Un énième film d’horreur avec des requins? On s’en fout, on y sera!
Avec en bonus un spectaculaire écrasement d’avion en pleine mer? Mais comment! Doté d’un bon budget, de quelques gros noms en haut de l’affiche et d’une dynamique bande-annonce? Yaaaaaaasssss !
Depuis un demi-siècle, il y en a eu des tonnes, de mauvais (et quelques bons, fort heureusement) films de requins mangeurs de jolies femmes et de leurs hommes. Car il y a un public friand de ce genre de films, aussi appelé sharksploitation, qu’ils soient sérieux (comme Open Water, paru en 2003) ou carrément niaiseux (Sharknado, c’est toi qu’on regarde). Si d’aucuns n’arrivent ne serait-ce qu’à la cheville du blockbuster originel (Jaws de Steven Spielberg, pour ne pas le nommer), votre scribe est souvent curieux, dans l’espoir de revivre ces premiers frissons, tout en gardant des attentes réalistes, s’entend.
Et ça raconte quoi?
![[Critique] « Deep Water » : divertissant naufrage (ou chronique d'un nanar qui s'ignore) 13 Deep Water Final Poster](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Deep-Water-Final-Poster-304x450.jpg)
Après que son vol se soit écrasé quelque part dans l’océan Pacifique entre Los Angeles et Shanghai, un pilote tente de sauver ce qui reste de son équipage et de ses passagers. Or, contrairement aux survivants cannibales de Alive de Frank Marshall (Arachnophobia, Congo), ou ceux de Society of the Snow de J.A. Bayona (The Orphanage, Jurassic World: Fallen Kingdom), la faim ne sera pas leur ennemie. Ici, les pas-fins seront plutôt plusieurs requins dangereusement affamés, qui nagent autour des restes de leur avion accidenté. S’ensuivront moult péripéties plus ou moins prenantes, stressantes et sanglantes. Et parfois même spectaculaires.
En plus, dans le siège du réalisateur, nous avons le plus américain des Finlandais, Renny Harlin. Vous savez, ce faiseur bien connu à Hollywood, ayant bossé avec tout le monde et son voisin, capable du meilleur comme du pire. Oui, oui, on parle bien du tâcheron fana d’horreur et d’action, responsable de moult films de commande, dont A Nightmare on Elm Street 4, Die Hard 2 et Exorcist: The Beginning, de même que les tièdes derniers opus de la franchise The Strangers (Chapter 1, Chapter 2 et Chapter 3).
Il faut dire qu’Harlin avait déjà commis un mauvais film de requins il y a plus d’un quart de siècle, soit le pompeux blockbuster titré Deep Blue Sea (1999), mettant en vedette une bien belle brochette de pointures (Stellan Skarsgård, Thomas Jane, LL Cool J, Samuel L. Jackson…), aux prises avec d’inoffensifs, car plutôt mauvais, effets CGI. En dépit de ses lacunes artistiques, le film connut beaucoup de succès en salle, engrangeant pas moins de 164 millions de dollars US pour un budget de 60 M$. Un succès ayant clairement retenu l’attention des producteurs du présent film.
Ce nom, c’est non!
D’emblée, on se doit de mentionner la problématique de ce titre, Deep Water. En 2006, paraissait un documentaire du même nom portant sur cette apparemment « désastreuse course autour du monde de yachts de 1968 » (avouez que dit de même, ça a l’air bon, hein?). Puis un autre docu (sous-titré The Real Story) paraissait 10 ans plus tard, relatant cette fois-ci les faits entourant une épidémie meurtrière ayant affecté la communauté gaie en Australie dans les années 1980 et 1990. Cette histoire inspira une mini-série de fiction du même nom, mettant en vedette Noah Taylor (Edge of Tomorrow) et Yael Stone (Orange is the New Black), qui paraissant aussi en 2016.
Ah, et il y a aussi eu, en 2019, une mini-série existentielle avec Faye Marsay (Game of Thrones), suivie en 2022 d’un thriller psychologique mettant en vedette Ben Affleck et Ana de Armas (Blade Runner 2049, Ballerina), réalisé par Adrian Lyne (Fatal Attraction, Jacob’s Ladder). Finalement, en février dernier est sorti un film d’horreur de série Z tourné à la verticale (ouf). Ainsi, le film dont il est question ici est le septième projet filmé à porter ce titre…
Doit-on supposer qu’aucun membre de l’équipe marketing ni de la production n’eut la bonne idée de googler le nom?
![[Critique] « Deep Water » : divertissant naufrage (ou chronique d'un nanar qui s'ignore) 15 DW Image Pull 10 00152582](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/DW-Image-Pull_10_00152582-750x422.jpg)
Pour l’originalité, on repassera
Sinon, son scénario semble avoir été écrit n’importe comment, débordant de clichés et de raccourcis qu’on voit venir de très (TRÈS) loin, comme autant d’ailerons de requins. D’autant plus que les réactions des personnages sont parfois si improbables qu’on se surprend à vociférer notre mécontentement envers l’écran… trop souvent! Pas très surprenant, car le projet dormait apparemment sur les tablettes depuis un moment, devant initialement être une suite à Bait 3D (2012). Ah, et le scénario aurait été écrit à 12 (!) mains, comme quoi lorsqu’il y a trop de cuistots dans la cuisine, ça finit par ne plus rien goûter. M’enfin.
Qui plus est, comme vous le savez, le guide du parfait scénariste hollywoodien stipule qu’il est impératif d’humaniser ses personnages afin qu’on puisse s’y attacher. Or, en utilisant des formules creuses et éventées comme raccourcis narratifs, ça ne peut que sentir le réchauffé et personne ne sera hélas dupé. Sauf peut-être les plus permissif·ves ou bourré·es, qui auront réussi à hacker leur suspension d’incrédulité, en se convaincant de faire fi des nombreuses incohérences et que le gars des vues avait bien tout arrangé.
Bref, cette vulgaire peinture à numéros sans âme est à mille lieues de l’œuvre personnelle, et ce, même si ses créateurs semblent se féliciter d’avoir pu cocher toutes les cases requises dans les cahiers des charges actuels, à grands coups de statistiques et de tableaux Excel. C’est qu’on sent le surligneur s’activer ici et là pour nous confirmer qu’on est en 2026 (distribution issue de la diversité, familles reconstituées, références technos de style géolocalisation et jeux vidéo, etc.). Sans oublier de nous prendre par la main tout au long de ce récit peu inspiré ; on se dit que le film aurait très bien pu se dérouler en 1986.
![[Critique] « Deep Water » : divertissant naufrage (ou chronique d'un nanar qui s'ignore) 17 DW Image Pull 11 00158471](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/DW-Image-Pull_11_00158471-750x422.jpg)
Trop (de persos), c’est comme pas assez, yo
Tous les stéréotypes y passent. Que ce soit l’honorable capitaine (on plaint l’oscarisé Sir Ben Kingsley : Gandhi, Schindler’s List), qui se sacrifie héroïquement, ou encore son second, aussi brave que torturé (car empreint de préoccupations professionnelles ET familiales), qui prend le relais pour sauver les survivants. Ou alors ce bully qui devient gentil pour finir par faire équipe avec son ex-cible devenue buddy, et surtout le personnage le plus antagoniste du lot, un moron aussi détestable que sans nom, dessiné au feutre de bingo en une caricature impardonnable.
Lorsqu’on pense qu’ils en ont mis un peu trop, ils en rajoutent une couche, puis une autre, et une autre d’après, jusqu’à ne plus avoir envie de rire ni hâte de le voir mourir. Il finit par perdre sa raison d’être, car on nous fait languir jusqu’à la 89e minute avant de finalement le trucider, pendant ce qui nous semble durer une éternité. Dommage, quel gaspillage, car le bonhomme était joué par Angus Sampson, que vous reconnaitrez comme étant le mécano organique des deux derniers Mad Max et le Tucker de la franchise Insidious.
D’ailleurs, il y a tellement de persos, beaucoup trop pour réellement espérer pouvoir les développer et donc s’y attacher, comme cette gentille grand-maman. On doit dire qu’au niveau des performances, la distribution, incluant Richard Crouchley, vu dans Evil Dead Rise, fait son possible avec les maigres partitions mises à sa disposition. Même si Aaron Eckhart (I, Frankenstein, The Dark Knight) échoue lamentablement à nous tirer une larme, tel que prévu au scénario, lors de l’ultime scène livrée en guise de coda, qui poussa votre scribe à éclater d’un rire aussi tonitruant que jaunâtre, hahaha!
![[Critique] « Deep Water » : divertissant naufrage (ou chronique d'un nanar qui s'ignore) 19 DW Image Pull 03 00103249](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/DW-Image-Pull_03_00103249-750x422.jpg)
Professionnel et efficace : quelques fleurs…
Or, sachez que Deep Water se laisse facilement regarder et réussit son objectif principal : être divertissant. Car on ne peut lui enlever ses qualités. Ce Deep Water-ci est plutôt joli, ayant été tourné principalement en 2023 aux îles Canaries et en Nouvelle-Zélande. Sans trop de temps morts, on doit le dynamique montage à Geoff Lamb, responsable de ceux des deux excellents films des frères Philippou (Talk to Me et Bring Her Back).
Produit de façon on ne peut plus professionnelle à l’aide d’un budget conséquent (40 M$), le long métrage plante sa caméra dans le feu de l’action, aspergeant de sang l’objectif au passage. D’ailleurs, le film est doté d’effets spéciaux décents (mais pas trop saignants), oscillant entre pratiques et numériques, ces derniers n’irritant que rarement l’iris.
… artificielles
Cependant, il y a toutes ces scènes empruntant à des classiques de façon éhontée, comme si personne n’allait le remarquer. Évidemment, plusieurs moments nous renvoient aux Dents de la mer (le cadavre-surprise, quelques mises à mort), alors qu’une scène à la verticale échantillonne encore Spielberg, nous transportant dans le véhicule récréatif de The Lost World: Jurassic Park (1997) pour une queue d’avion.
Et la cerise au marasquin périmée sur ce trop sucré sundae?
Cette mielleuse partition musicale, qui est abondamment beurrée de piano tristounet et de salves de violons particulièrement dégueulasses. Comme si c’était absolument nécessaire de gaver en plus les oreilles du public, tel le gosier d’une pauvre oie, pour l’obliger à ressentir une quelconque émotion. C’est vraiment nous prendre pour des con·nes.
Si seulement ce Deep Water-ci (à ne pas confondre avec les documentaires, mini-séries et longs métrages du même nom cités plus haut, hein) ne s’était pas pris autant au sérieux, contrairement à des films s’assumant complètement, comme Piranha 3D ou autre Snakes on a Plane, qui rient à pleines dents de leurs risibles prémisses, avec nous et surtout grassement.
Bref, ça nous laisse avec un divertissant nanar, s’avérant inintentionnellement hilarant, qui ne mérite pas le déplacement et qu’on oubliera avant longtemps. À ranger dans la case opportunité manquée.


![[Critique] « Deep Water » : divertissant naufrage (ou chronique d'un nanar qui s'ignore) 12 DeepWater](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/DeepWater-1155x770.jpg)


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