[Littérature] Abîmes: l’horreur et le black métal prennent le Québec d’assaut

Note des lecteurs0 Note
3.5
Note Horreur Québec

Au Saguenay, un jeune blogueur marginal quitte le nid familial pour devenir roadie du groupe métal underground L’Abyme, qu’il ne connait pas du tout. Il s’aperçoit rapidement que le trio se compose de bien plus que des musiciens excentriques. Quelque chose se trame, et Frédéric en est la preuve: après avoir assisté au concert du groupe à Québec, il n’est plus le même. Son état physique se détériore, il néglige son propre groupe, et sa blonde l’entend murmurer de façon inquiétante dans son sommeil. Des forces obscures semblent le pousser vers son ex Violette qui, à Montréal, peine à oublier son passé de travailleuse du sexe… Ces trois âmes torturées résisteront-elles à l’appel de la cloche ancestrale?

Jonathan Reynolds a publié un grand nombre d’histoires de peur pour jeunes comme pour adultes, remportant même le prix Aurora/Boréal pour La légende de McNeil en 2014. Son plus récent roman, Abîmes, réconcilie ses deux passions: l’horreur et la musique métal.

Voivod, Blind Guardian, Enslaved, NecronomicoN, Kataklysm… Abîmes fait référence à une myriade de groupes locaux et internationaux à découvrir ou redécouvrir, avec évidemment un intérêt obligée pour la scène norvégienne de la fin des années 1980, dont les événements sont parfois relatés un peu à la manière d’un cours 101 pour les non initiés. Reynolds ne magnifie heureusement pas les actes et l’idéologie de Euronymous, Count Grischnackh et compagnie, ce qui est tout à fait à son avantage: l’amour de l’auteur pour le genre est profond et authentique, mais pas naïf.

Premier point positif: l’auteur réussit très bien à incarner tour à tour les trois personnages principaux, remettant à chacun une voix distincte. Il n’a pas peur de prendre des risques non plus. Ainsi, bien que solidement ancré dans la réalité, le récit flirte avec l’horreur cosmique et, malgré ses tripes et ses asticots, conserve une aura de mystère qui fait de l’horreur une chose d’immuable et d’innommable. Abîmes garde donc le lecteur dans le noir ou, du moins, la pénombre: ne vous attendez pas à un roman où tout est résolu et emballé avec un beau gros ruban doré. Tout comme la rivalité entre Megadeth et Metallica, ce choix de conserver une part de secret ne laissera pas les lecteurs indifférents, qu’ils apprécient ou non.

Le dernier roman du talentueux Jonathan Reynolds régalera donc les fans qui adoreront y retrouver l’influence de leurs groupes préférés, mais pourrait moins emballer ceux qui, enthousiasme pour la musique métal ou non, ont peu d’affection pour sa culture. Une chose est certaine: il ne laissera personne indifférent.

Abîmes de Jonathan Reynolds arrive en librairie le 18 juin. Suivez la page Facebook de l’auteur pour ne manquer aucune nouvelle!