Crédit photo: Christopher Katsarov Luna

[Fantasia 2018] «The Dark»: rencontre avec le réalisateur Justin P. Lange

Le visionnement de The Dark nous a tellement pris par surprise qu’on ne pouvait pas s’empêcher de rencontrer le cinéaste Justin P. Lange, de passage à Montréal pour deux raisons: 1) venir présenter son premier long-métrage à Fantasia en première canadienne et 2) venir présenter son prochain projet Theresa, sélectionné par le dernier marché Frontières, aux professionnels de l’industrie lors du Marché de Coproduction Internationale!


Horreur Québec: Après le visionnement de The Dark, on est surpris d’apprendre qu’il s’agit de ton premier long-métrage tellement chaque aspect du film semble maîtrisé.

Justin P. Lange: J’ai au beaucoup de temps pour me préparer. J’ai travaillé sur le film pendant 6 ans! Lorsqu’on a fait le film, on avait des storyboards, ce qui est normal, mais j’avais absolument toutes les scènes, de chaque coupures. Ça donnait un livre assez gros. On connaissait déjà tout ce qu’on allait faire. On avait besoin de ce genre de préparation à cause de tous les défis que le scénario demandait.

HQ: C’est d’ailleurs ce que je me demandais. Six ans se sont écoulés entre ton film et le court-métrage qui l’a inspiré. Tu as voulu prendre ton temps pour le faire?

JPL: Pas volontairement (rires). Le court était mon film de thèse à l’université de Colombia. J’ai commencé dans le cinéma de genre plutôt tard. Je n’ai pas regardé des films d’horreur toute ma vie. Et quand j’ai réalisé que c’était peut-être quelque chose A) pour laquelle j’étais doué et B) que j’aimais beaucoup faire, je me suis demandé si je devrais écouter tous les films d’horreur que je pouvais. Finalement j’ai trouvé ça plus intéressant de voir ce qu’un film d’horreur réalisé par un gars qui n’en a pas vu des tonnes donnerait. Le court m’a donc servi de terrain de jeu. Mon producteur et moi savions que nous voulions éventuellement le transformer en long. Mais c’est la bonne réception du court dans les festivals m’a donné confiance en moi et m’a poussé à me lancer dans l’écriture du long. Il y avait beaucoup d’autres choses que je voulais explorer et que je n’ai pas pu faire avec le court. L’abus, la violence, juxtaposé à l’innocence ou cette recherche de l’innocence, etc.

HQ: Et d’où t’es venu l’idée du scénario?

JPL: Disons simplement qu’il y a eu certaines complications dans ma vie, dans celle de mes frères et soeurs et même dans celles de gens en dehors de ma famille. Certaines personnes extérieures ont mis le nez là où ils n’avaient pas affaire et on a ensuite dû ramasser les morceaux.

Quand j’ai commencé à travailler sur The Dark, je savais que je voulais faire quelque chose du point de vue du monstre, mais ça ne pouvait être être quelqu’un que je jugeais. Elle devait être “brisée”, elle devait être réactionnaire, mais je devais être de son côté. Quand j’ai trouvé le personnage de Mina, j’étais tellement fâché de ce qui lui était arrivé. J’étais de son côté. Je comprenais qu’elle veuille s’isoler dans ce cocon et ne laisser personne entrer.

HQ: Tu as d’ailleurs trouvé les deux enfants parfaits pour incarner ces «monstres».

JPL: Ça été un très long casting, surtout pour le rôle de Mina. Je savais vraiment ce que je voulais. Au départ, on pensait tourner en Autriche. On a donc fait un premier casting là. Ensuite, on est venu au Canada et on en a fait un ici et après, j’ai eu l’occasion d’aller à l’extérieur, on en a donc fait un troisième à New York. Dans toutes les autres sessions, je n’avais pas trouvé ce que je cherchais, mais à New York, la deuxième ou troisième actrice qui est entrée était Nadia [Alexander]. J’ai su tout de suite que c’était elle.

Le plus drôle c’est qu’elle pensait avoir manqué son audition. Elle m’a avoué par après s’être mise à pleurer en sortant. Je dois avoir un poker face trop intense (rire). Elle est vraiment unique. Elle joue plus jeune que son âge, elle a donc un niveau de maturité plus élevé qui lui permet d’aller dans des endroits plus sombres. C’est la seule qui n’a pas eu peur de montrer ses dents, sans mauvais jeu de mots.

HQ: Tu mentionnais également que le jeune acteur qui incarne le rôle de Alex refusait d’enlever son maquillage qui le rendait complètement aveugle pendant le tournage.

JPL: Dans le court, notre acteur qui était un peu plus vieux devait garder ses yeux complètement fermés et ça été finalement une expérience très traumatisante pour lui. Quand j’ai su qu’on allait travaillé avec un jeune homme de 14 ans, on a décidé de construire la prothèse pour qu’elle puisse être facilement amovible, ou du moins en partie. Les scènes étaient également pensées de cette façon, pour qu’on puisse par exemple lui libérer un oeil, etc.

Mais Toby [Nichols] insistait pour le faire complètement. Ça lui permettait de rester dans la peau du personnage. Sa mère était sur le plateau et elle disait que c’était son choix. C’est un jeune homme extrêmement intelligent avec beaucoup d’humour.

HQ: Les maquillages sont d’ailleurs saisissants. Avec qui avez-vous travaillé?

JPL: Nous avons travaillé avec une compagnie qui s’appelle MASTERSFX; une de leurs divisions se situe à Toronto. Nous avons travaillé avec Zane Knisely chez eux. Ils ont l’habitude de travailler sur de plus grosses productions, mais c’était un beau défi pour eux.

J’avais une bonne idée de ce que je voulais, mais je ne suis vraiment pas le genre de réalisateur qui impose sa vision. Je pense que la réalisation est un processus de collaboration. Ces gens-là font ce métier pour créer, on doit leur laisser leur créativité. Zane a tout ce suite compris la balance dont on avait besoin, surtout pour le maquillage de Mina qui était plus complexe. Ça devait être efficace, mais on ne pouvait pas non plus toujours être repoussé par elle non plus.

Marissa Clemence, qui travaille beaucoup à Montréal, et Tara Brawley ont réalisé les applications sur le plateau. Elles sont incroyables!

HQ: Tu mentionnes parmi tes inspirations le film suédois Let the Right One In et le cinéma de Guillermo del Toro, particulièrement The Devil’s Backbone et Pan’s Labyrinth.

JPL: Évidemment je ne compare pas le mien à ces grands films, ça demeure des inspirations, mais quand j’ai vu Let the Right One In, j’ai pensé: «Oh wow, ça existe. Un film d’horreur peut également être ça.» Ça a ouvert une porte dans mon cerveau. The Dark n’est évidemment pas tourné ou raconté de la même façon, mais ils partagent un certain ton ou peut-être le même esprit. Aussi comme avec Pan’s et The Devil’s Backbone, nous avons deux enfants qui doivent affronter quelque chose de paranormal. Des thèmes similaires sont développés. Je crois qu’ils se retrouvent tous un peu dans le même monde.

HQ: Te considères-tu comme un fan d’horreur?

JPL: Maintenant oui! Quand j’étais plus jeune, pas du tout. J’étais terrifié. Je le suis encore aujourd’hui! Quand j’ai vu It Follows pour la première fois, je me trouvais des excuses pour pouvoir arrêter le film. Ça vient vraiment me chercher. Je suis encore vraiment encore très peureux (rires).

Mais étrangement, lorsque je vais dans des coins plus sombres en écrivant, les mots coulent d’eux-même et plus facilement qu’avant. C’est comme si ce que j’essayais de dire avant, quand je ne connais pas l’horreur, ne fonctionnait pas du tout. Il manquait quelque chose. Guillermo del Toro en parle beaucoup d’ailleurs, de cette idée d’ombre et de lumière et que les deux ont beaucoup plus d’impact lorsqu’ils sont juxtaposés. Chacun souligne l’autre. Certains films d’horreur abordent seulement la partie sombre et pour moi, ça ne fonctionne pas. Écrire du cinéma de genre me permet de raconter ce que je veux de manière plus claire. Je ne sais pas pourquoi.

HQ: Ton prochain film, Theresa, a été sélectionné par le marché Frontières cette année. Peux-tu nous en parler un peu ou c’est trop tôt?

C’est un peu tôt! C’est en effet co-produit avec le marché Frontières ainsi que la compagnie de production autrichienne avec laquelle nous avons travaillé pour The Dark. Nous espérons le faire en 2019. C’est similaire à The Dark dans le sens où ça traite d’abus à nouveau et du cycle d’abus, un thème qui revient dans beaucoup dans mon travail jusqu’à maintenant. Un jour, je me suis dis que j’arrêterai d’en parler, mais je ne sais pas quand ce sera (rires). Les influences sont différentes toutefois. Je suis vraiment intéressé par les histoires qui jouent avec la structure et la subjectivité, comme dans Psycho. Il y avait un peu de ça dans The Dark, où on commence avec un personnage qui nous introduit ensuite à un autre.

Avec Theresa, nous avons un personnage très fragile et c’est très influencé par Repulsion de Roman Polanski. Il y a cet élément paranormal, mais tout est psychologique et se déroule dans sa tête. À un certain moment dans le film, elle (se brise) et ça devient comme un slasher où elle commence à tuer des gens. C’est vraiment un mélange de deux différentes approches du genre.


The Dark bénéficiera d’une sortie limitée aux États-Unis via Dark Sky Films en octobre prochain. On surveille de très près la sortie canadienne du film!

Après notre rencontre avec le réalisateur au McKibbins Irish Pub, nous avons quitté les lieux sans payer la facture dans un moment d’égarement. De retour sur place, suite à un instant de lucidité, la serveuse nous a indiqué que le cinéaste avait quitté en payant gentiment notre dû. Horreur Québec doit une pinte à Justin P. Lange! Espérons que ce sera prochainement pour la promotion de Theresa que nous pourrons nous acquitter de cette dette! À suivre…

Crédit photo: Christopher Katsarov Luna

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