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Recommandations d'une étagère poussiéreuse: Lewis Jackson, Christmas Evil (aka You Better Watch Out) (1980)
8Note Finale

‘Twas the night before Christmas, when all through the house
Not a creature was stirring, not even a mouse;
The stockings were hung by the chimney with care,
In hopes that St. Nicholas soon would be there;

Noël est un temps de traditions. Outre le lait de poule, le sapin et les illuminations extérieures, il existe la plus fun de toutes: le visionnement de films de Noël. Gremlins, Black Christmas et Die Hard sont bien évidemment au programme et Dieu sait que le Krampus nous attend au détour si nous manquons à cette tradition. Cependant, il faut bien avouer que le challenge de Noël n’est pas aussi simple que celui d’Halloween. De bons films d’horreur, il en existe à la pelle et l’on pourrait presque faire notre sélection d’Halloween intégralement à l’aveugle. Trouver de bons yuletide flicks, c’est une autre paire de manches. Mais ne vous inquiétez pas, je suis là pour vous aider. Ho ho ho!

Harry n’a pas grand chose dans sa triste vie, excepté l’admiration inconditionnelle qu’il voue au Père Noël. Dans ses temps libres, il se plaît à observer son voisinage et décider qui va dans le livre des gentils enfants, et qui va dans celui des mauvais. Arrivé le 24 décembre, il est temps pour lui d’enfiler bottes de cuir et grand manteau rouge; et d’aller distribuer joujoux et punitions par milliers.

La raison qui me pousse à vous recommander Christmas Evil, outre l’évidente thématique hivernale, c’est que ce film est l’exemple parfait de la dualité propre au cinéma d’exploitation. Bon marché, réalisés tout croche, bourrés d’acteurs incompétents, scorés avec les pieds; ces films sont régulièrement considérés comme la fange du cinéma, non seulement par le grand public nourris à l’Hollywood oscarisé, mais aussi par nous autres, fans d’horreur. Bien souvent, c’est avec raison que nous regardons de haut ces “mauvais films”. Dans le fond, ils sont tout pourris. Mais en ces temps de fête, de joie, de famille et de tolérance, il faut apprendre à regarder par delà les erreurs et défauts de tous et chercher cette petite étincelle qui réchauffe les cœurs. Et — oh boy — l’étincelle de Christmas Evil est foutrement grosse.

Ce film est vraiment bon, je vous le jure. Je suis personnellement surpris de n’avoir jamais vu ce film dans les innombrables “CHRISTMAS HORROR FILMS TOP 10 YOU SHOULD ABSOLUTELY WATCH BEFORE DYING SERIOUSLY BRO”. John Waters, dans son commentaire audio enregistré par Synapse Entertainment, annonce clairement que Christmas Evil est le meilleur film de Noël de tous les temps, so come on!

Le film est premièrement d’une rare qualité visuelle. Les éclairages et la balance de couleurs arrivent toujours à mettre en valeur cette “magie de Noël” et permettent de transmettre ce feeling si particulier qui n’arrive qu’une fois par année. C’est difficile à décrire, mais je suis certain qu’en le regardant vous verrez de quoi je veux parler. Le rouge est vibrant, les textures sont palpables et les guirlandes électriques scintillent. Même les cartons de titres à la typographie à l’ancienne sentent bon le chocolat chaud! C’est un vrai film de Noël.

Autrement, Christmas Evil possède un excellent montage. La raison pour laquelle je tiens à attirer votre attention là-dessus est qu’habituellement, le montage on n’y fait pas pas vraiment attention. Le rôle d’un monteur ou d’une monteuse est d’être invisible, de passer de plans en plans en toute fluidité de sorte à ne jamais faire tituber la narration. Une des raisons pour lesquelles les films d’exploitation semblent si moches, c’est souvent parce qu’ils sont montés sans aucune attention. Ce n’est pas le cas de Christmas Evil qui, non seulement coule avec un rythme ultra pertinent, mais se permet aussi des pirouettes stylistiques vraiment intéressantes. Les défenseurs de cinéma de genre et d’exploitation ont souvent pour argument que les contextes de productions particuliers de ces films donnaient l’opportunité à des cinéastes de se permettre certaines folies qui aboutirent à des gemmes de créativité que l’on ne retrouve pas dans un cinéma plus classique. Christmas Evil en est l’exemple.

De plus, Christmas Evil n’est pas qu’un “bête” film d’horreur. Ne vous méprenez pas: j’aime bien aussi les films d’horreur un peu cons avec plein de gens qui meurent partout. Mais lorsque l’on en trouve un qui dit quelque chose, avouez que l’on a l’impression d’avoir trouvé le meilleur chocolat de la boîte. Le film se permet un sacré commentaire sur l’esprit des fêtes. Il tape juste là où ça fait mal, non seulement par un mode de narration particulier, mais aussi avec un sens de l’humour plutôt grinçant.

You Better Watch Out (titre original du film) a été distribué et vendu au public comme un slasher. C’est un mensonge éhonté propre au cinéma d’exploitation qui vivait alors à cette époque le boum des slasher. Bien que gore dans ses moments les plus brutaux, Christmas Evil tient plus de l’horreur pyschologique. Rares sont les films d’horreur dans lesquels on ne suit pas l’évolution de la final girl, mais plutôt la détresse psychologique du psychopathe. Christmas Evil rappelle donc, à sa manière, l’excellent slasher Maniac de William Lustig qui, fait intéressant, est sorti la même année.

Dans son errance, le personnage de Harry nous donne à voir son désabusement croissant alors qu’il observe autour de lui l’hypocrisie aberrante d’un monde qui ne fait plus que se mentir à lui même lors du temps des fêtes. Il décide alors de devenir le seul juge légitime de ce qui est acceptable ou non dans la vie équilibrée d’une personne: Santa Claus. On accompagne alors Harry, devenu Père Noël, dans sa folie (meurtrière) et l’on essaye de savoir si il faut mourir de rire ou d’effroi lorsque, acculé par une angry mob dans une ruelle, il profite (ou non ?) d’un bouclier d’enfants qui veulent protéger leur adoré Saint Nick de leurs parents furieux. Le film regorge de ce genre de moments hyper ingénieux qui véhiculent autant d’idées.

Ainsi, Christmas Evil est entré dans mon panthéon personnel des immanquables de Noël. J’ose espérer qu’il entrera dans le votre. Si ce n’est pas le cas, sachez que je suis là, que je vous observe et que vous irez drette dans mon livre des méchants garçons et méchantes filles… You better watch out!

Christmas Evil est disponible en Blu-ray (dans une version restaurée en 4K) chez l’éditeur Vinegar Syndrome ainsi qu’en ligne sur Shudder.

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