[Critique] Servant: servir et protéger

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Parmi les productions originales attendues de la nouvelle plate-forme de streaming Apple TV+, on retrouvait l’intrigante série Servant, produite par M. Night Shyamalan (le cinéaste signe également la réalisation de deux épisodes), qui se concluait vendredi dernier.

Un couple se munit d’une poupée hyperréaliste pour les aider à pallier à la mort de leur bambin, décédé un peu plus tôt dans des circonstances tragiques. Le jeu de substitution ira toutefois un cran trop loin lorsqu’ils décideront d’engager une nounou pour prendre soin de «l’enfant». Cette dernière débarque dans la vie de la fausse petite famille avec des secrets tout aussi sombres que les leurs.

Servant AppleTv+Cette nouvelle série écrite par Tony Basgallop est conçue expressément pour les fans d’intrigues à la Shyamalan. Mieux encore, elle s’inscrit parmi les meilleurs titres que le cinéaste a pu nous offrir depuis le début de sa carrière. Comme quoi celui qui nous a donné Glass l’an dernier devrait peut-être considérer collaborer avec d’autres têtes à l’écriture plus souvent. Le format d’épisodes d’une trentaine de minutes s’avère idéal pour maintenir le suspense de ce scénario mystérieux, qui se dévoile sans aucun temps mort.

La magnifique direction photo s’attarde sur des plans serrés des visages de ses personnages et réussit à être très créative dans ce presque huis clos mondain, qui vient critiquer la famille bourgeoise d’apparence parfaite. Comme Dorothy (Lauren Ambrose, Six Feet Under), le spectateur se retrouve prisonnier d’un congé de maternité psychotique, incapable de discerner le vrai du faux. Ces thèmes de la famille, de la maternité et surtout du deuil sont traités de manière percutante, mais on prend soin de nous épargner certains détails insoutenables. À cet effet, la mise en scène choisit plutôt des analogies visuelles judicieuses, en lien avec le métier de cuisinier de Sean (Toby Kebbell, Kong: Skull Island).

Le placement publicitaire peu subtil agace toutefois. On FaceTime à profusion, commande des taxis «très rapidement» à l’aide d’applications et trimbale le iPad un peu partout dans la série où tout le monde est équipé du dernier 11 Pro — et pas nécessairement en mode «silence». Certains détours scénaristiques tentent également de brouiller les cartes de manière inutile, comme par exemple celle de l’alerte Amber dont on aurait pu se passer. Servant demeure tout de même très bien ficelé et les retours en arrière sont parfaitement placés au montage. La série propose également d’excellentes performances, aussi bien au niveau des rôles principaux du couple Dorothy/Sean et leur «servante» stoïque Leanne (Nell Tiger Free, Game of Thrones) que des personnages secondaires comme le frère désemparé Julian (Rupert Grint, qui nous fait très vite oublier Ron d’Harry Potter). Mais c’est Ambrose qui vole le show en donnant vie à un personnage en détresse enseveli sous une tonne de sourires et de manières artificiels.

Apple TV+ annonçait même avant la parution du premier épisode que la série était renouvelée pour une deuxième saison et Shyamalan mentionne en entrevue qu’il souhaiterait produire un total de soixante épisodes. Pourtant, même si cette première saison ne répondait pas à toutes les questions, elle semblait bien bouclée. Espérons que le maître du plot twist saura poursuivre sur une aussi belle lancée.