[Je me souviens] Le poil de la bête: enfant de chienne

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1.5
Note Horreur Québec

Toute bonne nation bâtie à l’aide de coureurs des bois et à coups de traite de fourrures se doit d’avoir son film de loup-garou. Avec ses hectares de forêts et ses régions reculées, le Québec aurait en effet pu devenir un terrain idéal pour faire germer une bonne histoire de bêtes sauvages. C’est ainsi qu’est né en 2010 Le poil de la bête de Philippe Gagnon, surtout connu pour ses comédies légères ou loufoques comme Premier juillet, le film et Dans une galaxie près de chez vous 2.

On se retrouve en 1665 en pleine colonisation française. Les Filles du Roy débarquent en Nouvelle-France pour espérer prendre époux. Pendant ce temps, un truand «de souche», Joseph Côté (Guillaume Lemay-Thivierge), s’échappe de prison et usurpe l’identité du jésuite Père Brind’amour. Il trouvera refuge dans un village aux prises avec un problème un peu poilu.

Le poil de la bête affiche filmLe premier problème pour nous, fans d’horreur, est certainement identitaire. Si on espérait notre premier film de loups-garous rempli d’effroi et de mysticisme, l’intrigue est plutôt évacuée ici au profit d’une production légère et aseptisée, qui veut aller chercher le plus gros dénominateur commun. L’emphase est souvent mise sur la comédie et plusieurs scènes nous montrent des personnages cabotins, aux limites de la caricature. Lemay-Thivierge joue d’ailleurs très gros en anti-héros coureur de jupons. Il faut voir la scène où son personnage donne une leçon de séduction au villageois Vadeboncoeur, incarné par Antoine Bertrand, l’un des seuls de la distribution à bien tirer son épingle du jeu. Mais il faut dire que la tâche est ingrate alors qu’on insère dans leurs bouches des dialogues aussi saugrenus, qui viennent souligner la thématique lycanthrope de manière peu subtile. Dans les 20 dernières minutes, on a droit à un véritable marathon: «Vous avez eu la chienne?», «Je lui réserve un chien de ma chienne.», «Enfant de chienne!», «La chienne me dévore par en dedans.» On nage en plein vaudeville.

L’autre problème est certainement au niveau de la reconstitution, un défi de taille pour les productions à faible budget. La mise en scène, rudimentaire et très propre, comme par exemple au niveau des costumes étincelants, n’arrive pas à nous projeter au 17e siècle. De plus, l’accent des personnages passe du québécois un peu rond, au plus actuel, jusqu’à “la bouche pincée” de manière inégale dans l’ensemble de la distribution. Pour couronner le tout, les Filles du Roy, fraîchement débarquées de France, elles, finissent par s’accoutumer à notre accent en un temps record; un choix impardonnable lorsqu’on décide d’ancrer son récit dans un pan de notre histoire. Si on avait voulu changer les faits, on aurait également pu en profiter pour offrir à l’une d’elle un peu plus qu’une belle robe au scénario.

La réalisation, pourtant classique, manque cruellement son coup lors des brèves scènes d’action. Les bêtes nous sont montrées qu’en partie, davantage par manque de moyens que pour essayer de créer un suspense et lorsqu’elles attaquent, le montage est si déficient qu’il rate complètement la cible. Une fois présentés en entier, les loups complètement synthétisés passent tout de même l’écran, mais une scène de transformation nous fera amèrement regretter le génie des maquillages de Rick Baker. Au final, on aura même droit à un combat ultime qui se déroulera entièrement… derrière une porte close.

Trop docile et sans âme, même après le Le poil de la bête, le Québec attend toujours son premier vrai film de loups-garous.

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