQ: Parmi vos personnage de journalistes, on retrouve Tom Reed, Jack Gannon, Jason Wade et maintenant Kate Page. Vous dites vous-même qu’ils s’inspirent tous de votre carrière de journaliste criminel. Lequel vous ressemble le plus?

RM: Ils le sont tous. Ils sont moi et sont aussi des fragments de personnes que j’ai rencontrées. Pour Kate Page, je voulais changer le sexe de mon enquêteur et il y a tellement d’excellentes femmes reporters.

HQ: Vous avez parlé avec des meurtriers qui étaient dans le couloir de la mort, un peu avant leur exécution. Est-ce que ça change la perspective d’un auteur qui justement en invente sur papier?

RM: C’est différent, je crois. Les coupables que l’on rencontre dans ces situations sont souvent blasés. Dans la plupart des cas, ce sont des personnes qui essaient d’imposer une image d’eux-même. Une fois, j’étais face à l’un d’eux, pour une entrevue, et je venais tout juste de m’entretenir avec les proches de ses victimes. J’essayais de faire mon travail et c’était difficile d’oublier ce qu’il avait fait. J’avais des questions pour lui. Et je me souviens qu’il m’a confié quelque chose de terrifiant. Il m’a dit que ses victimes venaient le hanter dans sa cellule et lui parlaient. Qui aurait pu penser une telle chose? Victor Hugo peut-être, mais certainement pas moi.

Je n’ai jamais pu assister à une exécution. J’avais inscris mon nom pour le faire, mais ce n’est pas arrivé. Les responsables m’avaient vu quelques fois lors d’entrevues, et ils m’ont demandé si je voulais vivre avec eux les étapes protocolaires d’un condamné, pour me faire une idée de la chose. Ils m’ont traité comme un condamné et c’est une expérience qu’on n’oublie jamais. Je n’oublierais jamais cette odeur intense qui me rappelait celle des rubans adhésifs médicaux que les joueurs de hockey utilisent souvent.

Mais pour te répondre toutes ces expériences ont nourri mes livres.

HQ: Pensez-vous recevoir moins de considérations en tant qu’auteur parce que vous vous dedié dans le «thriller hardcore» que si vous écriviez par exemple de la poésie ou un autre genre? Patrick Senécal nous disait en entrevue que c’était mieux qu’auparavant, mais que le snobisme existait encore. Comment le ressentez-vous de votre côté?

RM: Le snobisme est encore là, même s’il change effectivement. C’est un sujet qu’on aborde souvent lors de conférences ou tables rondes. Certains lèvent le nez sur tout ce qui touche au genre. Qu’il s’agisse de romance, de western, de science-fiction, de fantasy ou d’horreur, on ne voit pas souvent surgir un prix Nobel. Ma théorie est que si un auteur construit un roman avec une histoire, les gens voudront tourner les pages et savoir ce qui se passe.

Un bon livre est un bon livre. Crimes et châtiments de Dostoïevski est un excellent thriller psychologique. Les textes d’Edgar Allan Poe sont excellents même s’ils sont sombres. Si un lecteur ne peut pas dormir la nuit car l’adrénaline lui fait tourner les pages de l’histoire qu’il veut découvrir, c’est une preuve de succès. Quand une histoire nous captive, c’est peu important de savoir si elle vient d’un palais ou d’une caravane.

HQ: Vous êtes au Québec pour nous parler du premier roman de la série Kate Page, qui vient de paraître en français, mais vous avez déjà écrit quatre romans avec elle en anglais. Est-ce que c’est bizarre d’être ici pour un roman qui est paru pour la première fois en langue anglaise, il y a cinq ans?

RM: Un peu, mais c’est intéressant. Alire a les droits des autres romans. Je crois que le second est traduit et devrait être publié autour de novembre. Je crois que la traduction du troisième va commencer sous peu, donc les lecteurs peuvent probablement l’attendre en 2020. Après la série, nous verrons. S’ils ne se sont pas lassés des reporters, peut-être voudront-ils acheter les droits des Jack Gannon.

HQ: Dans L’Ange (En)volé, l’horreur survient dans un état de chaos complet, puisqu’un crime est commis alors que survient une tornade.

RM: J’aimais l’idée de marier ces deux types d’horreur. Je n’ai pas couvert directement ce genre de catastrophes en tant que reporter, mais j’ai effectué beaucoup de recherches.

HQ: Vous mentionnez en avoir terminé avec Kate. Faut-il s’attendre à voir surgir un nouvel enquêteur très bientôt?

RM: Je suis en train de débuter une nouvelle trilogie sur un reporter qui se nomme Ray Wyatt. C’est similaire à Kate Page, je dirais. Wyatt part en vacances avec sa famille et un incendie survient dans son hôtel. Sa femme et son fils sont déclarés morts, mais il devient obsédé par l’idée que son fils a survécu.

HQ: Il faut également parler du fait que vous avez publié des thrillers chez Harlequin, qu’on peut difficilement dissocier de ces romans à l’eau de rose. Est-ce que cette association peut décourager un lecteur de découvrir ces livres?

RM: Ça a souvent été problématique aussi pour eux quand ils ont essayé de vendre des romans plus sanglants. Mais vous savez, Harlequin est une très grosse entreprise et ils permettent aux romans d’avoir un accès dans certains gros magasins comme Walmart. Dans un présentoir, il y a toutes ces histoires d’amour et pas très loin, on retrouve mes livres. Harlequin avait établi la collection Mira quand je suis allé avec eux. Ils ont acheté les droits d’auteur reconnus et y présentent des thrillers surprenants pour leur réputation.


Nous encourageons nos lecteurs à découvrir à découvrir ce prolifique auteur et espérons pouvoir découvrir très bientôt ses nouveaux romans en français.

Crédit photo: Michael Mofina
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