[Fantasia 2020] L’amitié toxique de «Bleed With Me» avec la cinéaste montréalaise Amelia Moses

La métropole compte une nouvelle cinéaste avec un goût prononcé pour l’horreur! Originaire de Vancouver, la Montréalaise Amelia Moses présente son tout premier long-métrage Bleed With Me en première mondiale ce mercredi 26 août à Fantasia, un film dans lequel une jeune femme est convaincue que sa meilleure amie lui vole son sang lors d’une escapade hivernale dans un chalet isolé.

La réalisatrice, qui nous a donné le court Undress Me présenté en festival en 2017, récidivera également prochainement avec Bloodthirsty, un film de loup-garou offrant un point de vue féminin sur le mythe, en plus de ses prochains projets en branle qui risquent grandement de nous intéresser dans les mois à venir. Une chose est certaine, ce n’est pas la dernière fois que vous lisez son nom sur nos pages.

On s’est entretenu avec la réalisatrice pour en savoir plus:


Horreur Québec: Ton travail explore les anxiétés féminines à travers le spectre de l’horreur. Qu’est-ce qui t’as amené à vouloir faire de cette étrange amitié dans ton premier long-métrage?

Amelia Moses: Je sens que l’amitié entre femmes n’est pas abordée très souvent. Il y a certainement des relations que j’ai vécues ou que j’ai pu observer au moment d’écrire ce film qui m’ont donné le goût d’explorer le sujet de façon plus sombre, car c’est ce qui m’attire principalement. J’ai été intéressée par l’idée d’un couple et d’une personne seule et de la façon dont ça peut impacter une dynamique de groupe, mais aussi de la façon dont certaines personnes deviennent en quelque sorte les «gardiens» d’une relation.

Indépendamment du genre, en connaissant quelqu’un via son partenaire, on change nécessairement nos types d’interactions. Certaines personnes ressentent un niveau d’intimité plus élevé entre elles. On se retrouve plus près d’une personne et moins d’une autre. Il y a tellement de niveaux dans les relations interpersonnelles. Il s’agit de l’aspect principal que je voulais explorer, mais évidemment dans un cadre horrifique. Je crois qu’il s’agit d’un genre vraiment intéressant pour explorer ces sujets qui sont si ancrés dans la réalité.

HQ: Il y a une double rivalité entre tes deux personnages. Rowan semble jalouse de la relation amoureuse d’Emily, mais Emily a également besoin de Rowan.

AM: Oui. J’espère que les gens comprendront qu’il ne s’agit pas d’une jalousie romantique, mais davantage d’une idéalisation de cette relation. On le fait tous avec nos ami.e.s et les gens qui nous entourent, penser qu’ils sont dans une relation amoureuse parfaite, qu’ils ont une vie parfaite, etc., et que si nous étions comme eux, nous serions plus heureux. Évidemment ce n’est pas vrai et ce n’est pas de la façon dont le monde fonctionne. Nous pouvons projeter ces idées sur les autres de manière positive ou, comme dans ce film, de manière négative. Dans une certaine mesure, c’est ce que Rowan fait à propos d’Emily.

HQ: Considères-tu Emily comme une vampire?

AM: Je pense que c’est ouvert à interprétation. Et ce n’était pas intentionnel. Il y avait certainement une première version de l’histoire où il était question plus concrètement de vampirisme, mais je m’en suis éloignée parce que je sentais qu’il serait plus intéressant que le récit existe dans un espace un peu plus subversif et ambigüe. L’aspect du vampire est intéressant en ce sens, parmi toutes les métaphores que cela implique, qu’il y a quelque chose de très intime et viscéral dans la consommation du sang de quelqu’un d’autre. Il s’agit d’une violation, mais également d’une étrange façon pour deux personnes de s’unir. Ça fonctionne avec les thèmes du film.

HQ: Cette atmosphère onirique, qui laisse place à interprétation, est d’ailleurs très bien développée dans le film. Quels choix as-tu fait pour parvenir à ce résultat?

AM: En effet, l’atmosphère que je cherchais à créer était très onirique, parce que je pense que les films, naturellement, ressemblent à un rêve, ou un cauchemar parfois. Je pense que le travail au niveau du son et de la musique y est pour beaucoup, car ils contribuent au ton et à l’atmosphère générale. Mais nous nous sommes également amusés du côté de la cinématographie, avec la profondeur de la mise au point et les scènes hors focus. Pour certaines des scènes de paralysie du sommeil, nous avons utilisé un filtre que nous n’avons pas directement apposé sur la caméra afin d’obtenir un résultat plus organique et moins évident. Nous essayions de représenter visuellement ce que pouvait voir quelqu’un dans état semi-conscient.

HQ: La mise en scène nous rappelle également inévitablement nos hivers canadiens, à louer des chalets entre amis. L’ambiance est toujours très cozy, on sent le feu crépiter, etc., mais à la fois très dérangeante.

AM: Je voulais recréer ce sentiment d’isolement de nos hivers canadiens. Lors que je répétais avec les acteurs, il y avait des scènes que j’appelais «les scènes chaudes» et d’autres «les scènes froides», parce qu’au niveau de la tonalité je voulais qu’elles soient différentes. Je viens de Vancouver, où les hivers reçoivent beaucoup moins de neige qu’ici. Lorsqu’on a commencé à tourner, je voulais énormément de neige, mais je crois que j’avais sous-estimé le climat du Québec. Nous avons tourné en janvier et février à Harrington en Montérégie et nous avons eu une terrible tempête de neige pendant 24h consécutifs, c’était fou! Je vis ici depuis maintenant 7 ou 8 ans, mais on dirait que l’hiver me surprend toujours. Mais je crois que ça a vraiment aidé à l’ambiance du film. On sent bien ces éléments et on se sent vraiment davantage coincés.

HQ: Tu as aussi Bloodthirsty, un film de loup-garou avec une perspective féminine, qui arrive prochainement. Que peux-tu nous dire à ce sujet?

AM: Je n’ai pas écrit celui-ci, le scénario existait déjà lorsque je me suis jointe au projet; c’était donc un nouveau processus pour moi. Le sujet m’a intéressée, car il s’agit d’une chanteuse indépendante qui travaille sur son deuxième album et qui n’arrive pas à trouver sa direction. Elle s’en va donc dans un autre endroit reculé dans les bois durant l’hiver (rires) avec son producteur et sa copine pour travailler et découvre quelque chose à propos d’elle-même en lien avec les loups-garous. Le film explore des idées sur la création et l’excès d’ambition, qui peut éventuellement devenir toxique. Nous avons tourné à Edmonton, où il peut faire très froid également alors après deux films d’hivers canadiens consécutifs, plus jamais! (rire)

HQ: Même si tu ne l’as pas écrit, est-ce que Bloodthirsty pourrait être la pièce jumelle de Bleed With Me?

AM: Il y a certainement quelques similarités. Lauren Beatty, qui incarne Emily dans Bleed, est également le personnage principal dans Bloodthirsty. Il y a un chevauchement d’idées assez intéressant, mais stylistiquement parlant ce sont deux films très différents. Il y a des similarités avec les paysages enneigés par exemple, et avec le fait qu’il s’agisse aussi d’un récit d’un point du vue féminin, mais le traitement de l’isolation ne se fait pas de la même façon.

HQ: Sais-tu déjà quand nous pourrons le voir?

AM: Oui, mais je ne peux pas te le dire. (rires) Normalement je produis mes propres films alors j’ai le contrôle sur tout, mais pas cette fois, donc…

HQ: 2020 semble donc être vraiment ton année! On connaît les difficultés du cinéma indépendant, mais tu parviens à offrir tes deux premiers longs-métrages la même année ou presque.

AM: (rires) Sauf pour la pandémie, mais oui, c’est très surréaliste et j’ai été très chanceuse d’obtenir la réalisation de Bloodthirsty. Ce n’est pas quelque chose à laquelle je m’attendais. J’ai été présentée au producteur pour complètement autre chose et en discutant… J’ai eu le poste en décembre l’an dernier et nous avons tourné en janvier, il n’y a donc eu qu’un mois de pré-production. C’était très demandant. Sur Bleed, j’ai écrit le scénario en un an et demi, c’était donc environ deux ans de développement. C’est fou que les deux films paraissent finalement à quelques temps d’intervalle. Et finalement, plus personne ne va au cinéma (rires). C’est très cool et excitant, mais c’est très étrange.

Nous avons fini le tournage de Bloodthirsty fin février, je suis revenue à Montréal et une semaine plus tard, nous étions en confinement. On a été très chanceux au niveau du timing.

HQ: Tu t’es donc servi du confinement pour la post-production ou pour travailler sur de nouveaux projets?

Oui, pour la post-production effectivement. Elle aurait été faite à distance de toute façon, alors je ne crois pas que les choses auraient été bien différentes. Mais j’ai aussi travaillé à l’écriture d’un nouveau film et je me prépare également pour une nouvelle série télé, écrite par Laura Di Girolamo, qui est co-fondatrice du Bloody Mary Film Festival à Toronto. Nous sommes présentement à la recherche de financement et Lee Marshall produit également. Il s’agit d’une comédie d’horreur avec des monstres pieuvres!

HQ: Wow! Les monstres tentaculaires et lovecraftiens ont la cote de moment! Crois-tu faire de l’horreur toute ta carrière?

Oui! J’adore dans ce genre. La seule chose qui me tracasse c’est que, même avec Bleed With Me, certaines personnes ne trouve que ce n’est pas assez «horreur» et plus comme un mélange de genres. Certains moments relèvent plus du drame. Je ne veux juste pas être limitée. Mais c’est ce que j’aime à propos de l’horreur, que ce soit un genre aussi ouvert, qu’on puisse jouer avec les thèmes et les attentes. En ce moment, c’est le monde dans lequel j’aime travailler.


On a très hâte de découvrir les prochains projet de la cinéaste! D’ici là, ne manquez par la première mondiale de Bleed With Me à Fantasia ce mercredi 26 août à 19h10, également en rappel le mardi 1er septembre à 15h.

Amelia Moses est également panéliste invitée à l’événement Le cinéma de genre en tant que commentaire politique et social, présenté par Film Fatale, le 30 août à 17h.

Consultez notre couverture Fantasia 2020

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