Entrevue SuperGrid, cinéma canadien et WolfCop avec le cinéaste Lowell Dean

Le cinéaste canadien Lowell Dean (WolfCop, Another WolfCop) est de retour cette année avec le post-apocalyptique SuperGrid, présenté récemment en ouverture du dernier festival Blood in the Snow et disponible dès aujourd’hui en vidéo sur demande!

On en a profité pour discuter avec le réalisateur de son rapport au cinéma de genre canadien, ses liens avec les Premières Nations lors du tournage, et évidemment, pour tous les fans, du futur de la saga WolfCop!


Lowell Dean: Les retours sont bons! Le film a déjà été projeté dans quelques festivals. Le premier a été Calgary (Calgary International Film Festival), ensuite Saskatoon (Saskatoon Fantastic Film Festival) et enfin Blood in the Snow. J’ai moi-même été à Calgary et, évidemment, à Blood in the Snow, et le consensus était plutôt positif.

C’est un film assez différent de ceux que le public à l’habitude de me voir tourner et c’est amusant d’observer la réaction des gens. Je crois que les spectateurs l’apprécient, mais le film est clairement moins ridicule que les autres trucs que nous avons faits par le passé. [rires]

HQ: Vous avez même reçu le prix de la meilleure cinématographie lors du BITS 2018!

LD: Oui! Michael Jari Davidson était notre directeur photographie. Son travail a été reconnu et je ne pourrais pas en être plus heureux. Il était facilement le plus grand supporter du film. Ça lui tenait à cœur et il a tout fait pour que tout se passe bien. Ça a été un projet difficile à mettre au monde pour toute l’équipe et le voir récompensé me fait très plaisir.

HQ: Vous parliez du fait que le film est assez différent de vos précédents. Ce que je trouve bien avec SuperGrid est que vous avez réussi à créer un univers complètement unique en utilisant des décors, acteurs et collaborateurs qui seront familiers pour ceux qui ont suivi votre filmographie. Cette aura d’attente en lien avec la saga WolfCop était elle pesante étant donné le ton du film? Aviez-vous peur de la réaction de certain fans?

LD: Je n’avais pas réellement peur de la réaction parce que, au final, on doit juste baisser la tête et foncer. Ce n’est vraiment pas de l’égocentrisme, mais quand je démarre un projet, je ne pense qu’à ce que je veux qu’il devienne. Je crois que si on perd trop de temps à penser aux autres on n’arrivera qu’à produire une sorte de mélange informe qui ne plaira à personne.

Tout ce que je savais, c’est qu’après deux WolfCop, j’étais prêt à essayer quelque chose d’un peu plus sérieux, d’un peu plus senti et, comme j’avais toujours le filet de sauvetage de toute mon équipe ayant travaillé sur mes autres films, nous nous sommes dit collectivement: «Ok faisons quelque chose de plus sincère avec une certaine vision. Nous pouvons toujours être “ridicules” et mettre de la violence et de l’humour, mais essayons quelque chose d’un peu différent!»

J’espère que le public nous rejoindra, car on ne peut pas faire toujours la même chose encore et encore. Autant je veux voir d’autres WolfCop, autant je veux aussi avoir une carrière qui va au-delà de ça et qui touche à différents genres et tons avec mon propre style.

HQ: D’ailleurs SuperGrid est intéressant car il réussit à partir du genre post-apocalyptique, essentiellement un genre australien et américain, à avoir une saveur purement canadienne. Cela passe, entre autres, par votre choix d’inclure un groupe de Premières Nations dans votre univers. D’ailleurs, comment s’est passé cette rencontre avec eux? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’importance de leur place dans le film?

LD: En fait, c’est une très bonne question! L’aspect d’inclusion des Premières Nations est devenue très rapidement importante pour moi et heureusement, les producteurs ont pu nous le permettre, car on veut toujours intégrer une certaine réalité quand on tourne et nous nous sommes dit: «Hey, c’est la Saskatchewan! Qui sont les communautés qui survivent dans le grid et qui s’en sortent dans ces conditions?». Comme une très grande partie de la population de Saskatoon est issue des Premières Nations, il aurait été bizarre de ne pas y faire référence et de ne pas savoir ce qu’ils font. On s’est dit que comme ils sont déjà en quelque sorte écartés du système en vivant dans des réserves en Amérique du Nord, ce serait bien de voir ce qu’eux font quand la société occidentale s’écroule… Donc le fait que ce sont eux qui s’en sortent le mieux et qui arrivent, peut-être, le plus près de produire un remède à la maladie est une approche qui nous semblaient organique et justifiée!

Par rapport au casting, nous avons travaillé avec un professionnel, Rueben Martell, et c’était notre expert pour trouver les bons acteurs. Il est lui-même issu des Premières Nations et a des liens avec les communautés. Il a donc lui-même été avec des membres de notre équipe dans des réserves pour rencontrer les gens. Nous avons même pris part à une cérémonie de tente à sudation qui est une expérience très intense que je ne connaissais pas avant. C’était vraiment une rencontre très enrichissante et spirituelle. À la fin, ils ont accepté de participer et ont beaucoup apporté au film! J’espère qu’ils ont autant apprécié que nous.

HQ: Vous disiez que le film avait été difficile à mettre au monde. Ce n’est pas un secret que vous avez dû composer avec un très très petit budget pour le genre de film que vous avez tourné. Comment cela se matérialisait concrètement? Avez-vous dû sacrifier certaines scènes en vous disant: «Comment est-ce que je vais pouvoir tourner ça?»?

LD: Chaque jour! [rires] Ce budget était honnêtement à l’origine de ma plus grande hésitation par rapport au film, mais heureusement j’y suis allé avec les yeux ouverts après mes précédents projets. Je n’y suis pas allé les yeux bandés: j’étais plutôt le vétéran sage qui savait dans quoi il se lançait et quels problèmes allaient se pointer! Mais je savais que si nous tournions ce film en 17 jours, avec ce script, même en le réduisant à moins de 90 pages, j’allais être celui qui devra constamment répéter que, même si ça n’a pas l’air si terrifiant sur papier, nous allons être en mode survie avec ce projet. Même en réduisant cinq scènes d’action à trois et en préparant chaque scène selon les moindres détails, on ne pouvait se permettre que quelqu’un fasse la moindre erreur ou qu’un accessoire cloche, car on ne pouvait absolument pas perdre notre journée. Nous étions à ce point serrés: je devais pouvoir me retourner et tout de suite enchaîner sur une autre scène à tourner si cela arrivait. Quitte à modifier certains de nos plans.

HQ: D’ailleurs, en lien avec cela, que pensez-vous du cinéma canadien en ce moment et plus précisément de la manière dont on tourne ici? Par rapport au cinéma de genre en particulier, croyez-vous que ce soit une bonne période?

LD: En fait, non. Je crois que la manière dont on fait des films en ce moment est profondément «brisée», et j’imagine que cela dépend de ce que vous souhaitez accomplir quand vous créez un métrage, mais je crois que tout le monde veut créer quelque chose qui passera l’épreuve du temps! Quelque chose qui fera en sorte que les gens dans dix ans se diront: «Hey regardons ce film en particulier!». Donc l’idée de mettre des années de préparation pour imaginer un projet et d’ensuite le tourner en 17 jours en se disant: «Ça donnera ce que ça donnera», je n’aime pas cette approche du tout. Je pousse toujours pour plus de temps et je ne l’obtiens pas toujours, donc je pense qu’on est obligés de trouver du temps où on peut comme dans le montage et la post-production. Mais je crois qu’il y a de meilleures façons de faire du cinéma. J’essaie de penser «outside the box» pour mon prochain film, parce que ce n’est pas vraiment possible de continuer à soutenir que l’on puisse faire un film qui soutienne la comparaison avec Hollywood en 17 jours!

HQ: Il y a quelques mois, Netflix a annoncé un partenariat avec le gouvernement canadien et des investissement dans la création. Envisageriez-vous faire un film pour une plate-forme de streaming si vous aviez l’occasion?

LD: Certainement! Mettez-moi en contact avec eux si vous les connaissez! [rires] Je crois que le monde du cinéma est en train de changer, mais mon plus gros souci est de créer des trucs que les gens pourront voir. Je pourrais pleurer toute la journée car mes films ne sont pas vus au cinéma, mais à la fin, tout ce que je souhaite c’est que les gens puissent connecter aux idées et aux émotions que j’essaie de transmettre. Donc si Netflix me donnait un budget et que la seule condition était que ce soit disponible sur leur site, je le ferais sans hésiter. Mon but est que les gens voient mon travail.

HQ: Pour terminer, puisque nous sommes sur Horreur Québec, nous aimerions savoir: maintenant que vous avez touché à la comédie avec vos deux films de loup-garous ainsi qu’à l’action avec celui-ci, y-a-t-il d’autres styles que vous aimeriez mixer avec l’horreur? Et aussi, en guise de dernière question puisqu’on me tapera sur les doigts si je ne le demande pas, avez-vous un scoop pour WolfCop 3?

LD: Pour ce qui est de la première question, oui, définitivement! En fait, j’ai plusieurs scénarios écrits que j’espère pouvoir tourner bientôt. Le prochain film de genre que je souhaiterais faire est un film d’horreur plutôt sérieux. Il y a un peu d’humour dedans, mais ce n’est pas du tout une comédie, ni un film d’action. C’est plus proche d’un thriller. J’aimerais pouvoir tourner celui-là dans la prochaine année!

Pour WolfCop, j’adore WofCop et ma porte sera toujours ouverte pour faire une autre suite, si on peut réunir toute l’équipe! J’aime le personnage et il est toujours dans un coin de ma tête. Je n’ai pas encore de scénario de prêt, mais je sais définitivement ce que je voudrais faire pour un troisième et même un quatrième film. Je me force presque à ne pas les écrire au cas où ce ne serait pas possible de les faire, mais je sais où je m’en vais avec la série. C’est tout ce que je peux dire.


En attendant, ne manquez pas SuperGrid, maintenant disponible en vidéo sur demande.

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