[Fantasia 2018] Lords of Chaos: De Mysteriis Dom Sathanas, version remixée

Note des lecteurs2 Notes8.2
7

«Basé sur la réalité… et des mensonges.» D’emblée, le réalisateur Jonas Åkerlund nous met en garde: les événements qui ont secoué la scène true Norwegian Black Metal au début des années 1990 ont été si examinés, grossis et médiatisés qu’on peut difficilement distinguer la fiction de la réalité. Lords of Chaos ne prétend pas dépeindre les faits tels qu’ils se sont déroulés. C’est un film, purement et simplement — un bon film, en plus!

Le passage suivant expose grossièrement les faits dont s’inspire le film et comporte des divulgâcheurs:

En 1988, un jeune chanteur suédois se joint au groupe norvégien Mayhem, mené par un musicien qui se fait appeler Euronymous. À l’aube de la vingtaine, Dead révolutionne le genre avec son corpse paint, sa voix torturée, ses performances théâtrales (automutilation, têtes de porc lancées dans la foule) et, surtout, sa fascination pour la mort. Dépressif et possiblement atteint du syndrome de Cotard, il se suicide en 1991. Son corps est découvert par Euronymous, qui photographie le cadavre pour en faire la pochette de l’album Dawn of the Black Hearts, une attitude qui révolte certains de ses amis, dont le bassiste Necrobutcher, qui quitte le groupe.

Euronymous capitalise aussi le suicide de Dead pour accentuer la fascination du genre pour le Mal et la mort, prétendant notamment que le geste de son ami a été posé en réaction à la commercialisation du black metal. Pourtant, ce n’est pas Euronymous qui se radicalise, mais d’autres membres du mouvement. Une église brûle en 1992, premier incendie d’une série propulsée par Varg Vikernes, membre unique du projet musical Burzum et brièvement bassiste de Mayhem. La même année, le batteur du groupe Emperor, Faust, poignarde à mort un homme lui ayant fait des avances sexuelles.

Guerre de pouvoir, disputes financières, divergences d’opinion: les frictions augmentent entre Euronymous et Varg, qui expose le mouvement à la presse. Leur bataille prend fin en 1993, quand Varg poignarde Euronymous à vingt-trois reprises, un meurtre pour lequel il servira quatorze ans en prison. Il a été libéré en 2009.

L’humour permet de se distancier de ces événements que plusieurs prennent toujours à cœur, de sorte qu’on pardonne plus facilement à Lords of Chaos sa ligne du temps un peu brouillée et les (nombreuses) libertés qu’il prend avec les faits. Le film prend un malin plaisir à se moquer de ces musiciens dont les fans ont tendance à oublier le si jeune âge. Par impulsivité et manque de confiance, ils cherchent sans cesse à s’impressionner l’un l’autre, ce qui crée des échanges souvent ridicules.

Rory Culkin (Euronymous) et Emory Cohen (quelle délicieuse ironie de voir un acteur juif interpréter l’antisémite Varg!) se lancent brillamment la balle dans un combat de coqs où ils sont ridiculisés à tour de rôle. Le portrait du second, prétentieux et insécure, froissera ses admirateurs autant qu’il fera rire ses détracteurs. Une personnalité insaisissable et entourée de mythe, Dead échappe toutefois à son interprète, Jack Kilmer, dont le jeu est correct mais sans plus. On s’attendait à une performance plus intense.

Lords of Chaos suit une ligne entre drame et comédie qui penche nettement plus du côté de cette dernière. Bien que ses épisodes tragiques fassent mouche, leur intensité est terni par l’humour qui règne ailleurs et la narration en voice-over inutile de Culkin. En revanche, crues et graphiques, les scènes sanglantes font frissonner. D’ailleurs, surveillons Valter Skarsgård qui, dans son interprétation de Faust, laisse penser qu’il pourrait connaître le même succès que son frère Bill dans le monde de l’horreur.

Acte de bravoure ou de trahison? Ex-membre original du groupe Bathory, Åkerlund a lui-même fait partie de la scène en question, et son projet a été vivement critiqué par ses confrères, dont Varg, Necrobutcher et Fenriz de Darkthrone, qui a d’ailleurs dit à la blague souhaiter que son personnage soit joué par Reese Whiterspoon. Il faut dire que Lord of Chaos: The Bloody Rise Of Satanic Metal Underground est avant tout un livre sévèrement critiqué pour son sensationnalisme.

Bien que Sigur Rós se débrouille fort bien, on regrette qu’il n’y aie pas plus de black metal dans la trame sonore. Une raison de plus pour écouter Live in Leipzig dans le tapis, s’il vous en fallait une!


Pssst… Pour en savoir plus sur le sujet, on vous conseille la lecture de Black Metal: Evolution of the Cult et de Metalion: The Slayer Diaries; surveillez aussi la traduction anglaise de Blood, Fire, Death: The Swedish Metal Story, attendu en novembre. À voir: Until the Light Takes Us.

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